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Fillette brûlée au détergent à Pornic : le restaurateur connaîtra son sort en juillet

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Par , France Bleu Loire Océan, France Bleu

Le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire jugeait, ce mardi 22 juin, le dirigeant du restaurant de Pornic où une fillette de 22 mois a eu l'œsophage brûlé en avalant de la soude caustique au lieu d'un jus de fruits en août 2019. Le jugement a été mis en délibéré au 12 juillet prochain.

Le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).
Le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). © Radio France - Sarah Mansoura

Près de deux ans après l'accident qui a très gravement blessé une fillette de deux ans, le 1er août 2019 à Pornic (Loire-Atlantique), alors qu'elle a ingéré par erreur un détergent à base de soude caustique, le gérant de l'établissement attendra quelques semaines de plus pour connaître le sort qui lui est réservé par la justice. Le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire pourrait, dans quelques semaines, reconnaître que Pierre-Alexandre Gérard s'est rendu coupable de blessures involontaires et de mise en danger de la vie d'autrui. Il y a deux ans, la petite fille, pas encore âgée de deux ans, a bu une partie du contenu d'une bouteille de jus de fruits, en réalité utilisée par le personnel comme contenant pour stocker un produit caustique destiné à purger le lave-verres.

Chaîne de responsabilité

Qui a eu l'idée de remplir du détergent dans une bouteille de jus de fruits ? Qui a rempli la dernière bouteille ? Qui a enlevé l'étiquette ? Qui a mis cette bouteille au frigo ? Qui a servi cette bouteille ? Pendant l'audience, durant plus d'une heure et demie, Pierre-Alexandre Gérard a tenté de s'expliquer sur sa responsabilité. Commençant ses réponses aux questions de la présidence par un mot aux parents d'Elisabeth Kob - "je veux dire que je suis tellement navré, tellement navré de ce qu'il s'est passé" - le dirigeant évoque un fonctionnement où il n'est que très peu présent, où il délègue toute l'activité à son équipe qui gère le lieu. 

Il n'y a eu aucune consigne, et à ce titre, le manquement est manifeste.

Alors que les questions de la présidente du tribunal sont courtes, claires, précises, ses réponses sont sinueuses. Plusieurs fois, le dirigeant tente de se dédouaner. S'il dit comprendre sa présence à la barre en tant que prévenu, en sa qualité de propriétaire du restaurant, il réitère souvent la même phrase. "Je ne comprends pas que je sois le seul à répondre de cela", lâche-t-il, laissant entendre que certains de ses salariés devraient se trouver à ses côtés devant la justice. Le dirigeant se décrit comme un entrepreneur, davantage investisseur que gérant, laissant la responsable du site "gérer". "J'ai donné les moyens", répète-t-il au tribunal. C'est d'ailleurs un des axes qui structure la prise de parole de l'avocate des parents Kob, constitués parties civiles, et du réquisitoire du ministère public.

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"L'employeur est le garant en termes de sécurité et d'hygiène. C'est un principe fondamental (...) Il appartient au chef d'entreprise de veiller personnellement à l'hygiène et à la sécurité des travailleurs", souligne à l'audience, après les réponses de Pierre-Alexandre Gérard, la procureure, Mathilde Defretin. Il ne s'agit pas, pour la représentante du ministère public, d'une "faute d'imprudence ou de négligence", mais d'une faute "caractérisée", appuie-t-elle, évoquant une "cascade d'événements", mais surtout une "négligence", à l'origine d'un drame d'une "particulière gravité". 

"Les manquements sont multiples", ajoute le parquet, soulignant en particulier le manque de formation du personnel, et le stockage de la bouteille de détergent "à proximité du frigo". "Il n'y a eu aucune consigne [sur la sécurité], et à ce titre, ce manquement est manifeste", souligne la procureure Defretin, qui glisse pendant son réquisitoire que le dirigeant Pierre-Alexandre Gérard, en congés à l'étranger quand le drame survient, s'interroge auprès des gendarmes qui lui apprennent la nouvelle, de l'opportunité de rentrer plus tôt de vacances. Il écourtera finalement ses congés d'une journée. 

