Faits divers – Justice

Euthanasie : tout savoir sur le procès Bonnemaison

Par Olivier Uguen et Paul Nicolaï, France Bleu Béarn, France Bleu Gascogne, France Bleu Gironde, France Bleu Pays Basque et France Bleu Périgord mardi 10 juin 2014 à 6:00

Nicolas Bonnemaison radié de l'Ordre des médecins
Nicolas Bonnemaison radié de l'Ordre des médecins © @Maxppp

L’urgentiste de Bayonne Nicolas Bonnemaison comparait à partir de ce mercredi devant la Cour d’assises des Pyrénées-Atlantiques pour "empoisonnement" de sept patients en fin de vie. Le médecin encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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Le procès qui s’ouvre ce mercredi aux Assises de Pau pourrait raviver le débat sur la légalisation de l’euthanasie et la loi Leonetti. Après trois ans d’instruction et alors que le débat sur la fin de vie reste très passionnel en France, le Dr Bonnemaison, ancien médecin urgentiste, comparait pour "empoisonnement" de "personnes particulièrement vulnérables". Il est accusé d’avoir abrégé la vie de sept personnes âgées - cinq hommes et deux femmes, entre mars 2010 et juillet 2011, alors qu’il dirigeait une unité du service des urgences de l’hôpital de Bayonne.

Dénoncé en août 2011 par des infirmières et une aide-soignante, le médecin assume ses actes. Il explique avoir fait preuve de compassion afin de préserver la dignité des patients.

Ce qui est reproché au Dr Bonnemaison

Procès du Dr Bonnemaison : au delà de ce que permet la loi Leonetti

Nicolas Bonnemaison est notamment accusé d’avoir agi en dehors du cadre de la loi Leonetti sur la fin de vie, qui autorise de mettre fin à l’acharnement thérapeutique, en ayant recours aux soins palliatifs, avec le consentement des malades ou de leurs familles et en accord avec d’autres médecins.

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L’accusé aurait ici utilisé des produits à base de curare, dont l’usage est très encadré par la loi, pour abréger la fin de vie des malades, sans respecter la procédure collégiale prévue par la loi.

Trois ans de procédure

Procès Bonnemaison : trois ans de procédure

Une seule partie civile au procès

À ce jour, aucune famille de patient n’a porté plainte. Seul le fils d’un des malades, qui habite Bassussarry, s’est constitué partie civile, choqué par le comportement du Dr Bonnemaison. Les autres familles estiment que le médecin a apporté la paix à des malades qui souffraient.

ÉCOUTER. Patricia Dhooge, veuve de l’un des patients, témoignera en sa faveur. "J'ai du mal à comprendre ce procès ", explique-t-elle au micro France Bleu Pays Basque de Paul Nicolaï.

Patricia Dhooge : "j'ai du mal à comprendre ce procès" Bonnemaison

Un professionnel apprécié

PORTRAIT. Agé de 53 ans, le Dr Bonnemaison est apprécié de ses anciens collègues de travail, jugé comme un "excellent professionnel" , "exigeant" , "généreux et franc" . Il peut compter sur l’appui d’un comité de soutien et sur le soutien de sa famille, originaire d’Hasparren. Père chirurgien, mère infirmière, la vocation de Nicolas Bonnemaison était toute trouvée. Médecin, il se spécialisera dans la prise en charge de malades en fin de vie.

Sur le plan personnel, fragilisé par le divorce de ses parents puis le suicide de son père, il connaitra deux dépressions, la première l’obligeant à suspendre ses études, la seconde, en 2009, le contraignant à suivre une psychothérapie.

Portrait du Dr Bonnemaison

Suspendu en 2011 et radié de l’Ordre national des médecins en avril 2014, Nicolas Bonnemaison a reçu le soutien de plusieurs centaines de collègues et d’une pétition de 60 000 signatures.

La loi Leonetti en question

Son procès, prévu pour durer jusqu’au 27 juin, intervient en plein débat sur l'opportunité d'une réforme de la loi Leonetti du 22 avril 2005. Plusieurs associations militent pour un nouveau texte et estiment que la loi ne va pas assez loin.

Pour Jean-Luc Roméro, de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité, "cette loi est faite pour les médecins (...). Aujourd'hui il faut une loi qui mette au centre celui qui meurt et pas ceux qui sont autour de lui ".

Jean-Luc Romero (ADMD) : la loi Leonetti est "faite pour les médecins", pas pour les patients

"Nous, on cherche des solutions" à l'étranger" , explique pour sa part Claude Hury de l'association Ultime liberté. "C'est pas aux médecins de décider ". "Que les personnes aient une aide à mourir lorsque leur situation est devenue impossible ".

Claude Hury : "Que les personnes aient une aide à mourir lorsque leur situation est devenue impossible".

En janvier dernier, François Hollande souhaitait une loi qui permette, "dans un cadre strict", à un majeur atteint d'une maladie incurable de demander "une assistance médicalisée pour terminer sa vie en dignité" .

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