Faits divers – Justice

Incendie de l'hôtel Paris-Opéra : trois ans de prison dont un avec sursis pour la femme responsable du drame

Par Martine Bréson, France Bleu Paris Région et France Bleu mardi 12 janvier 2016 à 14:20 Mis à jour le mardi 12 janvier 2016 à 17:10

La façade de l'hôtel meublé Paris-Opéra en 2015
La façade de l'hôtel meublé Paris-Opéra en 2015 © Radio France - Philippe Thomain

Trois ans de prison dont un avec sursis, c’est le verdict rendu ce mardi par la cour d’appel de Paris à l’encontre de la femme à l’origine de l’incendie, en 2005, de l’hôtel Paris-Opéra. Cet incendie avait fait 24 morts dont 9 femmes et 11 enfants.

La femme à l’origine de l’incendie de l’hôtel Paris-Opéra, le 15 avril 2005, avenue de Provence dans le IXème arrondissement de Paris, a été condamnée à trois ans de prison dont un avec sursis par la cour d’appel de Paris. La cour d’appel se prononçait sur la responsabilité pénale de cette femme.  La prévenue, qui n'a effectué qu'une semaine de détention au début de l'affaire, va pouvoir bénéficier d'un aménagement de peine.

Ce verdict est plus clément que la peine infligée en première instance. Le tribunal correctionnel l’avait condamnée à trois ans de prison ferme pour homicides et blessures involontaires.

L'avocat de la femme n'a pas non plus été suivi. Devant la cour d’appel, Philippe Blanchetier, avait estimé fin septembre 2015, qu’une peine de trois ans avec sursis et mise à l’épreuve serait "une réponse satisfaisante pour la société".

"Assassin, tu as tué mon bébé" : une mère de victime

A l'annonce du verdict, la mère de l'une des victimes a hurlé "Assassin, tu as tué mon bébé" avant d'éclater en sanglots. Le président du tribunal a du faire évacuer la salle. "J'ai perdu ma fille qui allait avoir deux ans, je suis condamnée à perpétuité" a lâché la mère.

"Nous demandons maintenant que viennent le temps des victimes", a indiqué le président de l'association des victimes du Paris-Opéra. "Les victimes ont attendu 11 ans la fin du procès pénal, il est temps d'examiner les intérêts civils pour qu'elles puissent obtenir réparation et penser enfin à se reconstruire" a-t-il ajouté, en déplorant qu'aucune date d'audience ne soit encore fixée.

Pour l'avocat de la prévenue, la cour a rendu une "justice d'équité". "J'ai conscience que cette décision est inintelligible pour certaines parties civiles, j'espère que le temps finira par apaiser leur douleur". Pour l'avocat la peine de trois ans de prison ferme prononcée en première instance était trop lourde. Elle conduisait sa cliente en prison et faisait "peser sur ses épaules la responsabilité majeure, voire exclusive de ce dossier".

L’incendie le plus meurtrier à Paris depuis la Libération

L’incendie avait fait 24 morts dont 9 femmes et 11 enfants. Quand les pompiers arrivent sur place, vers 02h30 le 15 avril 2005, ils sont plongés dans "un véritable cauchemar". Un responsable des secours parlera d’une "scène de guerre, d’une pluie de corps qui s’était abattue sur la voie publique, et de gens paniqués qui jetaient des enfants par la fenêtre".

Une cinquantaine de personnes seront également blessées dans cet incendie. Il y a eu seulement 6 rescapés qui s'en sont sortis indemnes. Ce soir-là,  77 personnes étaient logées dans l'hôtel meublé alors que l'établissement affichait une capacité d'accueil de 62 clients. L'hôtel n'avait qu'un seul escalier et les chambres sur cour n'étaient pas directement accessibles par les pompiers.

Selon l'accusation, c'est pour faire de l'argent que le gérant accueillait surtout des familles étrangères et démunies au frais du Samu social. Depuis le drame, le Samu social a mis en place une grille pour surveiller de près et vérifier la sécurité ce type de logements sociaux.

La femme reconnait sa responsabilité

A l’audience, la femme n’a pas contesté sa responsabilité. Elle a réaffirmé ne pas avoir commis un acte volontaire. Elle a plaidé "un geste de colère irréfléchi" et elle a assuré qu’elle avait quitté l’hôtel avant le déclenchement de l’alarme incendie.

L’avocat général estime que la femme n’a effectivement pas voulu mettre le feu aux vêtements et à l’hôtel mais il a repris les conclusions d’un expert qui décrit cette femme comme "légèrement immature, étourdie et maladroite".

Pour un représentant de l’association des victimes du Paris-Opéra, l’appel de la prévenue visait surtout à "minimiser les conséquences de ses actes". Selon lui, rien, dans ses déclarations, ne pouvait justifier un nouveau jugement.

Des vêtements jetés sur des bougies ont mis le feu à l'hôtel

En 2005, la nuit du drame, cet hôtel meublé était occupé par de nombreuses familles étrangères et précaires. A l’époque, la jeune femme, âgée de 31 ans, est la compagne du veilleur de nuit de l’hôtel. Elle est énervée parce qu’il ne s’occupe pas d’elle, qu’il préfère boire avec des clients et prendre de la cocaïne alors qu’il l’a fait venir. En partant, elle jette des vêtements sur des bougies qui se trouvent par terre dans la pièce où le couple, la nuit, installait un lit improvisé. C’est ce qui déclenchera l’incendie.

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