Tout le monde sait qu'il ne faut pas faire ça.

L'avocat du prévenu, Me Garrigues, lui, regrette que les salariés ne soient pas présents en tant que prévenus à l'audience. Il souligne surtout que son client ne savait pas que ce procédé de transvasement existait au sein de son restaurant. "C'est celui qui comparaît aujourd'hui qui n'est pas au courant", s'indigne-t-il, insistant sur la responsabilité de la responsable du restaurant, et du salarié qui, le premier, a eu l'initiative de transvaser le produit corrosif dans la bouteille de jus de fruits. "Tout le monde sait qu'il ne faut pas faire ça", s'emporte l'avocat, qui déplore "aucune sanction, aucune poursuite" envers ces salariés. "Il y a des coupables", tranche-t-il. 

Une fillette de 22 mois brûlée à vie à l'œsophage 

Les faits se sont déroulés le 1er août 2019, alors que la famille Kob est en vacances en Loire-Atlantique. Le couple, Olga et Arnaud Kob, ainsi que leurs deux fillettes Alexandra, alors âgée de 6 ans, et Elisabeth, d'à peine 2 ans, déjeunent au restaurant La Fontaine aux Bretons. C'est après que les entrées, puis que les boissons sont servies par un saisonnier, que le drame survient. Alors que la mère de famille met la boisson, qu'elle croit être du jus de raisin, à la bouche de sa plus jeune fille, l'enfant se met à hurler. 

Olga Kob, qui croit dans un premier temps que la boisson servie était de l'alcool, tente elle aussi de goûter le liquide. Sentant la causticité du produit, elle a le réflexe de ne pas avaler et recrache immédiatement. Quelques gouttes tombent sur son pied. Arnaud Kob aussi tente de goûter, pendant que la fillette se tord de douleur et continue de crier. Les parents rappellent le serveur et demandent rapidement à ce que les secours soient appelés. Pendant ce temps, Elisabeth Kob souffre le martyre. 

C'est une famille qui paie le prix fort chaque jour, qui vit l'enfer, alors que cela devait être une belle journée.

Rapidement, la fillette se met à vomir, a les lèvres qui gonflent, sa lèvre inférieure pend.  Alors que le SAMU déclenche une intervention, la petite fille montre par gestes qu’elle a des problèmes au niveau de la poitrine. En effet, du liquide s'est déversé sur elle, et le produit lui brûle la peau. Quand les pompiers arrivent, ils emmènent rapidement la fillette au centre hospitalier de Saint-Nazaire. Elle y est intubée et placée sous assistance respiratoire, puis transportée au CHU de Nantes et mise dans un sommeil artificiel pour lui épargner des souffrances. Elisabeth passe ainsi plusieurs jours sous ventilation artificielle, avant d'être transférée à l'hôpital Necker de Paris. Depuis, Elisabeth Kob subit régulièrement des interventions chirurgicales et des soins très particuliers.

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"C'est un épuisement quotidien depuis deux ans", souligne l'avocate des parents de la fillette, Me Ludivine Podevin, à l'audience devant le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire ce mardi. Les parents de la fillette, visiblement très affectés, restent silencieux devant le tribunal. Leur avocate se charge de détailler les soins, les hospitalisations une fois par mois, les conséquences sur la vie des parents et de la petite fille aujourd'hui âgée de bientôt 4 ans, qui a subi plus d'une douzaine d'interventions aujourd'hui. "C'est extrêmement lourd", ajoute-t-elle. "Nous avons quatre personnes qui sont blessées dans leur chair. C'est une famille qui paie le prix fort chaque jour, qui vit l'enfer, alors que cela devait être une belle journée"

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