Faits divers – Justice

EXCLUSIF : Un stadier présent au derby témoigne sur France Bleu Saint-Etienne Loire

Par Maxime Fayolle, France Bleu Saint-Étienne Loire lundi 13 novembre 2017 à 16:31

De nombreux stadiers ont été blessés le soir du derby contre l'OL
De nombreux stadiers ont été blessés le soir du derby contre l'OL © Maxppp - Richard Mouillaud

C'est un témoignage rare : celui d'un stadier présent à Geoffroy-Guichard le jour du derby entre Saint-Etienne et Lyon. Il a vécu au plus près les incidents avec les supporters lyonnais et stéphanois.

A quel moment débutent les incidents entre les supporters des deux clubs ?

Ca a commencé à chauffer dès que les bus des lyonnais sont arrivés. Y'a déjà eu les insultes et ça a été pire quand les lyonnais sont entrés dans le parcage. Les deux camps ont commencé à s'envoyer des projectiles, des bouteilles ... J'avais des collègues qui devaient s'occuper des stéphanois pour ne pas qu'ils grimpent sur les grilles, ils ont vite été débordés. Ils ont pris des coups. L'intervention des CRS a pris peut-être 5 minutes. Ca parait peu mais quand vous êtes dedans, on dirait une éternité. D'habitude, les CRS sont présents derrière nous, là il n'y avait personne. Quand ils sont arrivés, ils ont gazé tout le monde et nous avec.

Est-ce que vous êtes suffisamment protégé ?

On ne reste que des hommes ! On n'est pas armé. On ne peut pas faire le boulot de CRS, ce n'est pas notre travail. On n'a pas les moyens nécessaires. Avec mes collègues, on a été le plus réactif possible. Ces agressions envers nous, c'est du jamais vu. Plusieurs de mes collègues qui ont déjà fait des derbys n'avaient jamais vu ça. Certaines barrières de sécurité ont été cassées en deux. Pour casser une barrière de ce genre, il faut déjà y aller ! Les projectiles jetés ont blessé des enfants, des personnes âgées ... tout ça parce que des gens ne savent pas se tenir.

"On ne va pas mettre un agent de sécurité derrière chaque supporter !"

Etes-vous assez nombreux pour protéger les spectateurs lors d'un tel match ?

On est un soir de derby, on sait qu'il va y avoir beaucoup de monde. Les effectifs sont donc plus nombreux que pour un match classique. Malgré ça, il y a des débordements, on ne peut pas être de partout. On ne va pas non plus mettre un agent de sécurité derrière tout le monde. Au début, on arrive à contenir la foule quand il n'y a que quelques personnes, mais après quand il y a un effet de masse, c'est impossible à contenir. Heureusement qu'il n'y a pas eu de blessés grave.

Vous même vous avez été blessé dans ce match, comment ça s'est passé ?

C'est en tentant de maîtriser un supporter, je l'ai plaqué au sol et il m'est retombé dessus. La plupart étaient alcoolisés et virulents, pour les maîtriser c'est assez difficile.

"Le comportement des supporters fait peur à voir. On ne dirait même plus des êtres humains. C'est brutal. C'est bestial !"

Il y a de nouveaux incidents à quelques minutes de la mi-temps ?

Oui, quand l'OL marque le deuxième but, la tension monte encore. On a déjà vu des gens partir avant la mi-temps. A ce moment là, des lyonnais ont commencé à descendre du parcage pour aller provoquer des stéphanois. Les supporters qui ont vu ça sont descendu à leur tour en furie. On ne reconnaissait même plus des êtres humains. Ca faisait peur à voir. On s'est retrouvé avec un effectif très réduit à maîtriser une quinzaine de personnes qui voulaient se jeter sur les lyonnais. Des collègues ont été blessés car les supporters les ont projeté sur des barrières avec l'effet de masse. Les lyonnais auraient pu se retrouver à quelques uns contre une trentaine de personnes ... c'était vraiment pas intelligent de leur part.

Vous avez assisté à l'envahissement de terrain après le cinquième but ? Etait-ce possible de l'éviter ?

Je n'étais pas sur cette zone à ce moment-là mais vous avez beau être 30 agents de sécurité, quand vous avez des centaines de personnes qui vous descendent dessus, vous allez arrêter les premiers et puis ça va pousser de plus en plus fort. Le risque c'est de finir piétiné sur les supporters. A un moment, y'a un réflexe de survie et vous laissez passer. On peut nous le reprocher, mais comment ne pas comprendre qu'on ne veuille pas finir bousculé, piétiné ? Mettez-vous à notre place avec ces personnes alcoolisées, déterminées qui descendent sur vous ... Il faut le vivre pour comprendre, c'est flippant ! Vous vous dites "mais qu'est ce que je vais faire"

Vous vous sentez mal considéré dans votre travail de stadier ?

On a un poste délicat, on est en première ligne. On aimerait que la situation évolue parce que dans ces situations, on ne peut rien faire. Nous ne sommes que des civils déguisés. Les forces de l'ordre sont plus respectées que nous. Pour autant, je ne changerai pas de métier parce qu'on est là pour aider les personnes, les guider et c'est un boulot qui me plait.

Certains de vos collègues ont envie d'arrêter ?

Oui, bien sûr. Ce genre de match nous dégoûte d'aller travailler. J'ai un ami qui était au match avec moi et qui m'a dit qu'il ne viendrait plus travailler. Il a été roué de coups, il est tombé dans un escalier en tentant d'arrêter un supporter. Il m'a dit "je vais rester avec ma famille plutôt que de prendre des coups inutilement"

Est-ce que vous comprenez ce qui s'est passé, que ce derby génère autant d'animosité ?

On ne s'attendait pas à ça. C'est brutal. C'est bestial même, parce que c'est pas dans la nature humaine d'avoir des comportements comme ceux-là. Tout dépend les valeurs qu'on a mais le football doit rester le football. On ne devrait pas vouloir tout casser pour du foot. La rivalité du derby, je la comprends. On a le droit de chambrer l'adversaire, de faire des tifos, mais ça devrait en rester là. La violence ce n'est plus l'amour du sport. J'estime que je ne joue pas ma vie, je ne devrais pas risquer ma vie sur ces matchs.