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ENTRETIEN - Procès du Mediator : "J'attends la vérité", clame Irène Frachon avant le jugement

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Par , France Bleu Breizh Izel, France Bleu

Avant le délibéré du tribunal de Paris attendu ce lundi 29 mars, Irène Frachon a confié à France Bleu son espoir de voir le laboratoire Servier lourdement condamné dans le dossier du Mediator. La pneumologue du CHRU de Brest, qui avait révélé ce scandale en 2010, y voit un "crime en col blanc".

Le Dr Irène Frachon à l'ouverture du procès, en septembre 2019 au palais de justice de Paris.
Le Dr Irène Frachon à l'ouverture du procès, en septembre 2019 au palais de justice de Paris. © Maxppp - Olivier Arandel

Le jugement dans l'affaire du Mediator est attendu ce lundi 29 mars. Le procès-fleuve du scandale sanitaire, où étaient poursuivis le laboratoire Servier et l'Agence du médicament, s'est tenu de septembre 2019 à début juillet 2020. Le groupe pharmaceutique est notamment accusé d'avoir caché la toxicité du médicament. Le coupe-faim aurait causé des centaines de décès et de graves lésions cardiaques. A l'origine de la révélation de ce scandale, le docteur Irène Frachon a accordé une longue interview à France Bleu Breizh Izel.

France Bleu : après plus de dix ans de combat, qu'attendez-vous de ce jugement ?

Irène Frachon : J'attends de ce délibéré, déjà la vérité sur ce qui s'est passé. Parce que depuis dix ans j'ai été absolument effarée de voir le déni et les mensonges qui ont continué malgré la révélation du scandale. Déni de la part du principal mis en cause, le laboratoire Servier, mais aussi finalement minimisation de certains acteurs de santé, de certaines institutions. Ce qui fait que Servier a pu poursuivre de nombreux partenariats institutionnels. Je ne pensais pas cela possible parce que, honnêtement, tous les éléments qui ont été exposés très largement étaient tout à fait suffisants pour se faire une opinion. Et je me suis aperçue que, quand une affaire bousculait tellement des systèmes et remettait beaucoup de choses en cause, finalement la négation du problème est pour beaucoup de gens la solution. Donc j'attends la vérité des faits, et ensuite leur qualification. 

La présomption d'innocence a été constamment revendiquée par le laboratoire, notamment pour échapper à ses responsabilités, et jusqu'à aujourd'hui aucun jugement au pénal n'a qualifié ce crime en col blanc.

On est dans le domaine pénal. On ne parle pas d’une erreur ou d’une faute, mais d’un délit ou plusieurs délits qui auraient été commis et qui auraient abouti à cette immense catastrophe. C'est fondamental parce qu'on est sur le terrain de la criminalité à col blanc. Des gens qui par définition ne devraient jamais se retrouver devant un tribunal correctionnel (responsables de grand laboratoire, responsable de la santé publique, professeurs de médecine, de pharmacie, et même une sénatrice) se retrouvent derrière la barre pour avoir commis des délits dont certains ont abouti à la mort et à l'invalidité de milliers de personnes. C'est extraordinaire, et jusqu'à présent, cela n'a pas été encore officiellement qualifié. La présomption d'innocence a été constamment revendiquée par le laboratoire, notamment pour échapper à ses responsabilités, et jusqu'à aujourd'hui aucun jugement au pénal n'a qualifié ce crime en col blanc, je ne sais pas si ce sera le cas lundi, mais c'est ça que j'attends. Parce que les conséquences d'une telle qualification sont très importantes et ont beaucoup d'implications.

Qu'avez-vous appris de ce procès-fleuve, qui a duré plus de neuf mois ?

Le procès a été très important et de mon point de vue il s'est très bien passé. J'ai eu la chance de pouvoir y assister et d'être très active, non seulement témoin, mais j'ai conseillé les parties civiles, j'ai travaillé avec les avocats des victimes, on a pu faire bloc. Y'a vraiment eu une synergie pour faire émerger des éléments qui nous paraissaient très importants et qu'on voulait mettre en valeur, qu'il ne fallait pas oublier. Et ça a été possible, de ce point de vue-là je trouve que ça s'est extrêmement bien passé, et surtout le contradictoire a pu se tenir.

Le Mediator, c'est une affaire d'argent. C'est la seule chose qui compte en réalité pour cette entreprise.

Le parquet a requis plus de 10 millions d'euros d'amende pour le laboratoire Servier, et cinq ans de prison dont deux avec sursis contre son ancien numéro 2, qu'avez-vous pensé de ces réquisitions ?

Ce sont des amendes malheureusement plafonnées. C'est le max, la loi a changé depuis 2015. 10 millions comme vous l'imaginez, c'est gratos hein. Mais le parquet ne pouvait pas demander plus, si j'ai bien compris. Pour ce qui est de la prison, je n'ai pas de commentaire à faire. Je m'intéresse plus à la mise en cause d'une entreprise et de sa responsabilité. Donc ça m'a paru à la fois juste et à la fois très insuffisant et j'espère que ce qui va être demandé financièrement pour rembourser ce que je pense être de l'escroquerie, encore faut-il que ce soit qualifié, d'indemnisation aussi pour les parties civiles, j'espère que ça va lourdement aggraver la facture. L'argent, c'est très important. Cette affaire-là, c'est une affaire d'argent et il faut que ça leur coûte "bonbon" parce que c'est la seule chose qui compte en réalité pour cette entreprise.

Quant à la seconde partie du réquisitoire sur les conflits d'intérêts (prise illégale d'intérêts et trafic d'influence), ce que vont dire les juges est fondamental car cela peut bouleverser l'idée de la norme du conflit d'intérêts. Dans le monde médical, cette norme est très peu contestée. On en parle un peu plus depuis l'affaire du Mediator, mais ça perdure. Et le fait de le qualifier sur le plan pénal, et de montrer les conséquences de ces conflits d'intérêts que pourtant les experts eux-mêmes trouvaient légaux et même normaux, ça peut faire bouger un petit peu, peut-être, les mentalités, voire le droit.

Vous auriez souhaité la fermeture du laboratoire Servier, qu'il soit privé de l'exercice de son activité ?

C'est ce qui a été demandé par toutes les victimes qui ont témoigné. Elles voulaient que ce laboratoire délinquant à leurs yeux, les responsables de leurs malheurs, ferme. C'est parfaitement compréhensible et je pense que si ce laboratoire est condamné, s'il est reconnu coupable d'avoir commercialisé pendant plus de trente ans un poison dont il connaissait la dangerosité, ça pose clairement la question de sa légitimité et du fait qu'il puisse être autorisé à poursuivre ses activités. Alors ça n'a pas été requis par le procureur, mais quand on sait que ce sont les mêmes responsables, qui n'ont jamais remis en cause les actions de leurs prédécesseurs, il y a un vrai problème. Et je ne manquerai pas de le soulever.

Une relaxe généralisée, c'est quand même peu probable.

Ce jugement ne sera pas la fin de l'histoire, probablement, est-ce que vous craignez un appel ?

Je ne sais pas s'il y aura un appel, parce que je pense que ça coûte très cher au laboratoire. Je pense qu'ils sont quand même suffisamment malins pour savoir qu'ils vont être condamnés et qu'ils vont pas y échapper. Je ne veux pas préjuger mais qu'il y ait une relaxe généralisée, c'est quand même peu probable. Donc je pense que ça va dépendre de la sévérité du jugement. Et j'espère bien qu'ils seront contraints de faire appel, c'est-à-dire j'espère bien que le jugement sera très sévère, à l'aune de la gravité des faits.

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