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Faits divers – Justice

Il dissimule le meurtre de sa compagne à Bourogne : le mari condamné à 25 ans de réclusion criminelle

vendredi 27 avril 2018 à 23:10 Par Wassila Guittoune, France Bleu Belfort-Montbéliard et France Bleu

La cour d’Assises de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort a condamné ce vendredi Eric D, à 25 ans de réclusion criminelle, pour avoir tué sa femme, Françoise à Bourogne fin août 2013. Ce chauffeur-routier, âgé de 56 ans, a ensuite déposé le corps de sa compagne en foret d'Urcerey.

 Un chauffeur routier de 56 ans a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa femme en 2013, dissimulé pendant près d'un an.
Un chauffeur routier de 56 ans a été condamné à 25 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de sa femme en 2013, dissimulé pendant près d'un an. © Radio France - Wassilla Guittoune

Bourogne, France

Eric D., un chauffeur-routier de Bourogne, âgé de 56 ans aujourd'hui, a été reconnu coupable vendredi par la cour d'Assises de la Haute-Saône et du Territoire de Belfort, d'avoir volontairement tué sa femme Francoise, alors âgé de 52 ans, en août 2013. Lors du procès, le mari a maintenu que la mort de sa compagne, avec qui il était marié depuis 2008, était un accident : "ce n'était pas un acte volontaire". L'avocat de l'époux, Maître Patrick Uzan, annonce faire appel du verdict : "je fais grief à cette cour d'assises d'avoir succombé à l'émotion, plutôt qu'à la réflexion".

Une dispute à propos de la maîtresse d’Eric D. à l’origine de la mort de Françoise

Eric D a reconnu devant les jurés avoir tué sa femme lors d’une dispute conjugale : Françoise avait alors découvert que son époux avait une aventure avec une autre femme depuis 2010

Le soir du 23 août, ce chauffeur-routier, âgé de 56 ans aujourd’hui, raconte revenir du travail : « On avait fini de manger, vers 22h, 22h30. On a commencé à crier, à s’insulter chacun de notre côté. Elle est allée aux toilettes, je comptais me coucher.  On s’est croisés dans le couloir, en continuant à s’invectiver. Et c’est là que ça s’est passé. Je l’ai bousculé, j’ai mis un coup d’épaule. Je ne me suis pas rendu compte qu’elle était tombée ».

Le mari décrit alors les dernières minutes d’agonie de Françoise, tombée selon dans les escaliers, à la suite de la bousculade : « Je ne l’ai pas vue tomber. Je ne l’ai pas entendue non plus. Je voyais qu’elle n’était pas là, je me disais qu’elle faisait la tête. Je suis sorti de la chambre et l’ai trouvée en bas des escaliers. Elle était allongée sur le dos, elle ne bougeait plus, elle avait les yeux fermés. J’ai eu peur, je suis remonté tout de suite. J’ai fumé quelques cigarettes. Je suis redescendu, j’ai vu qu’elle avait bougé d’un ou deux mètres. Je lui ai donné quelques claques. Elle avait les yeux ouverts, j’ai cherché le pouls, elle était morte ».

La thèse de l’accident largement remise en cause par la famille des victimes

Lors des réquisitions, Maître Julien Robin, avocat représentant les 3 filles de la défunte, Françoise n’a pas été tuée par « accident » mais a été la victime d’un « passage à tabac, d’un massacre ». Maître Randall Schwerdorffer, avocat des frères et sœurs de la victime, maintient lors de sa plaidoirie que « Françoise a été éliminée. Eric D. s’en est débarrassé car il ne l’aimait plus ». 

Françoise, la victime, empoisonnée quelques mois plus tôt au Destop 

Eric D. a décrit lors du procès cette scène plutôt violente en septembre 2012 : sa femme rentre de la boulangerie où elle travaille. Elle a les lèvres brûlées, elle a mal au ventre et « vomit du noir ». S'en suivent trois semaines de souffrance, où elle perd 17 kilos, avant d'être hospitalisée. La décision des médecins est radicale : il faut lui enlever l'estomac. Céline, la fille de la victime explique, en pleurs, devant les jurés que sa mère a été empoisonné par Eric : « maman me l'a dit, elle me disait que c'était pas elle qui avait mis du Destop dans son café, qu'elle était persuadée que c'était Éric ». 

