Faits divers – Justice

Un pensionnaire du centre de déradicalisation d'Indre-et-Loire arrêté en Alsace pour association de malfaiteurs

Par Yohan Nicolas, France Bleu Touraine et France Bleu vendredi 20 janvier 2017 à 10:37 Mis à jour le vendredi 20 janvier 2017 à 14:29

Le centre de déradicalisation de Beaumont-en-Véron près de Chinon
Le centre de déradicalisation de Beaumont-en-Véron près de Chinon © Maxppp - Patrice Deschamps

Mustafa S, a été interpellé mardi en Alsace pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste lors d'une permission de sortie. Il est lié à un kamikaze, tué au Bataclan en novembre 2015. Laurent Baumel député du Chinonais demande la fermeture du centre.

C'est sans doute un gros couac pour le centre de déradicalisation de Beaumont-en-Véron qui n'était censé accueillir que des jeunes "en voie de radicalisation", et qui n'avaient jamais tenté de se rendre en Syrie. Selon Le Monde, un des pensionnaires du centre, Mustafa S, 24 ans, a été interpellé mardi en Alsace et placé en garde à vue pour associations de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. En tout, trois suspects ont été arrêtés à Strasbourg, Schiltigheim et Wissembourg, ce mardi matin. Selon les DNA, ils sont tous liés à Foued Mohamed Aggad, kamikaze de Wissembourg, tué au Bataclan en novembre 2015.

Mustafa S aurait été interpellé mardi au moment d'une permission de sortie selon le journal Le Monde. Une perquisition s'est déroulée le même jour au centre de déradicalisation de Beaulmont-en-Véron.

Deux tentatives de départ en Syrie

Mustafa S aurait tenté à deux reprises de gagner la Syrie avant son admission au centre de déradicalisation en septembre 2016. Il avait été empêché de partir une première fois en décembre 2013 à l'aéroport de Francfort, grâce à la mobilisation de père et de son frère. Mustafa S s'apprêtait à s'envoler en compagnie de Foued Mohamed-Aggad, futur kamikaze du Bataclan. Mustafa S n'a pas été mis en examen suite à cette première tentative.

Mustafa S a fait une nouvelle tentative, deux ans plus tard avec ses deux amis interpellés mardi dans les environs de Strasbourg. Ils avaient été contrôles le 6 mai 2016 à la frontière germano-autrichienne, et auraient décidé de faire demi-tour.

Pourquoi ce pensionnaire est-il arrivé à Pontourny ?

Visiblement, le ministère est très embarrassé sur le profil de Mustafa S. Selon Le Monde, la DGSI avait émis un avis négatif sur l'intégration de Mustafa S au centre de Pontourny où une perquisition s'est déroulée mardi. Il n'y a actuellement que cinq résidents pour 25 places au total. En septembre dernier, la presse avait révélée la présence d'un fiché S au centre de Pontourny, il avait finalement été transféré dans un autre centre spécialisé.

Ce centre de déradicalisation enchaîne depuis son lancement, en septembre dernier, les déconvenues. Les manifestations contre l'arrivée de jeunes en voie de radicalisation dans cette commune ont été nombreuses. Nul doute que ce nouvel élément va encore susciter beaucoup de réactions. Au point de voir un jour ce centre fermer définitivement ?

C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase" - Le député Laurent Baumel

Pour Laurent Baumel, le député du chinonais; "ce n’est pas la première fois que l’on est confronté à des couacs. En septembre il avait fallu demander la sortie d’un pensionnaire admis à tort et là c’est un peu la même chose pour ce pensionnaire interpellé en Alsace, son admission à Pontourny avait fait l’objet d’un avis défavorable de la DGSI. Pour moi ça fait trop de couacs qui se répètent et ça montre que le concept de ce centre ne fonctionne pas. On arrive pas à recruter des gens qui sont en vérité en phase précoce de radicalisation, on est toujours à la limite des critères on se retrouve avec des gens plus dangereux que ce qu’on nous dit au départ et ça pose clairement la question de la fermeture du centre"

A la lumière de ce qui s'est passé, on va réunir le comité de suivi pour étudier les mesures à prendre - Le Préfet d'Indre-et-Loire, Louis le Franc

Lors de ses vœux aux forces de sécurité ce vendredi, le préfet d'Indre-et-Loire Louis Le Franc est revenu sur ce nouveau couac. Il dit comprendre l'inquiétude légitime de la population de Beaumont-en-Véron. Mon rôle c'est d'intervenir avec les forces de sécurité publique si quelque chose de problématique devait arriver.

Louis le Franc pense que des décisions doivent être prises par le comité de suivi, à la lumière de ce qui s'est passé. Le comité de suivi qui devait se réunir normalement en février. Le préfet n'a pas voulu faire plus de commentaires, estimant que cela relève du judiciaire et qu'il n'est pas dans la chaîne de décision, même pour l'appréciation des profils.