Faits divers – Justice DOSSIER : L'affaire Alexandre Junca

Procès en appel de l'affaire Alexandre : la parole aux parents, avec douleur et dignité

Par Daniel Corsand, France Bleu Béarn, France Bleu Gascogne et France Bleu jeudi 15 décembre 2016 à 18:14

Valérie Lance (à gauche) et assis, Virgine la soeur d'Alexandre dans les bras de son père
Valérie Lance (à gauche) et assis, Virgine la soeur d'Alexandre dans les bras de son père © Radio France - Daniel Corsand

Durant l'après-midi du deuxième jour du procès en appel de l'affaire Alexandre, la cour a laissé la parole à Valérie Lance et Philippe Junca, les parents d'Alexandre. Ils ont trouvé la force et la dignité d'évoquer leur peine et l'absence de leur fils. Et même de s'adresser à Claude Ducos, l'accusé.

Ce jeudi aura été une deuxième journée très éprouvante au procès en appel de l’affaire Alexandre Junca. Claude Ducos comparait seul. Les trois autres condamnés du premier procès, à Pau en juin dernier, ont accepté leurs peines.

Les parents à la barre

Ce jeudi matin, les médecins légistes ont raconté la découpe du corps, images à l’appui. L’après midi a été marquée par l’audition des parents d’Alexandre Junca. Le père d’abord, puis la mère, Valérie Lance. En quelques minutes d'une rare intensité, elle a résumé sa peine et celle des siens. L’émotion dans la salle était palpable. Poignante, bouleversante, émouvante, épatante, les mots sont faibles. Elle a dit des choses très simples au fond : "je voulais parler d’Alexandre. On a vu des images. Mais il ne faut pas oublier que c’est un enfant. C’est notre enfant".

Elle a décrit les yeux bleus d’Alexandre. "On disait qu’il allait faire des ravages plus tard. Ces ravages, on ne les verra jamais". Sa voix s’étrangle quand elle raconte qu’elle attend qu’il rentre à la maison. "Je compte mes poussins, il m’en manque toujours un". Dans ses mots, il n'y a pas de fausse pudeur. Elle dit des choses dures à entendre quand elle raconte que pour les obsèques, on lui a remis "deux sacs dans un cercueil scellé". "On n'a pas pu lui faire un dernier baiser". Valérie a eu un petit garçon depuis la mort d’Alexandre. Valérie Lance raconte que ce petit frère posthume, encore tout jeune, dit "qu’Alexandre est parti dans une équipe de foot et qu’il habite dans une maison rouge". Valérie Lance redoute le moment où il faudra lui dire la vérité. Elle a eu la force aussi de s’adresser à Claude Ducos.

Vos dénégations, je n’y crois pas. Je suis venue pour vous voir partir avec les menottes aux poignets. J’ai lu le dossier de A a Z. Si j'avais eu le moindre doute, je l'aurais dit. Je n’ai aucun doute. Vous êtes coupable. — Valérie Lance à Claude Ducos pendant l'audience

Valérie Lance et les siens à l'audience - Radio France
Valérie Lance et les siens à l'audience © Radio France - Daniel Corsand

Valérie Lance explique qu'elle a voulu faire exister Alexandre à l'audience

Le père aussi s'est adressé à Claude Ducos

Philippe Junca, le père d'Alexandre a lui aussi pris la parole. "Je vais dire à monsieur Ducos que quand on fait appel, on a des éclaircissements. Mais il répond à côté, ne sait pas. Cette attitude nous exaspère". Il dit ces mots sans élever la voix. Philippe Junca avait écrit quelques lignes mais il ne lit rien en définitive. Il a le cran de se tourner vers Claude Ducos, et, sans agressivité, il s'adresse à lui. Théoriquement, ça ne se fait pas dans une cour d'assises, mais la présidente Marie-Hélène Bui-Van sent que c'est à la fois utile et sans danger pour la sérénité des débats.

Philippe Junca dit à Ducos : "vous avez plusieurs vérités. Prenez vos responsabilités. Je veux une fois pour toutes que vous la disiez la vérité, même si elle est terrible à dire". Philippe Junca ne supplie pas : "faites-le pour nous, et peut-être pour vous". Ducos répond :"Non. Je dis toujours la vérité. Un jour on la saura. On découvrira la vérité." Les deux hommes sont les yeux dans les yeux. "Je n'y suis pour rien. Donc il y a quelqu'un d'autre. Pour moi c'est sûr !" Philippe Junca se tourne alors vers la présidente : "D'accord. Très bien. Et ben voilà. Je n'ai plus rien à ajouter".

C'était important que je dise à Ducos ce que je pense de lui. Finalement j'étais content de l'avoir entre quatre yeux. J'ne avais pas eu l'occasion auparavant. Ce n'est pas vraiment de la haine, même si j'en ai peut être au fond de moi et que je refoule, mais avant tout c'est un profond dégoût — Philippe Junca le père

Philippe Junca, le père, raconte pourquoi il a dialogué avec Ducos

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