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La déflagration "MeTooInceste", vue de l'Isère

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Par , France Bleu Isère

On estime à six millions le nombre de Français qui ont subi l'inceste. Le silence des victimes qui avaient honte a longtemps fait perdurer ce tabou et protéger les violeurs. Mais aujourd'hui, les mentalités changent et la parole se libère. Des milliers de témoignages s'accumulent sur #MeTooInceste.

La familia Grande, le livre de Camille Kouchner a libéré la parole des victimes sur internet
La familia Grande, le livre de Camille Kouchner a libéré la parole des victimes sur internet © Radio France - Véronique Pueyo

"Vous ne serez plus jamais seuls." C'est le message d’Emmanuel Macron aux victimes d’inceste. Le président de la République s’est adressé samedi 23 janvier, sur twitter, aux auteurs des milliers de messages #MeTooInceste publiés depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux après la publication du livre de Camille Kouchner « La famiglia grande ». Dans ce livre, qui a créé une véritable déflagration, la fille de Bernard Kouchner accuse son beau-père, le célèbre politologue Olivier Duhamel, d'inceste sur son frère jumeau quand il avait 13-14 ans. Depuis, la parole se libère sur le réseau social à l'oiseau bleu où, via le hashtag #MeTooInceste, des milliers de personnes ont raconté leur calvaire, durant leur enfance.

Violé par un oncle durant dix ans

C'est le cas de Christophe, un Isérois de 45 ans, a été violé par un oncle, de dix ans son aîné, dès l'âge de six ans. Cela a duré dix ans. "L'emprise était telle" raconte Christophe" qu'un simple regard lui suffisait pour que je m'exécute. Cela se passait parfois dans la pièce juste au-dessus de là où se tenait une réunion familiale. Il m'avait dit qu'il m'avait choisi, que j'étais l'élu mais que je ne devais rien dire. Aujourd'hui encore, je ne supporte pas l'odeur de la terre humide, celle que je respirais dans la cave où il me violait."

Voici le dessin que Mie Kohiyama avait fait, à 5 ans et demi, après avoir été violée. Mais à l'époque, aucun adulte ne s'en était étonné
Voici le dessin que Mie Kohiyama avait fait, à 5 ans et demi, après avoir été violée. Mais à l'époque, aucun adulte ne s'en était étonné - Mie Kohiyama

Apres une tentative de suicide, une thérapie, Christophe trouve la force de déposer plainte en 2004. Mais les faits sont prescrits. "Le procureur m'a envoyé une lettre pour me dire qu'à cause de cela, il classait l'affaire sans suite. Mais il me disait aussi que, devant les gendarmes, mon agresseur avait en partie reconnu les faits. Cela ne remplacera jamais un tribunal mais quand je doute, je me raccroche à cette lettre comme à une bouée." dit Christophe.

"Moi Aussi Amnésie" se bat pour l'imprescriptibilité

C'est pour que les victimes ne vivent plus de telles situations que l'association "Moi Aussi Amnésie", présidée par l'Iséroise Mié Kohiyama, se bat pour obtenir l'imprescriptibilité des crimes sexuels sur les mineurs. Violée par un cousin de 39 ans quand elle en avait 5 ans, Mie a raconté son histoire dans un livre intitulé : "Le petit vélo blanc". Elle a également médiatisé la question de l’amnésie traumatique, ce mécanisme neurologique par lequel le cerveau se protège d’un traumatisme, empêchant ainsi la victime de dénoncer les faits plus tôt. "Cette notion d'imprescriptibilité doit être considérée comme un débat sociétal autant que juridique" explique Mié Kohiyama. "La France devrait faire le choix d'une société moderne qui enverra un message de tolérance zéro pour tous les pédocriminels et autres incestueux."

La grenobloise Eva Thomas a été la première à briser le tabou de l'inceste en France
La grenobloise Eva Thomas a été la première à briser le tabou de l'inceste en France © Radio France - Véronique Pueyo

En 1986, Eva Thomas brise le tabou de l'inceste pour la première fois

La Grenobloise Eva Thomas, 79 ans, fut la première, en 1986, à briser le tabou en publiant son livre, "le viol du silence". Elle y racontait l'inceste que son père avait commis sur elle quand elle avait 15 ans. Elle avait créé l'association "SOS Inceste" qui existe toujours et propose notamment des groupes de parole.

Elle est heureuse aujourd'hui que le mouvement #MeTooInceste libère la parole de milliers de victimes et leur envoie ce message : "Le chemin que l'on doit parcourir pour se reconstruire après un inceste est long et douloureux. Mais on peut s'en sortir. Un jour, cette douleur cesse. C'est une cicatrice comme une autre. On peut avoir une vie normale. Et la vie est belle !"

Le message d'espoir d'Eva Thomas

Christophe souhaite rendre hommage à Eva Thomas :"Son combat m'a aidé à entamer le mien. J'étais allé l'écouter, une fois, à Grenoble, lors d'une de ses conférences. À la fin, je suis allé la voir et d'un regard, elle avait tout compris. Elle m'a dit des mots à ce moment-là qui m'ont porté. Je la remercie."

Ecoutez les témoignages de Christophe, de Mie Kohiyama et d'Eva Thomas

Une loi spécifique pour les crimes sexuels sur mineurs

Eva Thomas n'est pas pour l'imprescriptibilité. "_La Loi Schiappa a allongé l_e délai de prescription à 30 ans après sa majorité. Les victimes ont besoin d'une date butoir pour oser porter plainte. Quant au débat sur le consentement, j'estime que c'est 15 ans, la majorité sexuelle, pour les enfants agressés par une personne qui ne fait pas partie de leur entourage familiale. Mais pour l'inceste, je pense que cela doit être à18 ans. Car là, l'emprise est vraiment forte."

L'appel d'Eva Thomas à Emmanuel Macron

Eva Thomas qui a refait la Une des médias avec la sortie du livre de Camille Kouchner n'hésite pas à s'adresser au chef de l'État. _"_Je demande à Emmanuel Macron de faire voter une loi qui protège les mineurs de toute agression sexuelle. Une loi spécifique rien que pour eux. Le président de la République a des petits-enfants. Donc, il connait la fragilité d'un enfant. Pensez à eux ! Faites quelque chose pour eux !" Et elle ajoute : "Les enfants, c'est l'avenir du pays. Il n'y a rien de plus précieux. Un enfant, c'est sacré. On ne doit pas toucher à un enfant."

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Dans la série de tweets publiés samedi, Emmanuel Macron a salué le fait que "la parole se libère. Grâce au courage". "Il nous faut entendre et recueillir les témoignages de victimes, même des années, des décennies après" a-t-il déclaré dans une vidéo. Le président de la République a aussi annoncé la réflexion autour d'une future proposition de loi et la création de "deux rendez-vous de dépistage et de prévention contre les violences sexuelles faites aux enfants - l’un au primaire, l’autre au collège - seront mis en place pour tous, dans le cycle de visites médicales obligatoires existantes".

Il conclut sa série de messages par ceux-ci "Nous ne laisserons aucun répit aux agresseurs, aucun", et "à vous qui vous êtes libérés d’un fardeau que vous avez trop longtemps porté, à vous qui allez le faire et parfois hésitez, je veux juste vous dire : on est là. On vous écoute. On vous croit. Et vous ne serez plus jamais seuls" conclut-il.

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