Faits divers – Justice

Harcèlement scolaire : "Ma fille a été victime de brimades permanentes" (témoignage d'une mère belfortaine)

Par Marie Roussel et Hajera Mohammad, France Bleu Belfort-Montbéliard jeudi 3 novembre 2016 à 7:00

Le harcèlement scolaire, pas toujours évident à détecter, concernerait plus de 700 000 élèves
Le harcèlement scolaire, pas toujours évident à détecter, concernerait plus de 700 000 élèves © Maxppp - Frédéric Cirou

Ce jeudi 3 novembre, l'Education nationale organise une journée "Non au harcèlement". Selon les chiffres officiels, il concerne plus de 700 000 élèves en France. Mais d'après cette maman terrifortaine, dont la fille a subi le harcèlement scolaire, il n'est pas toujours facile de le détecter.

C'est anonymement que cette Terrifortaine accepte de raconter son expérience. Sa fille a subi du harcèlement à l'école il y a deux ans, mais la plaie reste vive. "Elle est encore fragilisée. Si vous lui demandiez de témoigner elle ne pourrait pas", justifie sa mère. Il y a deux ans, trois jours après sa rentrée en sixième, sa fille lui fait part des moqueries dont elle est la cible. "C'était des brimades verbales permanentes, rapporte la maman. T'as des yeux globuleux, t'as vu comment t'es habillée, t'es pas normale. Toujours sur la normalité ".

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Des symptômes physiques

Ce harcèlement est le fait de "trois meneuses et une suiveuse" détaille la mère. Au bout de trois semaines, les parents décident d'agir. Après avoir écrit une lettre au proviseur, les choses se calment. En apparence. Les humiliations continuent, de façon plus insidieuse cette fois-ci. Pensant avoir réglé le problème, les parents ne saisissent pas la gravité du harcèlement. "Je pense qu'inconsciemment, elle a voulu nous protéger, nous, et qu'elle a tout gardé sur le cœur". Cette maman insiste : "On s'imagine qu'on va le voir. On s'imagine connaître parfaitement son enfant, on s'imagine être une famille à l'écoute, attentive... Et puis on se rend compte qu'en fait, on ne voit rien."

Ma fille a dû se justifier d'être la victime...

Jusqu'au moment où sa fille multiplie les problèmes de santé. Après les vacances de Noël, au moment de reprendre les cours, l'adolescente développe de très forts maux de ventre. "Elle n'a plus été dans la capacité de s'asseoir. Elle avait des douleurs au ventre permanentes ; matin, midi et soir. Quand elle allait au collège elle était à genoux." Des soucis de santé qui durent sept semaines. Un médecin finit par mettre la puce à l'oreille et fait le lien avec l'école.

Témoignage d'une mère belfortaine : "Ma fille, harcelée, a eu des maux de ventre pendant des mois"

A la fin du mois de février 2015, les parents de l'élève portent plainte contre les deux principales harceleuses. La procédure dure huit mois. Pour prouver les faits, la jeune adolescente doit aller voir un médecin victimologue. "Ma fille a dû se justifier d'être la victime..." , déplore la mère de famille.

Un rappel devant la loi pour les harceleuses

Finalement, les deux harceleuses ont eu un rappel devant la loi. La maman regrette que les parents concernés ne les aient jamais contactés. "Pas pour des excuses... Au moins pour nous dire : on a appris, on en est désolés... comment va votre fille ?" Aujourd'hui en quatrième, sa fille va mieux. Suivie six mois en psychothérapie, elle reprend peu à peu confiance en elle. Mais pour sa mère, le mal est fait. "II y aura toujours des cicatrices. On ne se relève jamais vraiment de ça."

"On a connu un jeune qui a tenté de se suicider. Certains commettent l'irréparable - Sandrine Claude, FCPE 90

Si le harcèlement baisse pour la première fois depuis vingt ans, en France, de 15%, il reste encore beaucoup de travail à faire estime Sandrine Claude, présidente de la FCPE 90. "On continue de tirer la sonnette d'alarme. Les protocoles mis en place par l'Éducation nationale ne sont pas encore tout à fait efficaces. Il faut améliorer la formation des enseignants et directeurs d'établissements" affirme-t-elle. Il faut aussi que les parents d'élèves fassent plus attention, notamment qu'ils surveillent les activités de leur enfant sur les réseaux sociaux. Les cyberviolences, c'est le thème de cette deuxième journée nationale contre le harcèlement scolaire.

Sandrine Claude (FCPE 90) : "Un enfant a tenté de se suicider"

Si vous êtes un parent ou un enfant concerné par le harcèlement scolaire, vous pouvez appeler le 30.20, un numéro vert gratuit pour vous conseiller. Regardez ci-dessous, la vidéo de campagne de l'Éducation nationale contre le cyberharcèlement :