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Dossier : Nordahl Lelandais

Isère : l'appel de trois familles de disparus pour être enfin reçues par la justice

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Par , France Bleu Isère

Leurs proches ont disparu depuis 11, 9 et 5 ans. Les dossiers ont été rouverts suite à l'affaire Lelandais mais depuis des mois, ils demandent en vain à être reçues par le juge en charge de leur enquête. Ces trois familles veulent savoir où en sont les investigations et l'attente est insupportable.

Les familles de Malik Boutvillain, Nicolas Suppo et Eric Foray (de droite à gauche) avec leur avocat
Les familles de Malik Boutvillain, Nicolas Suppo et Eric Foray (de droite à gauche) avec leur avocat © Radio France - Véronique Pueyo

C'est un cri de détresse que ces trois familles de disparus ont voulu faire entendre, en direction de la justice, en organisant une conférence de presse au cabinet de leur avocat, samedi 13 février.

Le mystère Malik Boutvillain

Dalila et Karima Boutvillain recherchent leur frère Malik, 31 ans au moment de sa disparition, le 6 mai 2012. Il est parti de chez lui, à Echirolles, pour faire un footing. Personne ne l'a jamais revu. L'enquête avait été classée sans suite rapidement avant d'être rouverte, en 2018, suite à l'affaire Lelandais et la création de la cellule Ariane de la gendarmerie, qui avait sélectionné 40 cold cases pouvant avoir un rapport avec le meurtrier de Maelys et du caporal Noyer.

Dalila Boutvillain se bat depuis presque 9 ans pour savoir ce qui est arrivé à son frère Malik

Nicolas Suppo, disparu à la sortie de son travail

Janine et Yves Suppo sont sans nouvelles de leur fils Nicolas, depuis le 15 septembre 2010. Nicolas, ouvrier spécialisé de 30 à l'époque, dans une entreprise d'Echirolles, n'est jamais retourné travailler après sa pause de midi. Après un classement sans suite et un non lieu, le dossier vient d'être rouvert, suite à une plainte pour arrestation, enlèvement, séquestration et meurtre.

Eric Foray, volatilisé en allant faire des courses

Le compagnon de Régis Pique, Éric Foray, 47 ans, s'est lui volatilisé, le 15 septembre 2016, à Chatuzange le Goubet, dans la Drôme, en allant faire des courses avec sa voiture, véhicule qui n'a jamais été retrouvé tout comme Eric. "Eric ne s'est pas suicidé, il n'est pas parti non plus. J'en suis certain, nous étions heureux ensemble, nous avions le projet d'ouvrir une restaurant. Il lui est forcément arrivé quelque chose" explique Régis.

Des demandes d'audition chez le juge restées sans réponse

Toutes ces familles de disparus ont un point commun. Depuis 2 ans pour Régis Pique et les sœurs Boutvillain, depuis des semaines pour les parents de Nicolas Suppo, jamais ils n'ont réussi, malgré leurs nombreuses demandes, à rencontrer le magistrat en charge de leur dossier.

"Nous voulons juste savoir où en est l'enquête" explique Dalila Boutvillain. "La loi prévoit que les parties civiles doivent être reçues régulièrement par le juge, tous les 6 mois. Nous n'avons pas l'impression de harceler notre juge. Cela fait deux ans que l'on attend. Nous allons saisir la chambre de l'instruction. On méprise les victimes."

Les familles de disparus dans le bureau de leur avocat, à Grenoble, lors de la conférence de presse
Les familles de disparus dans le bureau de leur avocat, à Grenoble, lors de la conférence de presse © Radio France - Véronique Pueyo

Une si longue attente

Pour Janine, la mère de Nicolas Suppo, cette attente est une torture : "On a l'impression de n'être rien. Parce qu'ils ont disparu, nos proches n'existent plus. Mais nous, on veut savoir ce qui leur est arrivé. C'est humain. Depuis 10 ans, je ne vis plus, la douleur de ne pas savoir ce qui est arrivé à mon fils est toujours là. Je voudrais que les juges entendent cette douleur et qu'ils nous écoutent et nous disent ce qu'il y a dans le dossier." Et elle ajoute _: "_La justice espère peut-être nous avoir à l'usure, mais la douleur ne s'use pas !"

"Si le dossier est vide, qu'on nous le dise !" - Régis Pique

Régis Pique, le compagnon d'Eric Foray, dit avoir ressenti de l'homophobie au début de l'affaire de la part des gendarmes. "Pour eux, c'était une histoire d'homos. C'est moi qui ai fait l'enquête. Au début, on ne voulait même pas que je lance un appel à témoins. Si le dossier d'Eric est vide, qu'on me le dise, mais qu'on ne me laisse pas comme cela, dans l'incertitude !"

Régis Pique veut savoir ce qui est arrivé à son compagnon, ce 15 septembre 2016, dans la Drôme

Leur avocat, Maître Bernard Boulloud, du barreau de Grenoble et qui s'occupe d'une quinzaine d'affaires de disparitions sur toute la région Auvergne-Rhône-Alpes, tente d'obtenir des auditions du juge, essaie d'avoir accès au dossier, en vain. "On ne recherche pas un objet ou un animal, mais un être humain" s'insurge-t-il. "C'est le travail de la justice d'écouter les familles de victimes. Ce silence judiciaire est intolérable. Mes clients sont capables de tout entendre, encore faut-il qu'on prenne la peine de les recevoir."

Yves Suppo, le père de Nicolas, témoigne

Yves, le père de Nicolas Suppo, a longtemps espéré que son fils était parti, qu'il était vivant, quelque part. Depuis des années, il vit dans son camping-car et sillonne les routes de France. "Je me dis que peut-être un jour je le retrouverai. Et puis, certaines fois, je me dis qu'il est mort." lâche-t-il en étouffant un sanglot.

Faire partie du groupe de travail sur les cold cases

Karima, l'une des deux sœurs de Malik Boutvillain, souhaiterait que les familles de disparus puissent faire partie du groupe qui a été créé, fin 2019, par le procureur Général de Grenoble. "Il s'agit d'un groupe qui va travailler sur les cold cases, les affaires non élucidées. C'est une excellente initiative. Mais pourquoi nous, les familles de disparus, n'avons-nous pas été conviées ? On a tellement de choses à apporter !"

Toutes ces familles désemparées, qui se sentent abandonnées par la justice, voudraient qu'en France, un service spécial, dédié aux disparitions d'adultes, avec des enquêteurs formés, et un fichier spécifique, voie le jour. 

"Quand Nicolas a disparu, on nous a dit que c'était son droit, qu'on ne pouvait rien faire avant 48 heures. Cela n'est plus possible. Il faut écouter les familles, on sait que les premières 48 heures après la disparition sont les plus importantes pour l'enquête. Il faut que les choses changent !" conclut Janine.

Ecoutez le témoignage de Janine, la mère de Nicolas Suppo

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