Faits divers – Justice

Ils avaient détourné des oeuvres d'art : prison ferme pour les "cols rouges" de Drouot

Par Géraldine Houdayer, France Bleu mardi 6 septembre 2016 à 15:29

Des cadres mis en vente dans le célèbre hôtel Drouot.
Des cadres mis en vente dans le célèbre hôtel Drouot. © AFP - FRANCOIS GUILLOT

Le tribunal correctionnel de Paris vient de condamner ce mardi les "cols rouges" de l'hôtel Drouot, qui avaient volé des œuvres d'art destinées à être vendues aux enchères. Les peines vont jusqu'à trois ans de prison, dont la moitié avec sursis.

Ils avaient détourné des objets d'art de grande valeur. Les commissionnaires et commissaires priseurs qui avaient volé des biens destinés à être vendus au célèbre hôtel des ventes Drouot, à Paris, sont condamnés à de la prison ferme. Ils écopent de peines allant jusqu'à trois ans de détention, dont la moitié avec sursis, et 60.000 euros d'amende. Parmi les commissaires-priseurs, trois sont condamnés à des peines allant jusqu'à 18 mois de prison avec sursis et 25.000 euros d'amende. 44 commissionnaires, les fameux "cols rouges", et cinq commissaires priseurs étaient poursuivis pour recel. Leur méthode était bien rodée : ils se servaient à l'occasion des "enlèvements" à domicile, lorsqu'ils vidaient des maisons ou des appartements pour une succession, mais aussi parfois en marge des ventes.

Meubles chinois et mime Marceau

Certains objets étaient de grande valeur, comme deux petits meubles, un guéridon et une coiffeuse art-déco Eileen Gray, une artiste mise à l'honneur par le centre Pompidou en 2013. Récupérés en juillet 2006, ils referont surface quelques mois plus tard en salle des ventes. Ils seront adjugés pour un million d'euros. A l'audience, au printemps dernier, les commissionnaires en charge de cet "enlèvement" ont assuré ignorer qu'ils puissent avoir une telle valeur.

"Allez-y mollo sur la fauche ! " - Le commissaire-priseur aux commissionnaires, lors de l'enlèvement chez le mime Marceau

Il y avait également un plateau chinois d'époque Ming, adjugé 325.000 euros, ou encore des costumes de scène du mime Marceau. Face au tribunal, les filles du mime, mort en 2007 alors qu'il devait plusieurs millions d'euros au fisc, ont raconté la "foire d'empoigne" et les disparitions d'objets en masse. A l'époque, le commissaire-priseur avait dit aux commissionnaires "d'y aller mollo sur la fauche". Les filles du mime n'avaient pourtant récupéré que des "choses abîmées" et des "cartons éventrés". De pleines caisses seront retrouvées dans les containers des commissionnaires à Bagnolet, en Seine-Saint-Denis. Tout comme des livres et des lithographies dédicacées à Marcel Marceau.

"A force de dire que tout le monde est complice, c'est peut-être qu'il n'y a pas d'infraction" - L' avocat des commissionnaires pendant le procès

Lors du procès, l'avocat de neuf commissionnaires avait contesté "l'intention frauduleuse". Pour Maître Léon Lef Forster, on ne peut qualifier de vol la récupération de "choses abandonnées". "Tout le monde savait, mais pas nécessairement qu'il y avait des vols", avait-t-il plaidé. "A force de dire que tout le monde est complice, c'est peut-être qu'il n'y a pas d'infraction", avait-il tenté. Visiblement, pour les juges, il y a bien eu vol.

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