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Fiché à tort comme terroriste, un Niortais réclame toujours à l'Etat des dommages et intérêts

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Par , France Bleu Poitou, France Bleu
Saint-Martin-de-Bernegoue, France

Békir Gunes se bat depuis plus de 20 ans pour être reconnu comme victime. Fiché à tort comme terroriste pendant une quinzaine d'années, ce Niortais né au Kurdistan turc attend toujours un geste de la part de l'Etat. Mais les dommages et intérêts tardent à venir.

Békir Gunes, ici chez lui, avec l'un des documents concernant son dossier judiciaire.
Békir Gunes, ici chez lui, avec l'un des documents concernant son dossier judiciaire. © Radio France - Adrien Bossard

Nous l'avions rencontré en mai 2015, à la veille de la décision du tribunal administratif de Poitiers. Békir Gunes se disait alors confiant sur ses chances d'obtenir des dommages et intérêts. Mais deux ans et demi plus tard, toujours rien. Sa demande a été déboutée, même sentence de la part de la cour administrative d'appel de Bordeaux. Cet habitant de Saint-Martin-de-Bernegoue, dans le Niortais, se tourne maintenant vers le Conseil d'Etat, son ultime recours en France. 

Considéré par les renseignements français dans les 80-90, comme un activiste du PKK, le parti indépendantiste kurde inscrit dans la liste des organisations terroristes, il demande 1,4 millions d'euros de dommages et intérêts. "Ce n'est pas la somme qui importe, c'est le symbole, le principe", se justifie-t-il. Car l'Etat s'est trompé et a admis sa faute en l'ayant fiché. Depuis 2008, plus aucun document le concernant n'existe. Ils ont tous été supprimés. Mais pendant une quinzaine d'années, ces fameuses informations ont fermé bien des portes à ce turc de naissance.

250 offres d'emplois refusées en 2 ans 

Tout commence en 1995. Békir Gunes est alors chargé de mission à la mairie de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines. Un jour, la commune reçoit une lettre de la préfecture, lui stipulant qu'une subvention ne lui est pas accordée, en raison "des informations détenues sur l'un de ses responsables". En l’occurrence Békir Gunes. Il est aussitôt renvoyé par la collectivité et le chemin de croix commence.

Impossible, pour lui, de savoir concrètement quelles sont ces informations. Le Ministère de l'Intérieur refuse de lui donner accès au dossier. "A partir de là, c'est devenu très compliqué, se souvient-il. Je fais un métier social et je ne pouvais, à l'époque, postuler que dans le public. Et seul le public peut demander à savoir réellement qui l'on est lorsqu'on postule. L'Etat a communiqué toutes ces informations à mes potentiels employeurs et pendant 2 ans, j'ai reçu 250 refus d'emplois."

_"_Des faits basés sur des bruits de rue. On me disait tantôt communiste, tantôt militant du PKK", Békir Gunes

C'est en Deux-Sèvres qu'il refait sa vie, monte sa propre structure d'accueil pour mineurs, et peut enfin avoir le droit de consulter les informations le concernant. "Je me rappelle très bien de ce jour-là. C'était à la préfecture à Niort. Il y avait 4 personnes autour de moi, pour vérifier que je n'enregistre rien et que je ne prenne aucune photo. C'était hallucinant. On m'avait juste donné un stylo et 4 feuilles. Je me suis rendu compte, pour résumer, qu'il n'y avait que des âneries dans ce dossier. Tout était basé sur des bruits de rue et des témoignages de personnes. On me disait tantôt communiste, tantôt militant du PKK, voire partisan du retour de l'empire Ottoman. Vous vous rendez compte ? On disait aussi que j'étais à telle manifestation à Strasbourg alors que je n'étais même pas encore en France."

Tous ces faits erronés, Békir Gunes parvient à les démontrer. En 2008 et une dizaine d'actions en justice plus tard, son nom est enfin effacé des terroristes potentiels et les documents sont supprimés.

"Même mon amie avec qui je vis depuis plus de 20 ans a douté de moi", Békir Gunes

Aujourd'hui, Békir Gunes veut simplement être reconnu comme victime. "Quand on fait une erreur en société, le citoyen doit payer pour ce qu'il a fait. Alors, pourquoi quand le citoyen est victime, il n'a pas droit à ce principe ? Quand on bousille la vie d'une personne, ce n'est pas juste. Même mon amie avec qui je vis depuis plus de 20 ans a douté de moi, on a failli se séparer à cause de cette histoire."

Le Conseil d'Etat devrait statuer d'ici 6 mois sur sa demande de réparation. S'il est de nouveau débouté, il ira devant la cour européenne des droits de l'Homme.

Le reportage d'Adrien Bossard

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