Faits divers – Justice

Tentative de suicide filmée sur internet : "C'est une nouvelle forme d'appel à l'aide, une sorte de cri muet"

Par Nathan Mergy, France Bleu La Rochelle et France Bleu mardi 24 janvier 2017 à 13:33

La station-service où s'est produit le drame samedi matin à La Rochelle
La station-service où s'est produit le drame samedi matin à La Rochelle © Radio France - Nathan Mergy

Samedi, une jeune fille s'est immolée par le feu à La Rochelle. Un drame auquel une centaine de personnes ont pu assister en direct sur Facebook. Une mise en scène et un phénomène assez récent que nous avons essayé de comprendre à la Maison des Adolescents et des Jeunes Adultes de Charente-Maritime.

Comprendre le geste. L'enquête tentera de le dire, peut-être, trois jours après le drame. Dans la nuit de vendredi à samedi, une jeune fille de 18 ans s'est immolée par le feu dans une station service du quartier de Mireuil à la Rochelle. Brûlée vive, elle se trouve toujours dans un état grave, hospitalisée au service des grands brûlés du CHU de Nantes. Outre la violence de l'acte, la jeune fille a partagé la scène sur Facebook. Une centaine de personnes, dont ses amis et les membres de sa famille, ont pu voir le drame se dérouler sous leurs yeux.

Une nouvelle forme d'appel à l'aide

"C'est une personne en plein désarroi et son acte est spectaculaire parce qu'elle a voulu que cela se sache", reconnait Karine Pillette, psychologue à la Maison des Adolescents et des Jeunes Adultes de Charente-Maritime. "C'est une nouvelle forme d'appel à l'aide. On peut voir ça comme un cri muet, comme si elle n'avait pas réussi à formuler sa colère", poursuit la psychologue. Les tentatives de suicide, en public sur les réseaux sociaux, restent néanmoins extrêmement rares. "La majorité d'entre elles se font avec des médicaments", constate Karine Pillette. Mais il y a aussi le choc pour toutes les personnes qui ont pu voir la vidéo postée sur Facebook la nuit du drame. Une cellule d'urgence médico-psychologique a d'ailleurs été mise en place au service des Urgences de l'hôpital de La Rochelle.

"Il y a toujours une partie de la personne qui est debout"

De nombreux jeunes en situation de détresse sont reçus chaque semaine à la Maison des Ados. "Ils nous parlent parfois des scénarios qu'ils comptent mettre en place pour passer à l'acte", reconnait la psychologue. Et il est important d'en parler et d'en discuter. "Il y a toujours une partie de la personne qui est debout, qui peut comprendre et qui peut être soignée. Une tentative de suicide c'est déjà une tentative de solution".

Et le virtuel occupe aussi une place très importante dans la vie des adolescents. Isabelle Escure, la directrice adjointe de l'établissement, l'observe au quotidien : "Parfois on est très étonné, ils sont 24 heures sur 24 branchés aux réseaux sociaux. A l'adolescence, source de fragilité, il est important que les parents mettent un certain nombre d'interdits là-dessus".

La psychologue Karine Pillette (à gauche) au côté d'Isabelle Escure, la directrice adjointe de la Maison des Adolescents et des Jeunes Adultes de Charente-Maritime - Radio France
La psychologue Karine Pillette (à gauche) au côté d'Isabelle Escure, la directrice adjointe de la Maison des Adolescents et des Jeunes Adultes de Charente-Maritime © Radio France - Nathan Mergy