Faits divers – Justice

Front national : ces millions qui intéressent les juges

Par Julien Baldacchino, France Bleu vendredi 23 octobre 2015 à 11:22

Marine Le Pen, présidente du FN
Marine Le Pen, présidente du FN © Maxppp

Le FN s'est-il enrichi grâce à l'argent public ? Deux juges parisiens enquêtent sur des soupçons de financement illégal des campagnes électorales du FN en 2012, via le micro-parti "Jeanne". Retour sur cette affaire, avec le pôle d'enquête et d'investigation de Radio France.

"L'affaire Jeanne" est devenue embarrassante pour le Front national. A tel point que Marine Le Pen, convoquée le 13 octobre dernier par deux juges d'instruction parisiens pour y être entendue sous le statut de témoin assisté, ne s'y est pas rendue. Derrière ce nom, une affaire de soupçons de financement illégal des campagnes à la présidentielle et aux législatives de 2012.

"Jeanne", c'est quoi ?

C'est un micro-parti, nommé ainsi en référence à Jeanne d'Arc. Un micro-parti, c'est une organisation qui a exactement les mêmes caractéristiques qu'un parti politique, à ceci près qu'il ne bénéficie pas de subventions directes, et surtout, qu'il compte très peu de membres, généralement parmi les proches d'une personnalité politique. 

Dans cette affaire, les juges soupçonnent ce micro-parti d'avoir mis en place avec l'entreprise Riwal, premier prestataire du FN pour les travaux de communication et d'imprimerie, un système permettant de financer illégalement les campagnes électorales de 2012. Car la loi interdit que des particuliers puissent donner plus de 7.500€ à un parti pour faire campagne. 

Des kits de campagne suspects

Ce qui a attiré l'attention de la justice, ce sont les kits de campagne proposés par Riwal aux candidats novices du FN aux législatives – cette année-là, il y a 565 candidats du Rassemblement Bleu Marine en France, du jamais vu jusqu'alors, dont beaucoup n'ont jamais fait de politique.

Or ces kits sont très chers : 16.650 euros - sans les options. Pour acheter ces kits, le FN propose à ses candidats une aide : le micro-parti Jeanne propose des prêts aux candidats, avec un taux d'intérêt de 6,5%. Or ces prêts (et les taux d'intérêt) ont été inscrits dans les frais de campagne des candidats. Et ceux qui ont obtenu un score de plus de 5% se sont vus rembourser par l'Etat leur prêt, ainsi que les intérêts dus. Soit un profit, pour Jeanne, de 600.000€ payés par l'Etat.

Pour la justice, le FN aurait donc escroqué l'Etat pour financer ses campagnes sur des deniers publics. Le FN de son côté assure n'avoir rien fait d'illégal. Car il profiterait d'une faille du système, selon le député PS Romain Colas, qui s'apprête à déposer une proposition de loi qui vise à éviter ce genre de contournements :

"Le financement public des élections a vocation de permettre aux candidats de faire campagne pour une élection donnée, surtout pas de faire des réserves pour l'élection d'après". 
— Romain Colas, membre de la commission des finances à l'Assemblée nationale

En revanche, le FN est aussi soupçonné d'avoir été financé illégalement par l'imprimeur Riwal : des dons auraient été déguisés, et des cadres du FN auraient été employés fictifs de cette entreprise, selon les soupçons des juges. Dix personnes sont mises en examen dans cette affaire, dont le FN en tant que personne morale.