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Faits divers – Justice

Cirque Arlette Gruss à Villeneuve-d'Ascq : polémique sur les spectacles d'animaux

vendredi 17 novembre 2017 à 5:38 Par Lisa Melia, France Bleu Nord

Le Cirque Arlette Gruss s'installe à côté de Lille jusqu'à dimanche, pour présenter son dernier spectacle. Les cirques avec animaux sont de plus en plus décriés. Les antis demandent leur disparition. Le Cirque Arlette Gruss ouvre sa ménagerie pour prouver que les animaux sont bien traités.

John Vernuccio-Togni, responsable de la ménagerie, avec Moira, la chamelle de la troupe
John Vernuccio-Togni, responsable de la ménagerie, avec Moira, la chamelle de la troupe © Radio France - Lisa Melia

Villeneuve-d'Ascq, France

Elles s'appellent Babati, Burma, Jumbo et Siam. Un total de 200 ans à elles quatre, les éléphantes du cirque Arlette Gruss se reposent du voyage dans le grand chapiteau qui leur est réservé. "Nous maintenons la température autour des 24 degrés en hiver, pour qu'elles n'aient pas froid, précise John Vernuccio-Togni, le responsable de la ménagerie du Cirque Arlette Gruss. Ce sont elles qui sont les mieux installées ici, bien mieux que les humains d'ailleurs !"

C'est le leitmotiv, au Cirque : "nous aimons et nous prenons soin de nos animaux", répète Georgika Kobann, mari et co-fondateur du Cirque Arlette Gruss en 1985. Les polémiques de plus en plus fréquentes sur la participation des éléphants et des fauves aux spectacles l'agacent. A chaque fois qu'un cirque s'installe dans une nouvelle ville, le sujet revient et ce sont deux mondes qui s'opposent. Le Cirque Arlette Gruss, qui a planté son chapiteau à Villeneuve-d'Ascq jusqu'au dimanche 19 novembre, n'y échappe pas.

Ce que dit la loi

L'article L214-1 du code rural indique que "tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce". Un arrêté du 18 mars 2011 sur les conditions de détention et d'utilisation des animaux considérés comme "non-domestiques" dans le spectacle itinérant précise : "les animaux doivent être entretenus et entraînés dans des conditions qui visent à satisfaires leurs besoins biologiques et comportementaux, à garantir leur sécurité, leur bien-être et leur santé."

C'est là que les anti et les pro avancent des analyses divergentes. Les associations de protection des animaux s'appuient sur des études, dont certaines datent du milieu des années 1980, pour justifier leur demande d'une évolution de la législation et l'interdiction pure et simple des spectacles avec animaux. Dans un article paru dans une revue scientifique en 1985, des zoologues et des vétérinaires notaient déjà des comportements "anormaux" chez certains animaux de cirque : les fauves qui sillonnent leur cage sans discontinuité, les éléphants qui s'agitent, les ours qui tournent en rond, les oiseaux qui s’arrachent les plumes... Autant de signes, selon les associations, qui traduisent des troubles du comportement comparables à la psychose chez l'homme.

Quelle place pour les animaux de cirque ?

Georgika Kobann, chapeau sur la tête, droit comme un "i" devant la cage des fauves, balaie cet argument. Il montre du doigt les lions, qui se prélassent sous les lampes chauffantes. "Chez moi, une panthère vit plus de 25 ans, c'est au moins 10 ans de plus qu'à l'état naturel. Et quand on nous dit qu'ils seraient mieux dans la savane... mais qu'en reste-t-il ? Aujourd'hui, dans les pays d'Afrique où il y a de grands fauves, ils ont de moins en moins d'espace pour eux. Ils sont chassés, massacrés, exposés comme des trophés. Quand aux éléphants, on en a tué 1600."

Georgika Kobann, co-fondateur du Cirque Arlette Gruss

Le co-fondateur du Cirque Arlette Gruss estime que les associations de protection des animaux se trompent de combat. Les spectacles itinérants, en France, sont extrêmement contrôlés. Selon lui, les animaux font l'objet de soins, ils sont suivis de près par des vétérinaires qui surveillent leur santé et leur bien-être. "Quand nos animaux deviennent vieux et qu'ils n'ont manifestement plus envie de travailler, ils ont droit à leur retraite, assure Georgika Kobann. Dans la Sarthe, nous avons un espace qui leur est réservé, qui appartient au Cirque Arlette Gruss. Ils peuvent y finir leur vie. En revanche, personne dans ces associations ne parle des 4 000 animaux qui sont euthanasiés chaque mois parce qu'ils sont abandonnés par leurs propriétaires et qu'on manque de structures pour les accueillir."

