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Faits divers – Justice

Etats-Unis : le suicide du milliardaire Jeffrey Epstein tourne au scandale

- Mis à jour le -
Par , France Bleu

Théories du complot et spéculations font rage aux Etats-Unis après la mort en prison samedi du jet-setter Jeffrey Epstein. La version officielle du suicide est battue en brèche. Le président Donald Trump retweete un message mettant en cause Bill Clinton. Des victimes d'abus sexuel livrent des noms.

Etats-Unis : pourquoi la mort du financier Jeffrey Epstein alimente les théories du complot
Etats-Unis : pourquoi la mort du financier Jeffrey Epstein alimente les théories du complot © AFP - HO / New York State Sex Offender Registry

La version officielle du suicide n'a toujours pas pu être confirmée par l'autopsie dimanche, au lendemain de la mort en prison de Manhattan du riche financier Jeffrey Epstein. Ami des puissants, l'homme âgé de 66 ans était incarcéré depuis juillet pour de multiples agressions sexuelles présumées sur mineures. Les théories du complot font rage, alimentées par le président Donald Trump, alors que les victimes témoignent et mettent en cause des personnalités comme le prince Andrew, fils de la reine Elisabeth II.

La médecin légiste a besoin de plus d'informations

Le corps de Jeffrey Epstein a été retrouvé sans vie dans sa cellule de la prison fédérale de Manhattan samedi vers 6h30 du matin. Qualifiée le jour même d'"apparent suicide" par l'administration pénitentiaire, les causes de la mort restent à confirmer. La médecin légiste en chef de New York Barbara Sampson, a indiqué dimanche soir, après avoir procédé à l'autopsie, avoir besoin de "plus d'informations" avant de pouvoir rendre ses conclusions. Elle n'a donné aucun autre détail. 

Le ministre américain de la justice dénonce "de graves irrégularités"

Le ministre américain de la Justice William Barr a parlé ce lundi de "graves irrégularités" à la prison où était incarcéré Jeffrey Epstein. Il s'est dit lui-même dès samedi effaré, et a annoncé l'ouverture de deux enquêtes, l'une du FBI, l'autre des services de son ministère, sur les circonstances de la mort du détenu. 

"Je vous assure que l'enquête va continuer, visant quiconque complice d'Epstein." - William Barr, le ministre américain de la Justice

Dimanche, des responsables pénitentiaires affirmaient de manière anonyme que les procédures de surveillance n'avaient pas été respectées : des rondes, prévues toutes les 30 minutes, n'avaient pas eu lieu, et Epstein était seul dans sa cellule alors que la règle veut qu'ils soient deux. 

Selon plusieurs médias Jeffrey Epstein ne bénéficiait plus depuis le 29 juillet de la surveillance renforcée anti-suicide, alors qu'il avait apparemment fait une première tentative le 23 juillet. Il avait alors été retrouvé allongé dans sa cellule avec des marques au cou, même si ses blessures s'étaient avérées sans gravité.

Certains commentateurs n'excluaient pas non plus que Jeffrey Epstein ait pu, grâce à son argent, bénéficier d'aide au sein de l'établissement.

Les réseaux sociaux parlent d'assassinat

La prison où se trouvait Jeffrey Epstein, le Metropolitan Correctional Center, est réputée l'une des plus sûres du pays. Cela suscite forcément des interrogations. 

Sur les réseaux sociaux la thèse officielle du suicide est ainsi battue en brèche. Le hashtag #EpsteinMurder ("assassinat d'Epstein") est devenu viral. Beaucoup veulent croient au meurtre de cet homme qui avait invité de nombreux puissants dans ses jets privés ou à ses soirées - dont Donald Trump, Bill Clinton ou le prince Andrew, fils de la reine Elizabeth II. Certains d'entre eux risquaient de se retrouver, sinon dans le viseur de la justice, au moins dans l'embarras à l'approche de son procès.

En effet Jeffrey Epstein, était accusé d'avoir fait venir, pendant plusieurs années, des dizaines de jeunes adolescentes dans ses luxueuses résidences, notamment à New York et en Floride, les forçant à des "massages" qui tournaient presque toujours aux rapports sexuels forcés.    

Donald Trump retweet un message mettant en cause Bill Clinton

Donald Trump a lui-même encouragé les théories les plus folles, en retweetant samedi soir une vidéo publiée par le comédien Terrence Williams (suivi par plus de 530.000 personnes sur Twitter). Dans son message l'humoriste affirme que Jeffrey Epstein "avait des informations sur (l'ex-président) Bill Clinton" et en sous-entendant que cela serait lié à sa mort.

Un retweet dénoncé dimanche par plusieurs candidats démocrates à la présidentielle 2020, dont le Texan Beto O'Rourke et le sénateur du New Jersey Cory Booker. "Ce que (Trump) fait est dangereux : il donne vie non seulement à des théories du complot mais il fait aussi monter la colère, et pire, contre certaines personnes", a ainsi estimé M. Booker.  

Les témoignages des victimes 

Parmi les témoignages figurant dans les quelque 2.000 pages de documents judiciaires rendues publiques vendredi, détaillant les accusations contre Jeffrey Epstein, ceux de Virginia Giuffre sont particulièrement accablants pour plusieurs personnalités.  

Le prince Andrew, troisième enfant de la reine Elisabeth II et ami de longue date d’Epstein est également mis en cause. Le journal Libération indique qu'une femme raconte avoir été forcée de participer à des actes sexuels avec le prince dans la maison du milliardaire de l’Upper East Side, à New York, tout comme la principale plaignante dans cette affaire, Virginia Roberts Giuffre, qui a confirmé ses propos. Le porte-parole de Buckingham a démenti les allégations à CNN, ajoutant :  "_Le duc de York reconnaît qu’il était peu judicieux d’avoir rencontré Epstein en décembre 2010. Il ne l’a pas revu depuis._"

Virginia Roberts Giuffre assure avoir eu des relations sexuelles non consenties également avec des avocats, un chef d’Etat espagnol, mais aussi avec le président des hôtels Hyatt, et le français Jean-Luc Brunel, dirigeant de l’agence de mannequinat MC2 dont le siège est aux Etats-Unis. Tous démentent les faits. 

Virginia Roberts Giuffre affirme enfin avoir rencontré, lors de ses déplacements avec Epstein, l’ancien vice-président Al Gore, Bill Clinton et Donald Trump, mais n’avoir pas eu de rapports sexuels avec eux.

Deux membres du gouvernement français réclament une enquête

La secrétaire d'Etat à l'égalité femmes/hommes Marlène Schiappa et son homologue à la protection de l'enfance, Adrien Taquet, ont demandé ce lundi l'ouverture d'une enquête en France concernant l'affaire Epstein.

Selon eux, "l'enquête américaine a mis en lumière des liens avec la France. Il nous semble ainsi fondamental, pour les victimes, qu'une enquête soit ouverte en France afin que toute la lumière soit faite".