« On essaie de faire croire que mon client a tenté de tuer sa femme en l'empoisonnant, c'est faux » réplique Maitre Patrick Uzan, il fait remarquer que si elle avait été vraiment empoisonné, « Françoise se serait méfiée, elle aurait fait goûter son café, ou même quitté son mari or ce n'est pas du tout le cas conclut-il. Au cours de l'audience, l'avocat de l’époux rappelle que Françoise était une femme « dépressive, qu'elle avait tenté de se donner le mort par le passé en avalant des cachets avec du whisky ». Eric répète lors de l'audience que « sa femme a été empoisonnée sur son lieu de travail ». 

Le mari a-t-il maquillé la scène de crime ?

Les enquêteurs ont retrouvé les ossements, correspondant à l’ADN de la victime en juin 2014, soit 10 mois après la mort de la victime. Le corps avait été amené par l’accusé dans une partie de la forêt d’Urcerey difficilement accessible. Selon les gendarmes, les restes d’un vibromasseur ont également été retrouvés. Une expertise montre ainsi que ce godemiché se trouvait « très probablement » dans le corps de la défunte, dans « le vagin ou dans l’anus ». Interrogé sur ce point par Maître Randall Schwerdorffer et le président de la cour d’Assises Yves Plantier, l’époux a nié avoir apporté cet objet sur le lieu où se trouvait le cadavre : « Je n’en sais rien du tout moi, j’ai jamais eu d’objet comme cela avec Françoise.  Il n’y en avait pas à la maison ». Philippe Pin, vice-procureur du Territoire de Belfort a sa petite idée : « Il a lui-même laissé ce vibromasseur, soit dans l’optique d’humilier sa victime, soit pour mettre en scène la découverte du corps. Il a mis en place ce scénario pour mener les enquêteurs sur une fausse piste : celle d’une agression sexuelle ».  

Une personnalité énigmatique

Pendant deux jours, les jurés ont tenté de comprendre qui est Eric D, qui a rencontré en 2006 Françoise sur un site internet de jeux en ligne. Il a été largement présenté comme un homme sans émotions. Alors que les filles de la victime n’ont cessé de sécher leurs larmes pendant les deux jours du procès, lui est resté impassible. Cet homme au crâne dégarni aux sourcils épais et aux lèvres fines est un « manipulateur, un homme froid, un homme bizarre » selon les termes utilisés par les membres de la famille de la victime. Devant les jurés, Éric est par exemple incapable de se rappeler de la date exacte du décès de sa première femme, morte de « cause naturelle »  : « c'était le 3 ou 5 décembre, je ne sais plus »  dit-il. Les avocats des proches de la défunte regrettent son manque d’empathie : le chauffeur routier n’a pas émis de regrets, ni de remords. Tout juste a-t-il reconnu qu’il pense « souvent » à la mort de Francoise. Le vice-procureur Philippe Pin souligne que « l’émotion, les pleurs, je les ai vus du côté de la famille des victimes, jamais du côté d’Eric D. »

Le psychologue, qui a examiné pendant un moins de 3h Eric D. après sa mise en examen, parle d’un homme « sans empathie, rigide, plutôt solitaire, avec des difficultés dans l’expression de l’affect ».

« Quel drôle de personnage » ironise Maitre Julien Robin, avocat des trois filles de la défunte, soulignant que « seulement quelques jours suivant la disparition de la victime, Eric D. profitait du week-end avec sa maîtresse et planifiait une soirée échangiste avec un autre couple ». 

L’avocat de la défense Maître Patrick Uzan, a rappelé que rien dans le dossier ou le passé de son client ne montre qu’il est un « homme violent ». Selon l’avocat, Eric est présenté comme un homme « sans valeurs, sans morale » or « vous avez face à vous un homme qui a paniqué, qui a perdu pied ». 

A l’issue du procès, la victime prend la parole une dernière fois : « Je tiens à m’excuser auprès des filles [NDLR : les filles des victimes], j’ai l’entière responsabilité de la mort de Françoise mais ce n’était pas volontaire ».