Onze millions de spectateurs

Alors le public se détourne-t-il du cirque avec animaux ? Au cours de l'été 2017, un habitant d'Arques a lancé sur Internet une pétition pour protester contre les numéros avec animaux au Longuenesse générosité. Il a récolté, en quelques mois, un peu plus de 22 600 signatures. Du 10 au 12 novembre, le Longuenesse générosité a attiré 27 000 spectateurs.

Selon le Conseil des sages du cirque, qui se définit comme un groupe d'experts sur le cirque, mais qui ne travaillent pas directement dans le milieu, il existe 300 cirques en France, qui réunissent 11 millions de spectateurs chaque année. L'immense majorité des spectacles impliquent des animaux.

Les mairies, pourtant, sont de plus en plus nombreuses à se prononcer clairement contre leur venue. Dans le Nord, les maires de Lillers et de Fourmies notamment se sont positionnés. "Je n'ai jamais caché mon engagement en faveur de la protection des animaux, indique Michael Hiraux, maire LR de Fourmies. Je n'ai pas pris d'arrêté municipal pour les bannir. En revanche, ils ont besoin de l'autorisation de la mairie pour s'installer sur nos terrains et nous ne l'accordons tout simplement pas." Le conseil municipal de Lillers a voté une délibération pour interdire ces spectacles.

Michael Hiraux, maire de Fourmies

Guerre des images

Pourtant, sur le plan légal, rien n'assure les maires que de tels arrêtés suffisent. A La Ciotat, le préfet du Rhône a annulé l'interdiction décidé par la mairie. "Ces spectacles n'ont plus leur place en France, poursuit Michael Hiraux. Les animaux sont sauvages, il faut recourir à la violence pour les dresser. Les sites internet des associations de défense des animaux regorgent de photos et de témoignages d'anciens dresseurs qui racontent qu'ils faut "casser" les animaux pour qu'ils soient aptes au spectacle."

Dans le chapiteau des éléphantes du Cirque Arlette Gruss, John Vernuccio secoue la tête. L'un des pachydermes tend la trompe vers le dresseur, lui attrape le bras et l'attire contre elle. "Les animaux maltraités montrent une peur des humains, affirme-t-il. Ces quatre éléphantes sont dans ma famille depuis cinquante ans, elles sont plus vieilles que moi. Nous ne pourrions pas développer la complicité que nous avons si elles avaient été maltraitées dans leur jeunesse." Dans des magazines produits par le Cirque Arlette Gruss et distribués aux spectateurs, les responsables assurent que les animaux sont dressés à force de confiance et de patience et que le recours à la violence est banni.

"Les photos qui sont toujours mises en avant sont trompeuses, s'agace Georgika Kobann. Ils montrent un éléphant sur une boule. Essayez donc de faire monter un éléphant de trois tonnes sur une boule, c'est impossible ! On voit aussi un éléphant avec de grosses chaînes : c'est une photo prise en Inde et cet éléphant était un mâle, attaché pour être soigné." Le Conseil des sages du cirque met en avant le nombre important de naissance et les espérances de vie bien meilleures comme preuve que les animaux, en France, sont bien traités. Le Cirque Arlette Gruss invite, de son côté, les opposants à venir visiter la ménagerie et à rencontrer les dresseurs.

Selon les propriétaires de cirques, le mouvement des antis est une bulle, grossie par les médias et les réseaux sociaux. Ils les accusent de ne pas être représentatifs, alors que leurs spectacles font le plein, preuve qu'ils sont plébiscités par les Français. Les associations de défense des animaux, eux, leur rétorquent que les lions, les panthères, les éléphants et les zèbres n'ont rien à faire sur une piste, pour amuser le public. Et que les conditions dans lesquelles ils vivent ne suffisent pas à assurer leur bien-être.