Faits divers – Justice

Il y a 20 ans s'ouvrait le procès Papon, un Bergeracois se souvient de six mois d'audience

Par Benjamin Fontaine, France Bleu Gironde, France Bleu Périgord et France Bleu samedi 7 octobre 2017 à 16:20

Pendant six mois Jean-Marie Matisson s'est rendu au palais de justice de Bordeaux pour assister au procès.
Pendant six mois Jean-Marie Matisson s'est rendu au palais de justice de Bordeaux pour assister au procès. © Radio France - Benjamin Fontaine

Le 8 octobre 1997, Maurice Papon comparaissait pour la première fois devant les assises de la Gironde, pour crimes contre l'humanité. Un Bergeracois est à l'origine de cette procédure avec trois autres membres de sa famille. Jean-Marie Matisson a suivi le procès au jour le jour pendant six mois.

Après 16 ans d'instruction, une vingtaine d'années de procédure, le 8 octobre 1997, le procès de Maurice Papon s'ouvre aux Assises de la Gironde. L'ancien secrétaire général de la préfecture de Gironde de 1942 à 1944 est accusé d'avoir joué un rôle important dans la déportation de plus de 1.500 juifs. Il est jugé pour complicité de crime contre l'humanité.

Un site Internet pour raconter le procès

A l'origine de ce procès on trouve quatre plaignants, quatre membres d'une même famille. Esther Fogiel, Jacqueline Matisson, Maurice-David Matisson et son fils Jean-Marie Matisson. Ce Bergeracois de 64 ans aujourd'hui est le seul plaignant encore vivant. Il a perdu dix membres de sa famille lors des déportations de 1942. Jean-Marie Matisson a suivi l'intégralité du procès de Maurice Papon. Informaticien, il se rendait le matin à son travail et assistait aux audiences qui se tenaient l'après-midi. "Le soir je rentrais à Bergerac et je tapais les notes rédigées pendant la journée sur un site internet que j'avais créé. Je voulais rendre compte et raconter à tout le monde ce qui se passait lors de de ce procès." Ça a fonctionné, le Bergeracois a eu des contacts de journalistes américains, intéressés par l'affaire Papon.

"Il était froid, comme si il n'était pas concerné" - Jean-Marie Matisson évoque Papon pendant son procès.

Les pages de ce site sont devenus un livre agrémenté de croquis de justices que Jean-Marie Matisson a rangé dans sa bibliothèque. Il le ressort de temps en temps pour en relire quelques passages. "L'un des souvenirs les plus forts c'est la plaidoirie de Jakubowicz, avocat des parties civiles", confie Jean-Marie Matisson. Mais l'homme se souvient aussi très bien de l'attitude de Papon durant son procès. "Il avait l'air détaché, comme si il n'était pas concerné. Il rejetait tout. Il était complètement froid et distant. Au moment de sa condamnation il n'a pas réagi, contrairement à ses enfants qui étaient présents."

Faire condamner le régime de Vichy

Le Bergeracois ne retire aucune gloire de la condamnation de Papon à 10 ans de réclusion criminelle. "Pour moi l'important c'était que la République condamne Vichy à travers Papon. La condamnation a libéré certains membres de ma famille. Cela nous a permis d'enterrer nos morts. La suite, la sortie de prison de Papon, sa maladie... ça ne m'a pas intéressé plus que ça."

Jean-Marie Matisson a pour seul regret de ne pas avoir réussi à faire condamner Bousquet et Leguay, organisateurs de la rafle du Vel d'Hiv. Vingt ans plus tard, le Bergeracois poursuit son travail de mémoire. Il se rend régulièrement dans les collèges et les lycées pour y parler des crimes contre l'humanité.