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Environnement

Île-de-France : l'urine, engrais du futur pour les cultures

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Par , France Bleu Paris, France Bleu

À l’Ecole des Ponts ParisTech de Marne-la-Vallée, un programme de recherche-action baptisé OCAPI veut faire de l'urine des Franciliens une ressource au lieu d'un déchet. L’urine pourrait remplacer avantageusement les engrais issus du pétrole pour fertiliser les cultures.

Fabien Esculier chercheur au laboratoire LEESU de l’Ecole des Ponts ParisTech responsable du programme de recherche action OCAPI
Fabien Esculier chercheur au laboratoire LEESU de l’Ecole des Ponts ParisTech responsable du programme de recherche action OCAPI © Radio France - Agnès Dauvergne

Paris, Île-de-France, France

Pour se développer, les plantes ont besoin d'azote, de phosphore et de potassium. Aujourd'hui, on extrait ces éléments de la pétrochimie et des mines pour faire les engrais avec toutes les pollutions, les transports, les utilisations d'énergie que cela entraîne.

Il y a des solutions pour permettre une fertilisation plus vertueuse des champs. À l’Ecole des Ponts ParisTech de Marne-la-Vallée, les chercheurs travaillent sur l'urine humaine. Leur programme de recherche-action, lancé il y a quatre ans, et baptisé OCAPI, veut faire de l'urine des Franciliens l'engrais du futur.

Des ressources à portée de main

Notre corps les fabrique et les élimine dans nos urines, mais aujourd'hui cet azote des protéines, ce phosphore et ce potassium des sels minéraux finissent dans les toilettes comme des déchets. Ils sont traités ensuite dans des stations d'épuration. Une partie pollue même les rivières. 

C'est un gâchis d'eau, d'énergie, une perte de ressources, explique Fabien Esculier, responsable du programme "Recherche action OCAPI" qui étudie les moyens d'utiliser l'urine des Franciliens pour en faire des engrais. 

Maïs cultivé avec de l’urine comme unique engrais - Radio France
Maïs cultivé avec de l’urine comme unique engrais © Radio France - isabelle Piroux

Ce programme est d’ailleurs financé par l'Agence de l'Eau Seine-Normandie et le Siaap, le syndicat d'assainissement de la région parisienne.

Au 19e siècle l'urine était recyclée

Le chercheur Fabien Esculier a découvert que, par le passé, on recyclait beaucoup plus ces matières. Nos aïeux ont massivement exploité l'urine jusqu'au début du 20e siècle d'abord directement sur les champs, puis industriellement dans des usines. 

Le sulfate d’ammonium, produit de l'urine des Parisiens, était même exporté en Angleterre. C'est l’arrivée de la pétrochimie et la généralisation des toilettes à chasse d’eau qui ont transformé cet or jaune en déchet. 

"Aujourd’hui, explique Fabien Esculier, le taux de récupération de l’azote en Île-de-France est de 5 %. Il était de 50 % au début du 20e siècle".

Des tests d'épandage d'urine sur les champs en Île-de-France

Pour faire des expérimentations, il a fallu d’abord collecter de l’urine pure, préalable indispensable. 

Allégorie pour inciter les étudiants et le personnel de l’Ecole des Ponts ParisTech à participer à la collecte d’urines pour les tests d’épandage. - Radio France
Allégorie pour inciter les étudiants et le personnel de l’Ecole des Ponts ParisTech à participer à la collecte d’urines pour les tests d’épandage. © Radio France - Isabelle Piroux

À la cité Descartes où est implanté le laboratoire LEESU et où est développée cette recherche, un bâtiment à haute qualité environnementale, Coriolis a permis cette collecte. Il possède un urinoir avec une collecte séparée des urines. Elles sont ensuite stockées pendant un mois pour purifier le liquide.

Un gisement phénoménal

Les tests ont commencé en jardin puis en serre. L'urine a ensuite été épandue sur des champs de céréales. Ces expérimentations menées avec la chambre d'agriculture d’Île-de-France ont donné d'excellents résultats, affirme Fabien Esculier. Cela donne la mesure du gisement phénoménal que cela constitue. "Il y a 10 millions d’habitants sur l’agglomération parisienne, on a calculé que si on récupérait tous les nutriments qui sont contenus dans les urines de ces habitants, ça permettrait de produire 25 millions de baguettes de pain chaque jour".

Ce gisement permettrait de se passer des importations de ressources fossiles.

Collecte d’urine à la cité Descartes dans le bâtiment Coriolis équipé d’urinoir avec séparateur d’urine - Radio France
Collecte d’urine à la cité Descartes dans le bâtiment Coriolis équipé d’urinoir avec séparateur d’urine © Radio France - Isabelle Piroux

Aujourd'hui, le défi c'est d'organiser une collecte générale de l'urine en Île-de-France pour passer de l'expérimentation à une utilisation plus massive. Pour y parvenir, il faudrait généraliser l'installation des toilettes sèches ou des toilettes à séparateur d'urine. 

Depuis 2018, l’Agence de l’Eau Seine-Normandie finance d’ailleurs jusqu’à 80% les installations de toilettes à collecte d’urine séparée dans les collectivités publiques.

L’Aurin, un engrais à base d’urine concentrée fabriqué en Suisse et commercialisé là-bas depuis un an.  - Radio France
L’Aurin, un engrais à base d’urine concentrée fabriqué en Suisse et commercialisé là-bas depuis un an. © Radio France - Isabelle Piroux

Certains de nos voisins européens sont plus en avance que nous. 

En Suède depuis les années 90, plusieurs écovillages collectent leurs urines que les agriculteurs viennent chercher pour fertiliser leurs champs. 

En Suisse, l’Aurin, un engrais à base d’urine concentrée et filtrée, est commercialisée depuis un an.

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