Faits divers – Justice

Homicide involontaire dans un mariage à Marly : cinq ans de prison pour le tireur

Par Margot Delpierre, France Bleu Nord jeudi 15 décembre 2016 à 12:02

Kenza, 19 ans, a été abattue sur le trottoir, rue de l'Aviation à Marly près de Valenciennes.
Kenza, 19 ans, a été abattue sur le trottoir, rue de l'Aviation à Marly près de Valenciennes. © Maxppp - Bruno Fava / La Voix du Nord

Fahicel L. a été condamné à la peine maximale pour homicide involontaire, soit cinq ans de prison ferme, pour avoir tué d'un coup de fusil une jeune convive dans le cortège d'un mariage à Marly (Nord).

Le tribunal de grande instance de Valenciennes a condamné mercredi soir Fahicel L., 27 ans à l'époque des faits, à cinq ans de prison ferme, cinq ans d'interdiction de posséder une arme, et à payer un total de plus de 130.000 euros à divers membres de la famille de la victime.

Que s'est-il passé ce jour-là ?

Le 13 juin 2015, un cortège de mariage se prépare à Marly. Les invités, très nombreux dans la rue, sont garés près du domicile de la mariée. Certains continuent à pied en direction de la maison du futur époux. C'est le cas de Kenza, jeune fille de 19 ans, accompagnée de deux cousines. Elle vient d'Aix-en-Provence où elle étudie les langues étrangères à la faculté pour faire une surprise au marié, son cousin.

Dans le cortège, une voiture se faire remarquer. Sur le siège passager, Fahicel L., qui n'est pourtant pas invité, tire en l'air quelques coups de fusil pour "participer à l'ambiance", parce que selon lui, "c'est la tradition" en Algérie. Les mariés ne lui avaient rien demandé, et personne d'autre n'est venu armé. Il ne s'agit pas de balles à blanc mais de réelles munitions. Lui assure que le coup est "parti tout seul", qu'il ne comprend pas comment s'est arrivé.

Tous les témoignages des passants démontrent au contraire qu'il avait bien son doigt appuyé sur la détente, même s'il ne tenait pas Kenza en joue. L'expertise balistique prouve que, comme l'arme à feu était défectueuse au niveau de la crosse, la trajectoire du dernier coup de feu n'a pas pu être contrôlée. Le fusil, que Fahicel dit avoir racheté cent euros "à un gitan", se met à vibrer, le canon dévie et la balle touche mortellement Kenza à la tête. Une fois à l'hôpital les secours n'ont pu que constater son décès. Le prévenu, qui s'était mis à fuir en courant, a été rattrapé par des proches de la victime.

Un procès particulièrement émouvant

L'émotion était palpable dans la salle d'audience du tribunal. Quand la juge évoque le caractère jovial de Kenza et ses rêves de devenir journaliste, ses proches fondent en larmes. Ils sont venus nombreux pour soutenir les parents de la victime. Le père endeuillé dit ne plus vivre depuis ce jour de juin 2015 , et n'est d'ailleurs toujours pas retourné travailler. Son épouse, tentant de contenir ses émotions, fait un malaise avant les réquisitions.

Le prévenu, lui, reste de marbre et semble à moitié conscient du tort qu'il a pu causer. L'expert psychiatrique le décrit comme "frustre" et "égocentré", doté d'un "QI légèrement inférieur à la moyenne". Issu d'une fratrie de cinq, la juge relève qu'il est le seul de la famille à être "en échec scolaire", à avoir eu "de mauvaises fréquentations". Au moment du drame, il était célibataire et sans emploi. L'avocat du prévenu soulignera un manque de repères pour tenter d'expliquer son geste inconscient.

Des réquisitions accablantes

Pendant sa plaidoirie, l'avocate des parties civiles, Me Blandine Lejeune, insiste sur le préjudice de l'affection, et décrit "une famille dévastée par la peine et par le chagrin", "physiquement et moralement". "Vous venez au nom de traditions, mais vous ne les connaissez même pas", lui lance-t-elle à propos de ces coups tirés en l'air. "Vous n'en avez rien à faire de la législation sur les armes", ajoute-t-elle en direction de celui qui a déjà un casier judiciaire bien rempli. "C'est à la fois dramatique et miraculeux qu'il n'y ait que Kenza de touchée. Vous venez dans un mariage dans lequel vous n'êtes pas invité si ce n'est l'invité du diable."

La substitut du procureur, Emilie Jullien, ira encore plus loin pendant ses réquisitions. Visiblement émue, elle accable le prévenu "d'une stupidité incroyable, d'une inconsciente totale et qui ne respecte rien". "Si on est là aujourd'hui c'est parce que vous êtes stupide", termine-t-elle. Elle lui reproche également d'avoir tiré alors qu'il savait que cette arme à feu était défectueuse, puisqu'il s'était lui-même blessé avec en l'utilisant auparavant.

Devant les faits accablants, l'avocat de la défense, Me Nicolas Brazy, ne peut que reconnaître "l'incommensurable stupidité" de son client. Il estime cette sanction juste et n'a a priori pas l'intention de faire appel.