Faits divers – Justice

Il y a cinquante ans, plus de 1.600 enfants réunionnais étaient envoyés de force en métropole

Par Marina Cabiten, France Bleu mardi 18 février 2014 à 7:00

Jean-Jacques Barbey, ici lors de retrouvailles avec sa mère, fait partie de ces enfants envoyés de force en métropole
Jean-Jacques Barbey, ici lors de retrouvailles avec sa mère, fait partie de ces enfants envoyés de force en métropole © MaxPPP

Ce mardi, les députés vont évoquer un épisode sombre et méconnu de l'histoire de France : l'envoi forcé de 1.630 enfants réunionnais en métropole, pour repeupler certains départements. C'était il y a cinquante ans, et l'Assemblée va voter une résolution mémorielle dans le but d'entamer un travail de mémoire.

Pour son "enfance volée", Jean-Jacques Martial a porté plainte contre l'État en 2001 et demandé un milliard d'euros de réparation. C'est lui, après avoir découvert qu'il avait une famille à la Réunion, qui a révélé le scandale au grand jour. De 1963 à 1982, la France a arraché 1.630 enfants à leur Réunion natale, pour repeupler des zones de métropole. C'est pour reconnaître ce drame et entamer un travail de mémoire qu'une députée a déposé à l'Assemblée une résolution, qui sera votée ce mardi.

Des convois d'enfants

Si Jean-Jacques Martial a atterri à 7 ans dans la Creuse, chez des paysans, ce sont au total 64 départements qui ont vu arriver de véritables convois. Par centaines, du nourrisson à l'adolescent, ces enfants étaient reconnus pupilles, souvent sans le réel consentement de leurs parents.

À l'origine de ce mouvement de population forcé, le Bureau pour le développement des migrations dans les départements d'outre-mer. Le Bumidom avait été créé en 1963 à l'initiative de Michel Debré, ministre du général de Gaulle.

Parfois, les enfants ont été maltraités par leurs familles d'accueil. Jean-Pierre Gosse, mort en 2013, avait servi d'esclave dans des fermes de la Creuse.

"Responsabilité morale de l'État"

C'est une députée PS de la Réunion, Ericka Bareigts, qui a déposé cette résolution. Pour elle, "il est grand temps en 2014 de faire ce travail de mémoire et d'en parler sans être dans un esprit revanchard ni de victimisation". Mais pour cela, elle estime que la responsabilité morale de l'État doit être reconnue officiellement. Ce sera chose faite si la résolution mémorielle est votée, puisque ce type de texte officialise le point de vue de l'État sur des événements historiques.

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