Faits divers – Justice

EXCLU - "Vous avez les armes, on a la justice" : le témoignage du père de Redouane, abattu à Toulouse

Par Nolwenn Quioc, Stéphane Garcia et Julien Ruderic, France Bleu Toulouse et France Bleu mercredi 9 août 2017 à 11:24

Le quartier de la Reynerie a été le théâtre de trois fusillades mortelles depuis le mois d'avril
Le quartier de la Reynerie a été le théâtre de trois fusillades mortelles depuis le mois d'avril © Radio France - Stéphane Garcia

C'est un témoignage exceptionnel : le père de Redouane, le jeune homme abattu lors de la fusillade à la Reynerie en début de semaine, s'est confié au micro de France Bleu. Il dénonce la montée de la violence dans le quartier.

"J'espère que Redouane sera le dernier sang versé à la Reynerie". Ahmed Bouzegou est calme. Il sort du commissariat, où il a été auditionné dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de son fils. Dans la nuit de dimanche à lundi, quatre tireurs ont fait irruption dans le quartier de la Reynerie, et ont visé un groupe de jeunes avec des armes automatiques. L'un de ses fils, Redouane, est mort après avoir été touché à 13 reprises. Un autre de ses enfants est à l'hôpital dans un état grave.

"Ils ont fait parler les armes" - Ahmed Bouzegou, père de Redouane et responsable de la Mosquée As-Salam

D'après les enquêteurs, il s'agit d'un règlement de compte. Les deux blessés graves étaient connus des services de police, mais pas Redouane, 29 ans, qui venait tout juste de devenir père. "On ne s'attendait pas à ce que les armes parlent", témoigne son père, également responsable de la mosquée du quartier. "On n'est pas à Chicago, on est à Toulouse. Normalement, on est dans un havre de paix. Mais eux, ils ont fait parler les armes."

Eux, ce sont les hommes qui ont abattu son fils. "Des petits caïds de paille qui font régner leur loi dans le quartier. Les habitants le ressentent, mais il y a la loi du silence. Personne ne veut parler".

Un quartier rongé par le trafic de drogue

Le trafic de drogue gangrène le quartier, et les affrontements entre bandes rivales sont devenus habituels pour les riverains. La fusillade de ce début de semaine est la troisième depuis le début de l'année dans le quartier du Mirail, la deuxième en un mois.

Ahmed Bouzegou : "Il faut que les pouvoirs publics interviennent dans le quartier, qu'il redevienne un havre de paix comme dans les années 70..."

Face à cette violence, Ahmed Bouzegou veut faire passer un message de paix. "Il faut que les pouvoirs publics interviennent à la Reynerie et au Grand Mirail, pour qu'on ne laisse pas ces caïds faire n'importe quoi. Il faut que le Grand Mirail redevienne un havre de paix, comme dans les années 1970. Et qu'on ne voit plus des meurtres, comme celui de mon fils, ou celui de Djamel".

Et de conclure, en s'adressant aux meurtriers de son fils : "je ne voudrais plus voir d'autres victimes. Vous, vous avez les armes et les kalachnikovs. Nous, on a l'arme de la justice".