Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Faits divers – Justice

Fusillade de Beaune : rassemblement solidaire prévu ce vendredi, la page Facebook en soutien aux victimes très relayée

vendredi 10 août 2018 à 15:37 Par Nicolas Fillon, France Bleu Bourgogne et France Bleu

Le 30 juillet dernier, sept jeunes du quartier Saint-Jacques étaient blessés par des tirs de fusils après avoir essuyé des insultes racistes. Alors qu'un rassemblement solidaire est organisé à Beaune ce vendredi 10 août à 18h, la page Facebook en soutien aux victimes prend de plus en plus d’ampleur.

Une des deux victimes encore à l'hôpital après la fusillade de Beaune, le dos criblé de plomb.
Une des deux victimes encore à l'hôpital après la fusillade de Beaune, le dos criblé de plomb. - DR

Beaune, France

Bientôt deux semaines, et pas d’avancée flagrante dans l’enquête sur la fusillade de Beaune. Sept jeunes avaient été blessés par des tirs de fusil de chasse au petit matin lundi 30 juillet à Beaune (Côte-d’Or), aux alentours de 4h dans le quartier Saint-Jacques. Âgés de 18 à 25 ans, ces habitants avaient été visés par des inconnus en voiture, alors qu’une altercation avait eu lieu auparavant, vers 1h30 du matin, entre le groupe de jeunes et les occupants d'un premier véhicule, ce dernier fonçant sur les Beaunois avec à la clé des insultes racistes selon les victimes et témoins sur place. Si leur pronostic vital n’est pas engagé, deux jeunes, plus touchés gravement que d’autres par les plombs, sont toujours hospitalisés.

Toujours pas d'interpellation

En fin de semaine dernière, le parquet de Dijon nous confiait que l’enquête était "en très bonne voie", même si à l’heure où nous écrivons ces lignes, aucune annonce faisant état d’interpellations d’un ou plusieurs suspects n’a encore été faite. Le temps d'auditionner les victimes, témoins et d'exploiter les vidéosurveillances de la ville de Beaune pourrait expliquer cette attente, trop longue au goût des victimes et de leurs familles. 

Une autre victime de l'attaque au fusil de chasse, touchée par une quarantaine d'impacts de plomb. - Aucun(e)
Une autre victime de l'attaque au fusil de chasse, touchée par une quarantaine d'impacts de plomb. - DR

Dans un communiqué daté de jeudi 2 août, le procureur adjoint de Dijon Thierry Bas expliquait que "des moyens importants tant sur le plan humain que technique étaient déployés pour parvenir à une résolution rapide de l'affaire". Si le parquet reconnaît bien que "des insultes racistes auraient été proférées", il n’élude aucune autre piste, évoquant également celle du "règlement de compte" ou de la "vengeance".

Pour SOS Racisme, "la dimension raciste" du fait divers ne fait quasiment aucun doute au vu des témoignages recueillis par l’association, qui "s'émeut", dans un communiqué publié mardi 7 août, du "traitement judiciaire" de l’affaire et dénonce une "sous-estimation systématique" par la justice du caractère raciste "des agressions contre les personnes"

Rassemblement solidaire ce vendredi à 18h au quartier Saint-Jacques

Pointant également du doigt l’absence initiale de "suivi psychologique" pour les victimes "malgré la violence des faits subis", SOS Racisme "réaffirme son soutien" aux jeunes touchés lors de la fusillade ainsi qu’à leurs familles et "leur apportera toute l'assistance nécessaire pour que la vérité soit dite sur cette affaire".

C’est dans ce cadre qu’un rassemblement solidaire, à l’appel d’SOS Racisme et de plusieurs autres organisations doit avoir lieu à Beaune ce vendredi 10 août à 18h, au city stade du quartier Saint-Jacques, sur les lieux de la fusillade. 

