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Faits divers – Justice

Explosion de la rue Pierre-Palliot à Dijon : les anciens voisins témoignent

- Mis à jour le -
Par , France Bleu Bourgogne

Deux ans et demi après l'explosion d'un immeuble rue Pierre-Palliot à Dijon, l'homme qui a mis le feu a des bouteilles de gaz est jugé devant la Cour d'assises de la Côte-d'Or. Depuis lundi, ses anciens voisins se sont succédés à la barre.

Les secours ont bouclé le quartier après l'explosion
Les secours ont bouclé le quartier après l'explosion © Radio France - Philippe Renaud

Dijon, France

Le procès de l'homme accusé d'avoir fait exploser une partie de son immeuble rue Pierre-Palliot à Dijon le 16 septembre 2016 a démarré ce lundi devant les Assises de la Côte-d'Or. Pour tous les anciens voisins, la vie n'est plus la même depuis l'explosion.

Qu'ils habitent dans la cour de la rue Pierre-Palliot ou dans les rues voisines, qu'ils soient étudiants, médecins, ou sans-emploi, ils ont tous été traumatisés d'une manière ou d'une autre par ce matin du 16 septembre. 

"D'un seul coup, dans ma tête, il fallait que je meure"

L'une des voisines de la résidence, proche de l'accusée au moment des faits, a été entendue lundi. Elle s'appelle Agnès et elle fréquentait l'accusé presque quotidiennement, "pour prendre un café, pour dîner ou pour écouter de la musique, on le voyait souvent avec Angélique." Angélique, c'est une autre habitante de la résidence, dont l'accusée était "follement amoureux". Mais à plusieurs reprises, elle l'a éconduit. "J'étais désespéré dit-il à la barre, d'un seul coup dans ma tête, il fallait que je meure." 

Il se mélange dans la chronologie des faits, ne sait pas expliquer en détail pourquoi il a finalement allumé le feu alors qu'il voulait, dit-il, d'abord mourir asphyxié, et dit ne plus se souvenir de certaines menaces qu'il aurait proféré. Alors c'est Agnès qui devant la Cour, raconte les événements de la semaine avant le drame. Dès le lundi, elle ne reconnaît plus le comportement de celui qu'elle considérait comme "son frère de cœur." 

Elle explique qu'en début de semaine, il avale des médicaments. Qu'il est en colère, agressif, déprimé. Qu'il fait une première tentative de suicide le mardi en s'ouvrant les veines. Qu'elle passe du temps à essayer de lui remonter le moral mais que son état se dégrade. Qu'avec Angélique elles finissent par appeler les secours, et qu'en partant pour l'hôpital il aurait lancé : "ça les amies, vous allez le payer très cher." Alors quand elle tombe de son lit le vendredi matin à cause de l'explosion, elle pense tout de suite que c'est lui le responsable. 

"J'ai mis du temps, mais j'ai fini par lui pardonner"

Deux ans et demi après les faits, Agnès vit toujours avec ce traumatisme : "c'est tout un quotidien qui change. Je ne supporte plus les bruits lourds, les gens qui parlent fort, qui se disputent, je ne supporte plus tout ce qui est lié au gaz." A la barre, elle décrit en larmes la colère et la haine qui l'ont habitée pendant de longs mois. Elle raconte les chocs qui se sont succédés depuis ce matin là. "Mais grâce au travail que j'ai fait pendant deux ans, j'ai pu lui pardonner." 

"Depuis 2016, j'ai arrêté de vivre"

Nadège, une étudiante énergique, mais détruite, embarque toute la salle d'audience dans son histoire. Elle est arrivée en France un an avant le drame, et depuis elle a "arrêté de vivre." Elle ne peut plus suivre ses études : "je suis venue étudier la psycho et aujourd'hui je vis la psycho, dès qu'on parle d'un symptôme j'ai l'impression qu'on parle de moi." 

Elle n'arrive plus à composer, a des galères financières, va chez le psy plutôt que sur les bancs de la fac. "J'aimerais mieux être à sa place à lui, au moins on le juge pour quelque chose qu'il a fait, moi j'ai fait quoi ? J'ai rien fait. C'est pas une vie." Elle raconte qu'elle a perdu ses papiers dans l'explosion et que depuis elle doit sans cesse justifier son identité. Elle raconte aussi qu'elle est en train de perdre ses parents, restés à l'étranger, qui sont sur le point de la déshériter. 

Fabien, lui, a été licencié parce qu'il n'arrivait plus à aller au travail. Il a d'ailleurs fait demi-tour devant la porte du tribunal. Trop difficile de parler du drame. Emilie se sent bête de pleurer à la barre, alors qu'elle n'était pas là quand son appartement a explosé. Mathilde a dû porter un corset à cause d'une vertèbre cassée, ce qui l'a empêchée de s'occuper de sa fille. Benoît a retrouvé sa maison squattée par les chats et les rats. Malgré les travaux il n'est plus sûr de vouloir vivre à nouveau dedans avec sa famille. 

Les appartements de la cour ont été squattés et pillés. Des souvenirs se sont envolés. Et personne ne comprend pourquoi ils ont mis plus de deux ans à pouvoir retourner dans les logements abîmés.