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Faits divers – Justice

Il y a dix ans, le double meurtre du Centre hospitalier des Pyrénées à Pau

mercredi 17 décembre 2014 à 6:00 Par Pierre Breteau et Daniel Corsand, France Bleu Béarn

Il y a dix ans, dans la nuit du 17 au 18 décembre 2004, un homme de 21 ans débarquait au CHP de Pau avec un couteau tuant une aide-soignante et une infirmière. Trois ans plus tard en décembre 2007, la cour d'appel de Pau confirmait le non-lieu psychiatrique de la première instance.

Romain Dupuy (centre), à Pau en novembre 2007.
Romain Dupuy (centre), à Pau en novembre 2007. © Maxppp

Décembre 2007, la cour d'appel de Pau confirmait la décision de première instance en août 2007 : non-lieu "psychiatrique" pour Romain Dupuy. Trois ans plus tôt, en décembre 2004, ce jeune homme de 24 ans – 21 au moment des faits – assassinait une infirmière et une aide-soignante du pavillon de gériatrie du Centre hospitalier des Pyrénées, Chantal Klimaszewski et Lucette Gariod. La police en avait retrouvée une décapitée, la tête posée sur un poste de télévision, l'autre égorgée.

À l'audience, le jeune homme explique avoir "pris l’infirmière pour un mort-vivant" . Devant la cour, Romain Dupuy fait le récit hallucinant du double meurtre, mélangeant "nazis" , "extraterrestres" et personnages de jeux vidéo. Il explique avoir agi dans un "état délirant" , rappelant qu'à l'époque, il était soigné depuis des années pour schizophrénie.

Il a le traitement le moins lourd de l'unité de malades difficiles

Aujourd'hui, les parents de Romain Dupuy ne savent pas quoi faire : leur fils est stabilisé depuis longtemps et n'est plus sujet a ses délires psychotiques. Il n'a plus d'hallucinations ni d'épisodes délirants non plus. C'est lui qui a le traitement le moins lourd de tous les patients de l'unité pour malades difficiles (UMD) de Cadillac, mais il en est aussi le patient le plus ancien.

Marie-Claire Dupuy, mère de Romain Dupuy à Pau en novembre 2007. - Maxppp
Marie-Claire Dupuy, mère de Romain Dupuy à Pau en novembre 2007. © Maxppp

Romain Dupuy vit dans une chambre de quatre malades, participe à tous les ateliers qui se présentent : jardin, cuisine, cuir, tai-chi-chuan, Yoga, etc. Et le reste du temps, il attend. Ses parents et ses grands parents ont droit au maximum de visites, soit une tous les 15 jours. Il a droit à des contact téléphonique quotidien mais a heures fixes, il a aussi eu un accès internet mais il lui a été retiré depuis Noël dernier après l'agression d'une infirmière par un patient au refectoire.

Des dessins enfantins

Le patient peint, dessine ; il envoie d'ailleurs des cartes a ses parents qu'il peint lui-même, dans un style très enfantin, et utilise des mots d'enfants et détachés en même temps : "Mes chers parents", "merci pour votre amabilité", "je vous ai déçu", "j'espère que je pourrais sortir un jour" … Il ajoute en s'adressant a son père Alain : "Je suis fier de toi et j'espère que tu seras fier de moi un jour" , dans une carte qui date du premier décembre.

"Je suis fier de toi et j'espère que tu seras fier de moi un jour." — Romain Dupuy à son père

Avec ses parents, surtout sa mère il lui arrive d'évoquer les faits, mais toujours avec le même détachement, sans affect réel. À Cadillac, les sorties thérapeutiques sont très rares, et d'ailleurs beaucoup ont été annulées parce que la gendarmerie ne pouvait pas fournir le personnel nécessaire à la surveillance.

Romain Dupuy a aussi droit à des sorties à Langon, pour acheter des livres. Elles ont lieu tous les deux ou trois mois au mieux et ne durent que deux heures, toujours tres encadrées par au moins deux infirmiers de l'UMD. Tout ceci est proposé par les psychiatres qui le suivent mais doivent toujours recevoir l'aval de la prefecture, dans la mesure qu'il est toujours sur le régime de l'hospitalisation d'office.

Roland Coutanceau, expert psychiatre. - Maxppp
Roland Coutanceau, expert psychiatre. © Maxppp - Aurélie Audureau

Polémique sur l'irresponsabilité pénale

L'affaire, et le moment où elle arrive, fait de ce sordide fait-divers un événement hors norme. La nature du double crime d'une part, commis sur deux femmes faisant partie du personnel soignant d'un hôpital, mais aussi en raison de la résonance politique de ce fait-divers. En effet, tout juste élu, Nicolas Sarkozy avait rencontré les proches des victimes lors d'un déplacement dans le Sud-Ouest.

Après l'entretien, il avait annoncé vouloir "veiller à ce que les victimes aient droit à un procès" , ravivant la polémique sur la fiabilité des expertises psychiatriques, mais aussi le suivi des malades mentaux "libres" et la question fondamentale de savoir si l'on peut juger les "fous". La question de juger des personnes pourtant irresponsables pénalement a fait surface à plusieurs reprises lors de la présidence de Nicolas Sarkozy, comme avec le drame de Grenoble en 2008, mais s'est toujours heurtée à l'opposition des médecins et des magistrats.

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