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Faits divers – Justice

Fasciné par Merah, un jeune de Chambéry est condamné parce qu'il aurait pu commettre un acte terroriste

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Par , France Bleu Pays de Savoie, France Bleu Isère

En Savoie, un salafiste Chambérien de 28 ans est condamné à deux ans de prison ferme pour "préparation à la commission d'un acte terroriste". En cause, sa fascination pour le terroriste Toulousain Mohammed Merah, la possession d'un fusil et d'un sabre, et des SMS très inquiétants.

La cour du tribunal de Chambéry
La cour du tribunal de Chambéry © Radio France - Christophe Van Veen

Chambéry, France

Peut-on arrêter un homme menaçant avant qu'il ne commette un acte terroriste ? Ce n'est pas un remake de Minority Report, le film qui mettait Tom Cruise en scène dans un futur où le logiciel Precrime permettait d'interpeller les délinquants avant qu'ils ne passent à l'acte.

Comme le justifie la présidente de la Cour du tribunal correctionnel de Chambéry, les faits pris individuellement ne justifient pas la présence du prévenu en prison. "C'est l'accumulation qui inquiète". 

Quand il est arrêté dans la file d'attente d'un cinéma, le 4 juillet 2018, le jeune homme au casier judiciaire vierge vient d'abreuver une vingtaine de ses contacts de SMS choquants du style "La mort est belle, je l'attends avec impatience" ou encore "Dîtes bien à tout Chambéry que je n'ai pas peur de la mort". Selon son avocat Archibald Celeyron, du cabinet d'Eric Dupont-Moretti, les SMS étaient destinés à son meilleur ami qui venait d'insulter sa mère grabataire.

Des proches l'ont vu changer ces derniers mois, se renfermer sur lui-même, devenir de plus en plus impulsif. 

A son domicile, la police retrouve un sabre japonais (avec une lame de 40 cm) sous son lit et une carabine de chasse à canon scié avec une dizaine de cartouches.

Un selfie avec un cœur devant l'immeuble où Merah a été tué

Ils sont deux à comparaître. Outre le salafiste, il y a là dans le tribunal un copain d'Echirolles (Isère) rencontré lors d'une formation d'éducateur sportif à Grenoble. Lui a 32 ans, père de quatre enfants, musulman converti, peu pratiquant, champion reconnu de kick-boxing. Il est accusé d'avoir fourni une carabine calibre 22 à canon scié, non déclarée, à son copain de Chambéry. Le tribunal condamne cet Isérois à 12 mois de prison dont la moitié ferme - peine déjà effectuée en détention provisoire. 

Le cas le plus complexe et sensible concerne le prévenu Savoyard. En plus des SMS qu'il demande à ses proches d'effacer - "car bientôt je vais faire quelque chose qui va faire peur" , en plus des armes,  on est effrayé par cette fascination pour Mohammed Merah, qui n'est malheureusement pas un cas isolé, objecte son avocat. 

Il porte fièrement le même bonnet à frange que Merah, insiste l'accusation ( "Acheté sur Top Ski !" répond la défense). 

A son domicile, on trouve trois biographies du Toulousain. Le téléchargement sur le site du journal Libération des 144 pages de négociation entre Merah et le Raid. Et puis ce selfie au mois de mai 2018 au pied de l'immeuble de Merah , là où il a été abattu. Le prévenu a rajouté deux émoticônes : un cœur et un biceps. Avec ce commentaire : "Moha, que Dieu te pardonne.... les hommes forts". 

A la barre du tribunal, le Chambérien qui a réponse à tout explique qu'il allait à Pau accompagner deux copains accusés dans un procès pour un Go Fast. "Et au retour, ils ont voulu manger des tacos. Ils s'arrêtent à Toulouse. Et par curiosité malsaine, j'ai voulu voir où il avait été tué."

"Je n'aurais fait aucun mal, même à un insecte."

Torse bombé, le petit musclé, joueur de futsal, a rasé sa barbe. Il sait que ça fait mauvais effet sur les juges. Il ne peut s'empêcher de gratter son menton, comme quand il la portait. Il se présente glabre, et sourit lorsque la procureure le traite de "sacré menteur".

Intelligent, usant d'un vocabulaire choisi, le jeune homme se dit "stupéfait" d'être soupçonné de terrorisme. "Je me connais. Je suis incapable de faire du mal. L'islam est une religion de l'amour. Même à un insecte, on n'a pas le droit de faire du mal."

Pratiquant plus rigoriste que ses parents, il se revendique "salafiste quiétiste" , tendance pacifiste, "même si c'est pas l'islam le plus open" reconnaît son défenseur. Preuve de son ouverture, il "serre la main aux femmes".

Le jeune éducateur sportif admet qu'il a perdu pied au moment de son"pétage de plomb intériorisé". Après deux ans comme éboueur pour le Grand Chambéry, son contrat n'est pas renouvelé. Il trompe son épouse qui le quitte. Ses parents divorcent. Il est à la dérive. "Une mauvaise passe". 

Il nie admirer Merah. Il est juste "féru de faits divers comme celui de Nordalh Lelandais", et d'ailleurs il aurait rêvé d'être journaliste. La procureure lui fait remarquer qu'il n'a pas fait de selfie devant le domicile de Lelandais alors que ce n'est pas très loin de nous. 

Il affirme avoir toujours condamné le terrorisme. Il était présent aux obsèques d'un policier - un parent éloigné - tué pendant les attentats de Charlie Hebdo. Il n'a consulté que des sites français, "jamais des trucs bizarres étrangers". 

Insondable. Lui seul sait. Aucun expert psychiatre n'a été sollicité. Aucun spécialiste du djihadisme. Il n'est pas passé à l'acte. Lui seul sait.

► Le tribunal le condamne à trois ans de prison dont un avec sursis. La procureure avait demandé une peine de cinq ans. 

► Interdiction de posséder une arme pendant 15 ans. 

► Un suivi socio-judiciaire durant trois ans. 

► La BMW qui lui a servi pour son "pèlerinage" à Toulouse chez Merah est confisquée. 

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