Faits divers – Justice

INFO FRANCE BLEU | Quand un djihadiste porte le blouson d'un ancien bar de la Turballe en Syrie

Par Martin Cotta, France Bleu Loire Océan et France Bleu mardi 29 novembre 2016 à 5:50 Mis à jour le mardi 29 novembre 2016 à 14:47

Un djihadiste en Syrie porte un pull estampillé "L'Embarcadère - La Turballe"
Un djihadiste en Syrie porte un pull estampillé "L'Embarcadère - La Turballe" © Radio France - Capture d'écran Canal + (Studio de la terreur)

L'histoire est invraisemblable. Dans un documentaire Canal + sur la propagande de Daech, diffusé depuis septembre, un djihadiste en Syrie prie devant sa kalachnikov. Jusque-là rien de surprenant, sauf que cet homme porte un blouson floqué "L'embarcadère" un ancien bar de la Turballe fermé en 2011.

La scène est furtive et surprend. Dans le documentaire Le studio de la terreur, sorti au mois de septembre sur la chaîne à péage Canal +, le téléspectateur peut y voir au bout de six minutes, un djihadiste dans une salle en train de prier devant une kalachnikov. Et là, pas besoin d'écarquiller en grand les yeux pour constater que cet homme porte un blouson à l'effigie du bar L'embarcadère, un ancien établissement à deux pas du port de La Turballe. Ce documentaire disponible aux seuls abonnés de Canal +, raconte et décrypte la stratégie de communication de Daech.

Comment un combattant du groupe État Islamique peut-il porter ce vêtement à des milliers de kilomètres de la commune maritime de Loire Atlantique ? Une question que se posent évidemment la plupart des habitants de la Turballe, à commencer par Martine Zlatiew. Cette femme est la dernière gérante de L'embarcadère (2005-2011). "Du temps où j'avais le bar, ce [le djihadisme, ndlr] n'était pas d'actualité" explique-t-elle. De plus, elle n'a jamais commandé de blouson à l'effigie de son bar. Le vêtement a donc été fabriqué avant l'année 2005, lorsque le café appartenait à d'autres propriétaires selon elle.

"De là à dire que la ville de La Turballe est connue de l'État-Major de Daech..."

Martine n’a pas regardé le documentaire. Sans son mari, elle n'aurait d'ailleurs jamais su que le nom de son ancien établissement apparaissait dans un documentaire sur Daech à la télévision. "Tous les copains de mon mari en parlent à La Turballe. Ils se sont légèrement moqués de lui au départ : 't'as vu un peu ? Ta femme donne des vêtements aux djihadistes ?' Ça leur a fait un sujet de conversation" sourit-elle. Et ne comptez pas sur Martine pour ressentir une quelconque crainte d'observer le nom de son ancien bar, estampillé dans le dos d'un combattant de Daech. Là aussi la quinquagénaire plaisante : "Je n'ai aucune raison d'avoir peur, à part si quelqu'un m'en veut à La Turballe et souhaite me plastifier ?".

"T'as vu un peu ? Ta femme donne des vêtements aux djihadistes ?"

Le blouson L'embarcadère a parcouru plus de 4.000 kilomètres

Dans un café devant le port, Roselyne, la patronne émet quelques hypothèses avec ses clients. Des pêcheurs pour la plupart. "Les gens donnent des vêtements au Relais parfois," souffle-t-elle. Dans ce cas-là, le blouson aurait parcouru plus de 4.000 kilomètres au gré des distributions de vêtements. Aujourd’hui, impossible de savoir si l'homme dans le documentaire est un Turballais. Il n'y a en plus pas de citoyen fiché S sur la commune. Tout porte à croire que des circonstances improbables ont amené un djihadiste à porter ce blouson. Le fruit du hasard sans doute.

Mauvaise pub ou anecdote ?

L'histoire est même remontée aux oreilles du maire de la commune. Après la première diffusion du documentaire Le studio de la terreur sur Canal +, la secrétaire de Jean-Pierre Branchereau lui a envoyé un mail de signalement alors qu'il était en vacances. Le maire avait alors décidé de ne pas donner écho au documentaire, reléguant l'histoire à l'état d'anecdote. "Il a toujours été de tradition, sur la Turballe, qu'il y aient des sweatshirts à l'effigie de bars ou de bateaux de pêches. De là à dire que la ville de la Turballe est connue de l'État-Major de Daech, il ne faut quand même pas exagérer. Il y a un pas que je ne franchirai pas" explique Jean-Pierre Branchereau. D'autre part, l'élu estime que l’image de sa commune n'est pas atteinte malgré l’apparition du blouson dans un documentaire sur le terrorisme.

Le maire de La Turballe Jean-Pierre Branchereau - Radio France
Le maire de La Turballe Jean-Pierre Branchereau © Radio France - Martin Cotta

Bande annonce du documentaire Le studio de la terreur (Canal Plus, 2016)

Partager sur :