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Faits divers – Justice

Il avait publié la vidéo d'une poursuite à haute vitesse sur autoroute : à Valence, "le procès de l'arrogance"

mercredi 31 octobre 2018 à 18:56 Par Alexandre Berthaud, France Bleu Drôme Ardèche, France Bleu Provence et France Bleu

Mercredi 31 octobre à Valence (Drôme) se tenait le procès d'un motard originaire des Bouches-du-Rhône et d'une automobiliste drômoise. Il s'agit probablement d'une première : les gendarmes ont mené l'enquête uniquement à partir d'une vidéo publiée par le motard sur internet.

L'auteur de la vidéo admet avoir "probablement" dépassé les 130 km/h mais regrette davantage "avoir posté la vidéo".
L'auteur de la vidéo admet avoir "probablement" dépassé les 130 km/h mais regrette davantage "avoir posté la vidéo". © Radio France - Alexandre Berthaud

Valence, France

Mercredi 31 octobre à Valence (Drôme) se tenait le procès d'un motard originaire des Bouches-du-Rhône et d'une automobiliste drômoise. Ils avaient été arrêtés en janvier après que l'homme a publié la vidéo de leur poursuite à 225 km/h sur l'autoroute A7. Le procureur a requis 16.500 euros d'amende contre chacun pour mise en danger de la vie d'autrui. La défense demande une relaxe.

Le procès d'une vidéo

Ce procès se résume en quelques minutes : la durée de la vidéo publiée il y a environ un an sur les réseaux sociaux et vue par près de 600.000 personnes. L'homme qui l'a publiée, le motard, est âgé de 26 ans, domicilié à Sausset-les-Pins dans les Bouches-du-Rhône. Il est à moto, la caméra filme à la première personne puisqu'il s'agit d'une GoPro, collée à son casque. 

Durant quelques minutes, il va suivre une Mercedes AMG GTS, modèle très rare et bolide au volant duquel se trouve l'autre prévenue, habitante de Valence. Les deux roulent à une moyenne de 170 kilomètres à l'heure pendant une vingtaine de kilomètres avant de s'arrêter et de partager un café sur une aire d'autoroute. 

À combien ont-ils roulé ?

Les gendarmes ont repéré la vidéo sur internet. Ils ont utilisé les bornes kilométriques des autoroutes et le temps mis par les deux bolides pour parcourir les distances afin de calculer la vitesse. Selon leurs calculs : 257 km/h pour le kilomètre le plus rapide mais la défense réfute et parle d'une enquête "au pifomètre" et d'un kilomètre parcouru à 225 km/h.

Le procureur concède, cela reste un énorme excès de vitesse, dit-il, et par conséquent une mise en danger de la vie d'autrui. Là encore contre-attaque de la défense : pour qualifier l'acte de mise en danger de la vie d'autrui il faut une circonstance aggravante. Là, sur la vidéo, aucun dépassement par la droite ou freinage d'urgence, selon la défense aucune preuve qu'un autre "usager de l'A7" a été perturbé dans sa conduite.

La moto KTM saisie après la course sur l'A7 en octobre 2017 - Gendarmerie Nationale - Aucun(e)
La moto KTM saisie après la course sur l'A7 en octobre 2017 - Gendarmerie Nationale - Photo gendarmerie nationale

Des prévenus "arrogants"

Devant la présidente, les deux prévenus n'assument pas du tout les actes. Lui ne se "rappelle pas" de sa vitesse même si dans la vidéo il dit savoir à combien il roule. Elle non plus n'a pas "regardé son compteur" et interrompt plusieurs fois la présidente lorsqu'elle énumère ses antécédents personnels.

En cumulé, elle a perdu 22 points sur son permis de conduire qu'elle a toujours grâce à quatre stages de récupération de points. Elle a un casier pour des affaires de "travail dissimulé" et une autre (elle était absente lors de l'audience) pour "violences et menaces avec une arme". Patronne d'une start-up nouvellement montée elle n'est pas propriétaire de la Mercedes.

Lui, bras croisés et regard droit, regrette "avoir posté" la vidéo mais refuse l'idée d'avoir mis en danger les autres : "Je ne pense pas que ce soit extrêmement grave", affirme-t-il. Sur d'autres vidéos de son compte Youtube (supprimé depuis) on pouvait voir un motard - aucune preuve que ce soit lui - rouler vite en montagne, ou faire des roues arrières en passant devant des radars. Il a déjà subi une suspension de permis pour grand excès de vitesse.

Plus de 16.000 euros d'amende requis

Pendant les réponses aux questions, le procureur s'énerve, s'agite, fait mine de se déboucher les oreilles quand il entend la prévenue dire "je respecte le code de la route". Au moment du réquisitoire il explose : "Mais quelle arrogance", "ils prennent du plaisir ça se voit, et ils se moquent de nous jusqu'à la fin". Et de revenir aux faits en disant qu'un tel excès de vitesse met de facto en danger la vie des autres : il requiert 16.500 euros d'amende contre chacun des prévenus.

La défense ne manquera pas de souligner au contraire l'arrogance du ministère public et des gendarmes : moment de tension, des doigts sont pointés, puis le calme revient. C'est là qu'un des deux avocats remet en cause une enquête "au pifomètre" : selon la défense les gendarmeries font la "course aux clics" sur Facebook (les gendarmes de la Drôme ont 36.000 abonnés) avec les photos des véhicules saisis.

Les gendarmes se seraient trompés sur leurs calculs mais c'est au niveau du droit que la défense assène son atout. En citant plusieurs décisions de la Cour de cassation, elle explique que la "mise en danger de la vie d'autrui" a besoin d'un autre élément, d'un comportement dangereux de la part des conducteurs (queues de poisson, dépassements à droite) et d'une gêne pour les autres conducteurs. Seulement rien de cela dans la vidéo et pas de plainte ou signalement d'autres automobilistes ce jour-là.

La décision du tribunal sera rendue le 5 décembre 2018 à 13h30.