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Faits divers – Justice

Gil Emprin, historien : "Il faut donner du sens aux commémorations"

samedi 11 novembre 2017 à 19:52 Par Alexandre Berthaud, France Bleu Isère

Emmanuel Macron veut être moins présent aux cérémonies de commémorations que François Hollande, il l'a annoncé. Commémorer moins, mais mieux ? C'est aussi l'avis de l'historien du musée de la Résistance à Grenoble Gil Emprin.

La commémoration de ce samedi 11 novembre 2017 à Corenc, commune à côté de Grenoble.
La commémoration de ce samedi 11 novembre 2017 à Corenc, commune à côté de Grenoble. © Radio France - Alexandre Berthaud

Grenoble, France

Est-ce que réduire le nombre de commémorations ça va dans le bon sens ?

Gil Emprin : Plutôt que de parler de "réduire" il faut surtout donner du sens aux commémorations, qu'elles ne se retrouvent pas comme un rituel qui ne concerne plus que des élus, quelques militaires, et quelques familles d'anciens combattants. Si on veut qu'elles gardent du sens il faut, peut-être en réduire le nombre, mais surtout redonner aux gens l'idée de ce qu'est une commémoration, et donner du sens auprès des jeunes.

En Isère, terre de résistance, on a beaucoup de commémorations, notamment l'été...

GE : Le problème c'est que ça devient des commémorations assez privées, d'associations, et on les comprend c'est leur fonction d'être fidèle au vécu de ses membres, mais il faut dépasser le cercle minimaliste des familles d'anciens combattants. Et là, la multiplication des commémorations n'aide pas. C'est vrai que l'été entre l'Oisans, le Vercors, le Grésivaudan, on a une cérémonie toutes les semaines et on se pose la question : qui cela concernera dans 10 ans ?

Quand ceux qui portent la mémoire vivantes, les témoins, seront morts, c'est ce que vous voulez dire ?

Oui, la mémoire vivante ce sont les quelques derniers résistants, déportés, qui participent aux commémorations. Leur famille est souvent très impliquée, pour aller au-delà il y a d'autres moyens, il faut impliquer les gens autrement qu'en disant " tel jour il y a une commémoration".

Mais comment garder cette histoire locale de la résistance dans ce cas ?

GE : Je n'ai pas la solution parfaite, peut-être choisir un moment fort et le diffuser mieux, que les choses aboutissent en plus grand. je prends l'exemple de l'anniversaire de la Libération de Grenoble, quand on a un anniversaire à chiffre rond, une date importante, il se passe des choses, qui impliquent franchement les gens. Il vaut peut-être mieux une commémoration plus rare mais plus forte, pour marquer davantage les esprits.

Le 11 novembre peut devenir un grand rendez-vous important ?

GE : Oui c'est une date qui dépasse maintenant le seul cadre de la Première Guerre Mondiale, c'est officiellement la journée du souvenir des soldats français morts dans différentes guerres. Ce qu'on a observé avec "l'effet centenaire" de 14-18, c'est une implication nouvelle de l'Education Nationale. On n'a pas considérés qu'il fallait simplement mettre des élèves dans le "décor" de la commémoration, comme on a pu le faire par le passé. Il y a des vrais travaux d'élèves, sur des parcours de soldats, sur les monuments aux morts, les noms écrits...

Amener des élèves ensuite à la commémoration ça a forcément beaucoup plus de sens, il comprennent bien mieux désormais l'utilité de ce qu'on appelle commémorer, c'est-à-dire "se rappeler ensemble".

En tant qu'historien ET professeur, on dit que les Français aiment l'histoire, est-ce que c'est toujours vrai chez les jeunes ?

GE : J'enseigne une matière qui me semble-t-il n'est pas la plus détestée des élèves, il y a un intérêt global, surtout quand l'histoire est incarnée. À voir des élèves qui ont rencontré des anciens résistants, ou déportés, ça les marque. Mais ce qui les marque aussi c'est audn on fait une étude particulière et qu'on va sur un lieu de mémoire fort : par exemple je suis allé à Berlin avec une classe l'an passé, sentir l'histoire sur place ça fonctionne très bien.

Vous enseignez au lycée international d'Europole à Grenoble : est-ce qu'on commémore autant à l'étranger ?

GE : Beaucoup de Britanniques achètent leur petit coquelicot le 11 novembre, ils s'affichent avec toute la journée et c'est très suivi. Ils s'arrêtent complètement de travailler tous en même temps pendant la minute de silence, ce sont d'autres manières de commémorer on a peut-être des choses à apprendre.

Mais on commémore partout ça c'est sûr. Hier (vendredi), l'équipe de rugby de Nouvelle-Zélande est allée se recueillir sur la tombe du soldat inconnu, parce que leur pays est apparu sur la scène internationale avec les 100 000 volontaires de la guerre de 14, dont beaucoup sont morts, et parmi eux il y avait le capitaine de l'équipe de rugby de l'époque.

À la limite ceux qui ont "zappé" le centenaire ce sont l'Autriche et la Hongrie, car là Première Guerre Mondiale leur a fait perdre leur Empire, donc ils ont célébré à minima.

Mais en France on aime particulièrement cela ?

GE : Oui parce qu'on est une nation politique, historique, on va chercher dans l'histoire les raisons de notre existence et de notre unité. C'est particulier, mais en Italie aussi, c'est un truc de vieux pays les commémorations !