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Faits divers – Justice

"Il est temps de passer aux actes", disent les policiers aux députés de l'Hérault

lundi 5 novembre 2018 à 18:16 Par Lisa Melia, France Bleu Hérault

Comment améliorer le quotidien des policiers et la sécurité des citoyens ? C'était le thème d'une table ronde organisée ce lundi à Marsillargues, par le syndicat de policiers Alliance, avec cinq des neufs députés de l'Hérault. Objectif : faire remonter aux élus les difficultés des fonctionnaires.

image d'illustration
image d'illustration © Maxppp - maxppp

Marsillargues, France

Le timing n'a pas été choisi par hasard. Alors que les députés doivent examiner demain le projet de loi de programmation sur la Justice, le syndicat Alliance a invité les députés de l'Hérault à rencontrer les policiers. Des délégués syndicaux, mais aussi des fonctionnaires de terrain qui ont accepté de témoigner.  "Quand on termine un dossier, 10 de plus arrivent sur notre bureau. Quand on en termine un autre, ce sont 10 supplémentaires qui s'ajoutent à la pile, etc, explique Anthony, officier de police judiciaire dans le département. Il y a quelques années, nous étions 10 collègues pour 100 dossiers. Aujourd'hui, nous sommes 10 pour 1000 dossiers." Et cet état des lieux n'est pas de la responsabilité des policiers, ni des magistrats, insiste l'OPJ. Ce sont les lois qui sont en cause.

Anthony, officier de police judiciaire dans l'Hérault

Des policiers de moins en moins attirés par l'investigation

La complexification de la procédure judiciaire est devenus tellement prégnante, que les policiers se détournent de certains services, comme l'investigation. Les fonctionnaires présents pour la table ronde évoquent les cas de certains de leurs collègues qui, après plusieurs années, parfois plusieurs décennies dans ces services, demandent à être transférés vers d'autres services, par lassitude, à cause de la procédure toujours plus lourde, plus complexe et plus chronophage. "Je comprends leur aspiration à revenir à une police de terrain, sans dossier", indique Rémy Alonso, secrétaire départemental dans l'Hérault du syndicat Alliance.

"Nous ne sommes pas dégoûtés, parce qu'on fait ce métier par vocation. Mais quand on le fait depuis un moment, on se rend compte qu'il n'y a pas de suivi. Ce n'est ni la faute des policiers, ni celle des magistrats. C'est la loi qui est ainsi faite. Par exemple, quand on interpelle un individu, il arrive souvent que leur garde-à-vue soit levée, avant même que la procédure soit terminée, que le procès-verbal d'interpellation soit achevé." - Anthony, OPJ dans l'Hérault

Les policiers attendent donc des élus qu'ils entendent leur expérience et qu'ils aient un impact positif sur les prochaines lois, qui encadreront le travail des forces de l'ordre. Des pistes simples peuvent être mises en place. Par exemple, la dématérialisation. Aujourd'hui, chaque dossier doit être transféré aux magistrats de manière physique. Il est interdit d'envoyer le dossier par mail. 

Changer, cela représenterait une avancée simple, mais encore faut-il que le matériel suive, car les ordinateurs des policiers et des magistrats sont parfois si vieux, qu'ils ne peuvent pas gérer une simple pièce-jointe. Les autres exemples sur le manque de moyens s'accumulent : le commissariat d'Agde qui n'a reçu qu'un seul pot de peinture pour remettre ses locaux en bon état. Le reste a dû être financé par la mairie. Le commissariat de Montpellier qui a subi des vols sur le parking, lequel n'est pas protégé par de la vidéo-surveillance.

La balle est dans le camp des élus

Chaque gouvernement qui promet de simplifier la procédure pénale finit par ajouter une nouvelle couche de complexité, regrettent les policiers. En face d'eux, les élus admettent que beaucoup de travail doit être réalisé. "Nous sommes en place depuis seize mois, nous ne pouvons pas révolutionner la police en aussi peu de temps", plaide le député héraultais LREM Patrick Vignal. Patricia Mirallès, également élue de la majorité, met en avant que le budget de fonctionnement de la police bénéficie d'une augmentation de 3,5%, contrairement aux autres ministères qui sont mis à la diète.

Emmanuelle Ménard, député de l'opposition, estime au contraire que les moyens n'y sont pas, par manque de volonté politique. "Il existe des outils, mais ils ne sont pas utilisés, affirme-t-elle. Sans volonté politique, nous pouvons siéger tous les jours jusqu'à 5h du matin dans l'hémicycle comme ça nous arrive régulièrement, ça ne changera rien du tout."

"L'administration a la chance d'avoir sous ses ordres des fonctionnaires qui sont là par vocation, répond Rémy Allonso. Sans eux, l'institution policière se serait écroulée depuis longtemps. Le temps des paroles est terminé, il faut passer aux actes."