Faits divers – Justice

François Molins, le procureur de Paris, alerte sur un "risque d'attentat renforcé" en France

Par Raphaël Godet, France Bleu vendredi 2 septembre 2016 à 16:21

François Molins, le procureur de la République de Paris.
François Molins, le procureur de la République de Paris. © AFP - GEOFFROY VAN DER HASSEL

L'affaiblissement du groupe État islamique en Syrie et en Irak fait augmenter le risque de nouveaux attentats en France, estime le procureur de la République de Paris François Molins dans un entretien accordé au Monde, ce vendredi.

Le constat

Le groupe Etat islamique vient d’essuyer plusieurs revers militaires en Irak et en Syrie. Cet "affaiblissement" renforce le risque d’attentat en France, selon le procureur de la République de Paris François Molins, dans un entretien accordé au journal Le Monde ce vendredi. "Quand les organisations terroristes sont en difficulté sur zone, dit-il, elles recherchent l’occasion de commettre des attaques à l’extérieur." Il met donc en garde contre la menace du retour des combattants français djihadistes. _"On sera à un moment ou à un autre confronté au retour d’un grand nombre de combattants français et de leurs familles." _Selon le magistrat, 2000 Français sont partis, en transit ou souhaitent se rendre en Syrie. Parmi eux, environ 700 sont en ce moment sur zone.

Le nombre de procédures judiciaires augmente

  • 982 personnes font ou ont fait l’objet d’enquêtes judiciaires
  • 280 sont aujourd’hui mises en examen, dont 167 placées en détention
  • 577 font l’objet d’un mandat de recherche ou d’un mandat d’arrêt

De plus en plus de femmes, notamment des mineures

C'est l'autre constat évoqué par le procureur de Paris dans son interview au Monde. "Des centaines de femmes vont revenir de Syrie. On a peut-être été trop scrupuleux au début en se disant qu’elles suivaient leur mari et se cantonnaient à des tâches ménagères en Syrie. Aujourd’hui, elles sont systématiquement interpellées à leur retour et placées en garde à vue", souligne-t-il. A ce jour, 59 ont été mises en examen en France, dont 18 sont en détention.

Si l'on regarde de plus près, le nombre de dossiers concernant de jeunes filles mineures, qui résident en France, est en nette augmentation. "Elles sont parfois à l’origine de projets terroristes qui, sur le plan intellectuel, commencent à être très aboutis."  Au début du mois d'août, une adolescente de 16 ans a été mise en examen et placée en détention provisoire. Sur la messagerie cryptée Telegram, elle se disait prête à commettre un attentat en France.

La stratégie pénale

C'est un débat régulièrement soulevé par les politiques en France : faut-il placer en rétention les individus fichés "S" ? François Molins juge l’idée "absolument impossible." Il est aussi contre l'idée de créer un parquet national spécial pour l’antiterrorisme.