Faits divers – Justice

Fleury les Aubrais : le boulanger modèle du Carrefour Market condamné pour vol

Par Anne Oger, France Bleu Orléans vendredi 4 novembre 2016 à 18:07

L'employé devra verser 6000 euros de dommages et intérêts aux gérants du magasin
L'employé devra verser 6000 euros de dommages et intérêts aux gérants du magasin © Maxppp - MICHAEL ESDOURRUBAILH

Un employé du Carrefour Market de Lamballe à Fleury les Aubrais a été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour vol. L'homme de 48 ans avait mis en place un système assez ingénieux pour mettre de l'argent de côté derrière sa caisse, plus de 1600 euros sur un peu plus d'un an

Le patron du Carrefour Market décrit le prévenu comme un employé modèle, il travaille dans ce magasin depuis plus de vingt ans, les cinq dernières années il les a passées en boulangerie. La boulangerie, c'est un espace libre-service, et une caisse, ouverte sur l'extérieur, très fréquentée le dimanche par exemple. En 2014 le gérant et sa femme envisagent de supprimer cette partie de l'activité, pour faire des économies. Ils réalisent un audit et c'est à cette occasion qu'ils découvrent les pratiques un peu douteuses de leur employé.

Il avait ouvert sa caisse manuellement plus de 4700 fois, une manoeuvre censée rester exceptionnelle

D'abord ils sont étonnés de constater que le chiffre d'affaire de la boulangerie est deux fois moins élevé quand c'est cet employé qui se trouve derrière la caisse : ils notent un chiffre de 14 000 euros, quand ses deux collègues tournent autour de 26 000. Et puis surtout, il y a visiblement un nombre très inhabituel d'ouvertures de caisse manuelles, une procédure censée rester exceptionnelle. Un logiciel installé à l'étage, sans que les employés d'ailleurs n'en soient informés, permet de surveiller toutes les manipulations en caisse dans cette grande surface. Lui, le prévenu, a à son actif 4747 ouvertures de caisses sur un an, quand sa collègue n'a fait ce geste que 30 fois en 2014. Il y a de quoi s'interroger, le patron demande alors à un huissier de venir faire un constat. Celui-ci se poste à proximité de la caisse boulangerie, il enregistre chaque opération, calcule ce que l'achat des baguettes et autres pains au chocolat sont censés représenter. Et constate à la fin du premier jour, qu'il manque un peu plus de 27 euros, 17 euros le lendemain. Visiblement la technique est assez simple : l'employé fait semblant d'encaisser du pain ou des viennoiseries, mais en fait il récupère l'argent. Ou bien, autre technique, il tape un prix plus élevé et empoche la différence. Les gérants portent plainte à ce moment-là et entament une procédure de licenciement pour faute grave.

Un logiciel clandestin pour surveiller les caisses du magasin

Seulement l'Inspection du Travail s'oppose à ce licenciement. Le prévenu est délégué du personnel, salarié protégé donc, et ce fameux logiciel qui enregistre les mouvements de caisse, s'il n'est pas illégal, n'aurait pas dû être installé sans que les salariés du magasin soient tous informés de son existence. L'appareil est clandestin aux yeux de l'administration, les patrons ne peuvent pas s'appuyer sur lui pour licencier leur salarié. Ils lui proposent donc de négocier son départ, "il est parti avec un gros chèque, et en quittant le magasin, il a même nargué les autres employés" accuse le patron du magasin, venu témoigner à la barre.

Personne ne l'a jamais vu mettre les pièces dans sa poche, on a monté toutes ces accusations parce qu'on voulait supprimer le poste de mon client et se débarrasser de lui

Le tribunal, lui, s'appuie notamment sur ce logiciel pour établir son jugement. Des mouvements de caisse anormalement élevés, des sommes en espèces déposées régulièrement sur le compte du prévenu, à raison de 30, 50, 80 euros au moins une fois par mois, tout cela ne laisse pas de place au doute, selon la procureure. L'avocate du prévenu, seule à l'audience puisqu'il n'est pas venu se défendre, évoque, elle, un contexte particulier : "On voulait se débarrasser de mon client et de son poste, fermer la caisse de la boulangerie, il était représentant du personnel donc gênant, alors on a monté toute cette histoire", dit-elle. "Personne ne l'a jamais vu mettre les pièces dans sa poche". Le tribunal le condamne à 6 mois de prison avec sursis, il devra verser 6000 euros de dommages et intérêt à ses anciens employeurs.