Nadège, 38 ans, y sera. Cette habitante du quartier "depuis une trentaine d’année", venue en aide aux jeunes blessés juste après l’attaque au fusil, a lancé le 3 août une page Facebook intitulée "Soutien aux victimes de la fusillade de Beaune", et suivie par près de 4 000 personnes

"J’ai d’abord eu cette initiative parce que j’ai malheureusement lu sur les réseaux sociaux beaucoup de messages qui n’étaient destinés à soutenir les victimes, raconte cette Beaunoise qui habite juste à côté de l'endroit où s'est déroulée l’agression, et dont le ton oscille "entre émotion et fatigue" comme elle le concède. Il s’agissait bien au contraire de messages un peu haineux, et limite racistes. J’avais envie de lire de bonnes choses et je sais qu’il existe des gens biens ici et ailleurs. J’ai donc voulu créer cette page Facebook pour soutenir ces jeunes et leurs familles, et notamment pour donner des nouvelles des deux personnes qui ont été les plus gravement touchées, Yassin et William."

Nadège voulait parler de ce fait divers car il s'agit selon elle "purement et simplement" d'une "histoire de racisme" et "non pas un règlement de compte comme beaucoup l’ont laissé entendre".

Des messages de soutien relayés à travers une page Facebook dédiée

Celle qui "a grandi à Beaune" dépeint un quartier Saint-Jaques "calme" dans l’ensemble. "Je connais les grands frères du quartier, les mamans de tous les jeunes dont ceux qui ont été attaqués, poursuit Nadège. On se croise souvent, lorsque je promène les chiens ou quand je vais jouer avec mes neveux et nièces. Plusieurs communautés vivent ici et tout le monde s’entent bien en général. On fait avec ce qu’on a." 

Et d’ajouter : "Les nuits, quant la température est élevée, les jeunes traînent dehors jusqu’à 4h du matin, certes, mais ils ne font rien de mal. Ils ne font que profiter de la fraîcheur du soir. La plupart sont étudiants ou travailleurs, et en vacances. C’est d’ailleurs malheureux de les voir comme ça sur des bancs, à devoir prendre des chaises à droite et à gauche plutôt que d’avoir un abri comme ils en ont déjà fait la demande, un endroit pour qu’ils puissent se retrouver entre jeunes, entre amis."

Pour Nadège, les victimes de la fusillade "ne sont pas assez soutenues", évoquant elle aussi "l’absence de cellule psychologique les jours qui ont suivi l’attaque". Elle-même dit être "encore choquée de ce qui s’est passé" et souffle avoir encore "beaucoup de mal à dormir"

"Je fais énormément de cauchemars, avoue-t-elle. Je prends quelques médicaments pour aller mieux. Les deux garçons encore hospitalisés ont eux des nuits très difficiles, agitées, même s’ils essayent de reprendre des forces après les opérations subies. C’est vrai que c’est difficile pour tout le monde."

"On n'est pas à Chicago, on est à Beaune" — Nadège, habitante du quariter Saint-Jacques

Pour venir en aide moralement aux victimes, la page Facebook de Nadège remplit son rôle. "Il y a énormément de messages qui soutiennent ces jeunes, de personnes de Beaune ou d’ailleurs, détaille-t-elle. Ceux que je reçois en privé sont directement envoyées aux personnes concernées pour leur dire que même à l’hôpital, ils sont vraiment soutenus, qu’il faut qu’ils se battent, qu’il y a du monde derrière eux pour les aider en quoi que ce soit." 

Surtout, Nadège veut jouer sur la carte de l’apaisement : "Les esprits ne doivent pas s’échauffer, que ce soit du côté des jeunes ou des malveillants, pour dire n’importe quoi. Il faut que les gens arrêtent de se faire des films, on n’est pas à Chicago, on est à Beaune. Nous devons dénoncer les faits racistes qui ont été commis, réclamer justice et appeler à ce que cesse la stigmatisation du quartier."