Faits divers – Justice

Faut-il armer la future police municipale du Mans ?

Par Julie Le Duff, France Bleu Maine mercredi 25 février 2015 à 16:02

Le Mans aura bientôt sa police municipale

Le conseil municipal doit adopter ce jeudi le principe de la création d’une « police administrative municipale », mais le débat ne fait que commencer.

C’est l’un des gros dossiers du conseil municipal ce jeudi soir : la stratégie de lutte contre la délinquance pour les trois prochaines années est le premier point à l’ordre du jour, avec, au cœur du dossier, la création d’une police municipale dans l’une des dernières grandes villes de France à ne pas en être dotée . Le "oui" devrait largement l'emporter car la majorité PS/EELV est pour, comme l'opposition (UMP et FN). Seuls les communistes devraient s'y opposer. Mais cette apparence de quasi-unanimité cache bien des dissensions.

Ce qui a changé depuis les municipales

Alors que pendant la campagne des municipales, droite et gauche s’étaient opposées sur le sujet, la position de la majorité a évolué. L’adjoint PS Christophe Counil, par ailleurs candidat aux prochaines départementales, assure qu’il ne s’agit pas d’un revirement par rapport au discours tenu il y a un an  : « Relisez ce que nous écrivions dans notre programme. Nous parlions de développer l’assermentation des agents [de tranquillité publique, NDLR] pour leur permettre de dresser des procès-verbaux et de faire des relevés d’identité. Or le seul statut qui permet de le faire est celui de policier municipal  ». C’est donc d’abord pour des raisons juridiques que la majorité se serait résolue à créer cette police municipale. Christophe Counil estime par ailleurs que les temps ont changé  : « On a longtemps vécu sur l’idée que Le Mans était une ville calme, et cela reste vrai au regard de la situation des villes de même taille. Cependant, des problèmes apparaissent, un trafic de drogue de plus en plus visible, des agressions assez nombreuses et le développement de certaines incivilités qui montrent qu’il faut passer à la vitesse supérieure. C’est ce qu’on propose  ».

Pour Christelle Morançais, qui conduisait la liste UMP-UDI aux dernières municipales, elle aussi candidate aux départementales, la ficelle est un peu grosse . « Jean-Claude Boulard a menti sciemment aux Manceaux, pour des raisons d’équilibre politique : cela lui a permis de conserver une majorité au Conseil Municipal !  ».

Reste à savoir à quoi ressemblera cette police municipale, quels seront ses effectifs et ses moyens… et c’est là que le débat se corse un peu plus.

Des policiers municipaux non armés ?

Dans le projet tel qu’il est présenté aujourd’hui, il n’est pas question de créer des postes supplémentaires , ces policiers remplaceront une partie des 60 agents de tranquillité publique de la ville (une vingtaine dans un premier temps). Ce qui risque de faire grincer quelques dents.

Autre sujet de discorde : l'équipement de ces policiers municipaux. Ils ne seront pas armés , dit l’adjoint socialiste à la Tranquillité publique, Christophe Counil, « en tout cas pas avec des armes létales  », telles que pistolet ou taser, ce que regrettent notamment les élus du Front national. Christelle Morançais veut elle aussi que la question de l’armement des policiers municipaux soit tout de suite mise sur la table : « Les syndicats de policiers municipaux y sont favorables. D’ailleurs, la police municipale d’Evry dont Manuel Valls a été maire est arméedepuis de nombreuses années. Cette mesure n’est donc pas mise en œuvre par de dangereux extrémistes comme voudrait le faire croire M.Boulard ».

Combien coûtera cette police de proximité ? Un million d'euros, c'était la somme avancée par le maire Jean-Claude Boulard opposé au projet lors des dernières élections municipales. Pas un centime de plus, rétorque Christophe Counil qui parle de report de charges. Un calcul qui laisse perplexe Alain Pigeau, conseiller municipal UMP. Lui chiffre à au moins 300 000 € le coût de l'équipement de ces policiers, sans parler du budget de fonctionnement.

Après le vote de ce jeudi, les débats devaient se poursuivre jusqu'à l'été . Christophe Counil espère une décision définitive lors du conseil municipal du 25 juin. Les policiers municipaux pourraient arpenter le bitume manceau courant 2016 après avoir été recrutés et formés.