Faits divers – Justice

La maman de Tatiana Andujar témoigne, 20 ans après sa disparition

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Roussillon jeudi 24 septembre 2015 à 6:00

Portrait de Tatiana Andujar
Portrait de Tatiana Andujar © Max PPP

Elle est la première des "disparues de la gare" mais son corps n'a jamais été retrouvé. Il y a 20 ans, le 24 septembre 1995 disparaissait Tatiana Andujar, 17 ans. Sa maman attend toujours.

Il y a 20 ans jour pour jour, le 24 septembre 1995 disparaissait Tatiana Andujar, 17 ans. La première des disparues de la gare de Perpignan. Deux ans plus tard, c'est Mokhtaria Chaib qui disparaissait, puis Marie-Hélène Gonzalès en 1998.

A l'automne dernier puis au printemps, Jacques Rançon avouait avoir tué Mokhtaria et Marie-Hélène, mais le mystère reste entier sur la disparition de Tatiana Andujar, dont le corps n'a jamais été retrouvé.

20 ans plus tard, sa famille et notamment sa maman, Marie-Josée Garcia attend toujours des réponses.

France Bleu Roussillon : Rappelez- nous déjà dans quelle circonstances votre fille a disparu ce 24 septembre 1995.

Marie Josée Garcia  : Tatiana rentrait d'un weekend à Toulouse, elle est arrivée en gare de Perpignan le dimanche 24 septembre 1995 vers 19h30 et depuis ce jour, nous n'avons plus de nouvelles.

FBR : Aujourd'hui Tatiana est portée disparue, est ce que pour vous elle peut être encore vivante ?

MJ Garcia : Tout est possible, nous n'avons aucune certitude, nous n'avons pas de corps, on peut espérer bien sûr qu'elle soit encore vivante, mais j'ai des doutes, cela fait bien trop longtemps qu'elle a disparu, mais **on peut encore garder un espoir.

FBR : Après les meurtres de Marie Hélène Gonzalès et Mokhtaria Chaib, on a pensé à un tueur en série dans le quartier de la gare. Ce qui était quelque part le cas puisque Jacques Rançon a reconnu deux meurtres et une agression. Mais il n'est pas l'auteur de la disparition de votre fille, il était en prison au moment de sa disparition. Comment avec-vous vécu l'arrestation de Rançon, ses aveux ? Est-ce que vous avez redouté ou espéré qu'il puisse avouer aussi avoir un rapport avec la disparition de Tatana ?

MJ. Garcia : C'est un sentiment mélangé. Au départ on espère que cela soit lui pour avoir une réponse, simplement pour avoir un soulagement, pour savoir si elle est morte ou vivante mais on redoute aussi qu'on vous dise que Tatiana n'est plus là. Mais je suis satisfaite pour les familles de Mokhtaria et Marie-Hélène.

FBR :  Est- ce que pour vous la piste de Marc Delpech est toujours une piste,  cet homme a été condamné à 30 ans de réclusion criminelle pour avoir tué Fatima Idrahou dans le quartier de la gare, il n'a jamais pu être véritablement inquiété pour la disparition de votre fille, mais les enquêteurs ont malgré tout trouvé chez lui des coupures de presse relatant sa disparition et le début d'un roman policier racontant l'enlèvement d'une jeune femme dans le quartier de la gare de Perpignan intitulé étrangement Tatiana. Est ce que pour vous il peut être impliqué dans la disparition de votre fille ?

"Marc Delpech est la seule piste sérieuse dans la disparition de ma fille."

MJ. Garcia : Oui pour moi, le seul élément sérieux qu'on ait dans la disparition de ma fille c'est Marc Delpech. Il a avoué avoir jeté le corps de Fatima au Cap Béar après l'avoir tuée, or on sait que ce n'est pas le cas, donc moi je pense qu'il avait déjà fait ces gestes, et ce qu'il a raconté, c'est la disparition et l'assassinat de ma fille. Il y a trop d’éléments avec un point d'interrogation, trop de coïncidences pour ne pas penser qu'il ait à voir quelque chose avec la disparition de Tatiana.

FBR : Pendant 20 ans la police n'a jamais refermé le dossier des disparues de la gare de Perpignan, il y a toujours eu des actes de procédures, jamais de prescription. Est-ce qu'aujourd'hui avec l'arrestation de Rançon et ses aveux vous craignez qu'on abandonne l'enquête sur la disparition de votre fille ?

MJ. Garcia : "Lorsque Jacques Rançon a avoué les meurtres de Mokhtaria et Marie-Helène, cela a été ma première crainte, c'est qu'on boucle l'enquête, mais j'ai été rassurée, les juges m'ont reçue pour me faire part de leur volonté de continuer l'enquête, je sais qu'ils ne vont pas nous laisser tomber. Il n'y a aucun lien entre la disparition de Tatiana et celles  de Marie-Hèlène et Mokhtaria, donc peut-être vont ils repartir en arrière et creuser un peu plus là ou il faut creuser, sachant que maintenant il ne reste que l'affaire de Tatiana dans les affaires de disparition de Perpignan.

"Je suis hantée par un fantôme, je n'ai pas eu de cérémonie ou de procès."

FBR : Marie José Garcia, comment vit-on pendant 20 ans quand on ne sait rien de sa fille ?

MJ. Garcia : On vit comme on peut, on s'accroche au quotidien, on essaye, de vivre normalement mais on est hantée par un fantôme. Moi je ne peux pas faire de deuil, je n'ai pas eu de cérémonie, je n'ai pas eu de procès. Ma fille est omniprésente.

FBR : "Cet anniversaire réveille la douleur ?"

MJ. Garcia : Ça réveille terriblement la douleur, car 20 ans c'est très long. Le plus jeune de mes enfants n'avait que cinq ans, aujourd'hui c'est un jeune homme. C'est une date particulièrement difficile.

FBR : On sait que vous avez un courage incroyable, vous vous êtes fait le porte-parole des familles des disparues pendant toutes ces années... qu'est ce qui vous donne cette force ?

"Je me bats pour tous les enfants disparus, que ce ne soit pas des oubliés."

MJ. Garcia : Mes enfants ! Je me bats pour mes enfants, pour leur montrer que la vie est combat. Et si un jour il arrive un miracle et que Tatiana revienne, pour lui montrer que je me suis battue, que je n'ai jamais baissé les bras, qu'elle a toujours été là. Et pour témoigner aussi pour les autres parents, qui ne sont pas aussi médiatisés par qu'ils n'ont pas cette force, Estelle, Marion, Cécile, y en a beaucoup. Pour que ce ne soit pas des oubliés.

Marie-Josée Garcia, la maman de Tatiana Andujar

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