Faits divers – Justice

Isère : un an après le déclenchement de l'alerte enlèvement, l'oncle de Louane condamné

Par Céline Loizeau, France Bleu Isère et France Bleu mercredi 6 septembre 2017 à 5:00

"Le hasard de l'activité judiciaire fait qu'on juge un enlèvement alors que tout près d'ici de gros moyens sont mobilisés pour tenter de retrouver une enfant" - Début du réquisitoire du procureur de Vienne.
"Le hasard de l'activité judiciaire fait qu'on juge un enlèvement alors que tout près d'ici de gros moyens sont mobilisés pour tenter de retrouver une enfant" - Début du réquisitoire du procureur de Vienne. © Radio France - Jacky Page

Il y a un peu plus d'un an, en Isère, le procureur de Vienne déclenchait l'alerte enlèvement après la disparition de la jeune Louane, 4 ans et demi, à l'Isle-d'Abeau. Ce mardi, son oncle a écopé de 3 ans de prison dont 1 ferme. Un autre homme a été condamné, mais pour complicité d'enlèvement.

Louane à l'Isle-d'Abeau en juillet 2016 et Maëlys à Pont-de-Beauvoisin en août 2017. Même si les affaires sont différentes , on parle d'enlèvement d'enfant. Et ce mardi, au tribunal de Vienne (Isère), alors que l'enquête Maëlys se poursuit, cette histoire a été évoquée lors du procès du ravisseur de la jeune Louane, à la fois par un des avocats de la défense et par le procureur. L'affaire qui était jugée ce mardi a fait grand bruit à l'époque : le 6 juillet 2016, Louane, alors âgée de 4 ans et demi, est enlevée par son oncle paternel chez elle à l'Isle-d'Abeau vers 11h. L'alerte enlèvement est déclenchée à 15h et l'enfant sera retrouvée à 15h20 avec son oncle à Romenay en Saône-et-Loire.

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A l'issue de ce procès, l'oncle, aujourd'hui âgé de 33 ans, est condamné à trois ans de prison dont 2 avec sursis mise à l'épreuve de deux ans. Le procureur avait requis 4 ans de prison dont 2 ans assortis d'un sursis mise à l'épreuve de 2 ans. Sa peine s'accompagne notamment d'une interdiction d'entrer en contact avec la fillette et sa famille, d'où la satisfaction à l'issue du procès de leur avocate Me Bénédicte Rochefort.

Lors de l'audience, Me Rochefort a bien évidemment parlé de Louane : "une enfant qui a fait son entrée en CP lundi, mais c'est une enfant qui a régressé selon ses enseignants". C'est aussi une enfant qui se mutile et l'expert psy évoque un grave traumatisme. Son papa, présent au procès, raconte que sa famille et lui vivent "un enfer" depuis un an. Son épouse a tellement peur désormais qu'elle ne veut plus quitter Louane et son frère jumeau.

Une affaire avec en toile de fond un déchirement familial

Le mercredi 6 juillet 2016, en fin de matinée, l'oncle des enfants se présente au domicile de son frère et de sa belle-soeur à l'Isle-d'Abeau. Il veut amener les petits au Creusot pour qu'ils rencontrent enfin les grands parents paternels. Depuis des années et un conflit familial très complexe, douloureux, les liens avec le clan paternel sont rompus. L'oncle a tenté de renouer le contact quelques jours plus tôt, mais ça c'est mal passé. Il a proféré des menaces de morts. La maman hésite donc et l'oncle en profite pour s'enfuir avec Louane, vêtue seulement d'un tee-shirt et d'une culotte. Il prend la fuite à bord d'une camionnette.

A la barre, le prévenu reconnaît sans difficulté les faits. Il explique que son souhait était que sa nièce "voit ses grands parents, qu'il ne pensait pas que ça irait jusque-là". Il reconnaît "une grosse bêtise après coup", se dit "désolé". "Mais quand votre sœur vous envoie des SMS pour vous prévenir que les gendarmes vous recherchent pourquoi ne pas tout arrêter ?" lui demande la présidente. On n'aura pas vraiment de réponse. Son avocat, lui, avance que son client ne pensait pas à mal. Pendant sa cavale, son client a même "pris le temps de s'arrêter pour se faire couper les cheveux chez un coiffeur et il s'est arrêté pour acheter un sandwich et un Coca-Cola pour la petite."

Le procureur lui évoque un enlèvement prémédité. Et Jérôme Bourrier rappelle que le prévenu a coupé son portable a plusieurs reprises, qu'il a emprunté des axes secondaires afin de ne pas être repéré par les gendarmes. Et le représentant du ministère public se demande encore ce qui se serait passé sans une interpellation rapide. Louane est retrouvée au bout de 4 heures et elle n'a subi aucune violence physique.

L'ombre de l'affaire Maëlys

"Le déclenchement de l'alerte enlèvement était totalement justifié dans ce cas précis" selon le procureur, qui rappelle un à un les critères pour mettre en oeuvre un tel dispositif. Notamment le fait que l'enlèvement soit avéré, ce qui était le cas dès le départ dans l'affaire Louane. C'était la 18e fois 10 ans après son instauration en France que l'alerte était déclenchée . Lors de son réquisitoire, Jérôme Bourrier insiste : "cette affaire se solde bien car les premières heures sont déterminantes, et malheureusement, quand on n'a pas ces éléments au départ, il est extrêmement difficile de rattraper le temps perdu". Au début de ses réquisitions, Jérôme Bourrier a évoqué l'affaire Maëlys pour laquelle de gros moyens sont déployés depuis plusieurs jours. Dans l'affaire Louane, un hélico et quelque 250 gendarmes ont été mobilisés et de la géolocalisation a été mise en place.

Un homme de 21 ans jugé pour complicité

Par ailleurs, lors de ce procès, un homme, aujourd'hui âgé de 21 ans était jugé pour complicité d'enlèvement. Il s'agit d'un ami que l'oncle de Louane hébergeait et qui était avec lui lors de cette journée. La justice lui reprochait notamment de ne pas avoir prévenu les gendarmes dès qu'il s'est rendu compte qu'il s'agissait d'un enlèvement. Il a expliqué qu'à l'Isle-d'Abeau il était resté dans la voiture et qu'il avait cru son copain quand ce dernier lui a dit qu'il venait chercher sa nièce pour les vacances. Le jeune homme a été condamné à 18 mois de prison dont 10 avec sursis mise à l'épreuve de 2 ans. Le procureur avait demandé 2 ans de prison dont 1 assorti d'un sursis mise à l'épreuve de 2 ans. Son avocat Me Jérémy Zana concède que son client "n'a pas réfléchi beaucoup ce jour-là. Il le fait seulement quand il a connaissance de l'alerte enlèvement". Le jeune prévenu s'est excusé à de nombreuses reprises auprès du père de Louane "de ne pas avoir réagi plus tôt"

Les photos diffusées lors de l'alerte enlèvement le 6 juillet 2016. Dès que l'enfant a été retrouvée saine et sauve, son visage a été flouté comme le veut la procédure. - Aucun(e)
Les photos diffusées lors de l'alerte enlèvement le 6 juillet 2016. Dès que l'enfant a été retrouvée saine et sauve, son visage a été flouté comme le veut la procédure.