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Faits divers – Justice

Gilets jaunes devant le tribunal correctionnel de Bordeaux : "Je n'aime pas la violence"

vendredi 11 janvier 2019 à 22:01 Par Camille Huppenoire, France Bleu Gironde

Six personnes étaient jugées ce vendredi par le tribunal correctionnel de Bordeaux, pour des infractions commises dans le cadre du mouvement des Gilets jaunes, ou en marge des manifestations.

Manifestation des Gilets jaunes à Bordeaux le 22 décembre 2018.
Manifestation des Gilets jaunes à Bordeaux le 22 décembre 2018. © Radio France - Camille Huppenoire

Bordeaux, France

Une salle comble, un peu dissipée à l'ouverture des audiences. À la lecture de l'inscription "Macron, tête de con", retrouvée sur une pancarte chez un des prévenus, des rires s'élèvent dans le public. Le président du tribunal s'interrompt, l'air sévère. "Moi, ça ne me fait pas rire... du tout !" Il demande le silence, rappelle "vous n'êtes pas au théâtre ici !" Les soutiens de Mickael, une trentaine de personnes, se calment. Les gilets jaunes ont disparu dans les poches et les sacs. 

Ce père de famille divorcé, trentenaire, est une figure locale du mouvement des Gilets jaunes. Il a participé à des blocages à Bassens, Sainte-Eulalie ou encore Saint-André de Cubzac. Il a diffusé plusieurs vidéos de ces actions sur les réseaux sociaux. Convoqué devant le tribunal pour participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences envers les personnes ou les biens et entrave à la circulation, Mickael a du mal à concevoir ces accusations. 

Je n'aime pas la violence.

Il reconnaît avoir déplacé des plots en béton pour entraver la circulation, mais sans violence, "Je n'aime pas la violence" marmonne-t-il, parlant très bas. "Je sais que ce n'est pas bien, mais quand on est dans le mouvement, on ne voit pas, ça... on se sent plus fort, au-dessus de la vie quotidienne." Une vie quotidienne difficile, rappelle son avocate Maître Cadiot-Feidt, pour qui son client a trouvé un moyen d'exprimer ses difficultés et s'est laissé entraîné par un "effet spirale (...) une folie collective".

Maître Cadiot-Feidt : "Aller exprimer la situation de nombre de nos concitoyens, qui ont des difficultés"

"J’ai juste voulu me battre pour mon pouvoir d’achat" conclut le prévenu. Très "impressionné" par les perquisitions menées à son domicile, où une hache, un casque de moto, un gyrophare de chantier, notamment, seront retrouvés, il affirme ne plus participer à aucune action. "C'est un homme tout à fait normal" dit Maître Cadiot-Feidt, applaudie par les soutiens de Mickael malgré la demande de silence du président du tribunal. Car l'avocate a exprimé le besoin de lien social, la "chaleur [trouvée] près des palettes qui brûlent au rond-point." Mickael le confirme "on se sent comme une famille." Il est condamné à 4 mois de prison avec sursis et 200 euros d'amende.

Aucune peine de prison ferme pour les six prévenus

Les six individus comparaissant ce vendredi ne se revendiquent pas tous du mouvement des Gilets jaunes. Un jeune homme, en particulier, dit avoir été "pris dans l'action" lors de la manifestation du 22 décembre à Bordeaux, où il a été interpellé près d'une barricade avec un briquet. Les faits reprochés sont divers pour ces prévenus sans lien les uns avec les autres : jets de projectile envers les forces de l'ordre, dégradations de biens, entrave à la circulation... aucune peine de prison ferme n'a été prononcée. Les prévenus écopent de peines de prison avec sursis, et mise à l'épreuve, ainsi qu'à du travail d'intérêt général pour l'un d'entre eux.

Des violences reprochées aux forces de l'ordre

A 20 ans, Mattia est le plus jeune des gilets jaunes à comparaître devant le tribunal ce vendredi. Le jeune homme, qui vit dans la ferme de sa mère, une exploitation qui rencontre de grandes difficultés financières, nie avoir jeté des projectiles sur les forces de l'ordre. Mais, d'un ton assuré, il reproche aux agents ayant procédé à son interpellation une violence disproportionnée. Il décrit la scène : frappé par un tir de flashball, dans le dos, il s'abrite pour reprendre ses esprits et c'est à ce moment qu'il est interpellé. "J'ai reçu des claques pendant mon arrestation" confie-t-il à l'issue de l'audience à France Bleu Gironde. Mattia a fait constater son bleu dans le dos par un médecin, il dit réfléchir à porter plainte contre les forces de l'ordre. 

Mais pour le jeune homme, les manifestations à Bordeaux, c'est terminé. "C'est trop violent... il y a d'autres façons de manifester." Il continuera à se mobiliser, mais plutôt sur les ronds-points, ou dans des rassemblements près "de sa campagne"... loin de la capitale girondine.