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Faits divers – Justice

Dernier jour du procès France Télécom : un ancien cadre lensois de l'entreprise témoigne

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Par , France Bleu Nord

Dernier jour des plaidoiries de la défense, jeudi 11 juillet, au procès France Télécom. Yves Minguy, ancien cadre dans le Nord, est sur le banc des parties civiles. Il a témoigné à la barre du tribunal correctionnel de Paris de la souffrance qu'il a vécu dans l'entreprise à partir de 2006.

L'ancien PDG de France Télécom, Didier Lombard, est poursuivi pour harcèlement moral.
L'ancien PDG de France Télécom, Didier Lombard, est poursuivi pour harcèlement moral. © Maxppp - Christophe Morin

Libercourt, France

"Quand je suis arrivé à la barre, j'avais préparé un texte de quelques pages, et je me suis vraiment cramponné à la barre." Le procès a tout fait remonter à la mémoire d'Yves-Minguy, ancien cadre Nordiste de France Télécom. Il reprend méthodiquement : son arrivée dans l'entreprise en 1973, sa fierté, palpable, de travailler dans un service public. "Monsieur Minitel" à Lens, médaillé pour avoir développé le 36 14 France Télécom, un service d'achat en ligne. Puis la longue chute.

J'étais en plein vol, et un beau jour on me dit "Tu retourne sur un plateau de service client". C'était pire qu'un coup de fusil.

De 2007 à 2010, France Télécom a mené une politique de réduction des effectifs : 22 000 postes supprimés. C'est la méthode employée pour parvenir à ces suppressions d'emplois qui est jugée par le tribunal correctionnel de Paris. L'entreprise et trois directeurs sont jugés pour "harcèlement moral", tandis que quatre autres cadres comparaissent pour "complicité"

Mis au placard, relégué au service client, l'ancien cadre a vu ses efforts brisés.

Yves Minguy a d'abord placé huit mois au placard. Qu'à cela ne tienne : il se forme de nouveau, fait évoluer sa carrière vers de nouveaux sommets. "J'avais un projet pour monsieur Lombard [le PDG de France Télécom] lui-même, ça veut dire que j'étais quand même à haut-niveau." Et du jour au lendemain, on le relègue à la plateforme d'appels téléphonique, pour répondre aux demandes des clients. "C'était pire qu'un coup de fusil." Son témoignage est émaillé de longs silences, pesants. Mais les mots ne s'arrêtent plus. 

Lui a survécu, mais cinq collègues se sont suicidés

Entre 2008 et 2009, 35 employés des télécoms se suicident. Cinq sont des collègues d'Yves. Sa voix ne tremble pas quand il raconte "cette personne qui s'est jeté sous un train dans la région. Elle s'est cachée dans les buissons, elle était au téléphone avec son chef. Elle a juste dit: "le train arrive." Il s'arrête un peu plus longtemps, puis reprend dans un souffle. "Il s'est caché derrière un buisson pour que personne ne le voie!"

Des prévenus impassibles

Il espérait une réaction des cadres face à cette souffrance. Mais rien. "C'était le musée Grévin. Il n'y avait rien sur leurs visages, rien." La procureur de la République a requis la peine maximale : un an de prison et 75000 euros d'amende. "C'est ridicule. Ce qu'on attend c'est qu'ils nous disent : "Oui on s'est plantés." Mais le problème c'est que pendant toute la durée du procès, ils n'ont fait aucune mention de regrets, de quoi que ce soit."

"Ce qu'on attend, c'est qu'ils nous disent: "Oui. On a fait des conneries." Mais il n'y a rien qui transparaît sur leurs visages. Rien."

Il sera dans la salle du tribunal pour la fin des plaidoiries de la défense jeudi 11 juillet. Le procès va être placé en délibérés. Il attend une décision en novembre. Pour ensuite, peut être, arriver à passer à autre chose.