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Isère : une auxiliaire de vie à domicile reconnue coupable d'avoir détourné plus de 200.000 euros

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Par , France Bleu Isère, France Bleu

Le tribunal de Vienne a jugé une auxiliaire de vie, à la retraite depuis 2019, notamment pour abus de confiance auprès de plusieurs personnes âgées ou malades chez qui elle intervenait. Sa condamnation est plus lourde que ce que réclamait la procureure.

Le tribunal de Vienne, en Isère.
Le tribunal de Vienne, en Isère. © Radio France - Céline Loizeau

Une auxiliaire de vie, à la retraite depuis 2019, a été jugée et condamnée ce mardi 23 février, en première instance, par le tribunal de Vienne pour abus de confiance ou encore usage de chèques falsifiés. Ses victimes sont cinq personnes dont un couple : des personnes âgées ou malades, chez qui elle intervenait. Il y a deux victimes principales, deux hommes. Il s'agit d'habitants de Saint-Maurice-l'Exil et de Saint-Barthélémy, près de Beaurepaire. Les différents faits ont eu lieu entre 2011 et 2016. 

La procureure avait demandé 30 mois de prison dont 18 mois de sursis probatoire de trois ans. Le tribunal est allé au-delà des réquisitions du parquet en prononçant une peine de 48 mois dont 24 avec sursis probatoire pendant trois ans.  Il s'agit d'une peine aménageable, la prévenue est repartie chez elle à l'issue de l'audience, ce mardi soir. Elle encourait jusqu'à sept ans de prison. Elle est également condamnée à indemniser ses victimes. Elle a interdiction d'entrer en contact avec elles, ainsi que d'émettre des chèques pendant cinq ans ou encore d'exercer une activité sociale, professionnelle ou bénévole d'aide à la personne.

Un détournement d'un peu plus de 200.000 euros

Dès le début du procès, la femme de 64 ans, cheveux courts et veste polaire sur le dos, reconnaît une bonne partie des faits qui lui sont reprochés : les chèques falsifiés, les retraits en carte bleue ou encore les prêts qu'elles contracte au nom des personnes chez qui elle va, l'argent finissant sur les nombreux comptes qu'elle a ouverts. Le détournement est estimé à un peu plus de 200.000 euros et a lieu principalement au préjudice de deux hommes. L'un d'eux continue, par ailleurs, de rembourser 106.000 euros de prêt.

Cet homme-là est décrit comme isolé, "la victime facile" selon la procureure, Marie Brunet. L'homme lui avait donné procuration et a fait le choix de ne pas porter plainte, mais sa famille l'a fait. Pour obtenir procuration sur les comptes de l'autre homme, décédé depuis, la prévenue remplit elle même le papier. C'est après le témoignage du frère de cet homme, en 2015, que l'enquête démarre.

La prévenue avance de gros soucis d'argent

A la barre, la femme explique qu'elle était surendettée. Il y a eu le nouvel emploi de son mari moins bien payé, les travaux de la maison. "Vous auriez du vous serrez la ceinture", lui rétorque Béatrice Dejean, la présidente. Elle lui demande aussi à de très nombreuses reprises pour quelle raison elle n'a pas déposé de dossier de surendettement plutôt que de "piller ces personnes"? "Je ne voulais pas que mon mari sache, je regrette. J'avais peur de perdre la maison. Au final, on l'a quand même perdue", répond la femme. Elle dit "s'être laissée emporter". Elle explique qu'elle "ouvre les yeux" en 2015 quand un huissier appelle son mari. Elle fait alors une tentative de suicide.  "Je suis impardonnable", finit-elle par lâcher entre deux sanglots.

Me Audrey Argoud-Gaudin explique que sa cliente n'a rien dit à son époux car celui-ci commençait à avoir des soucis de santé. Il souffre aujourd'hui d'un cancer généralisé, en phase terminale. "Cela n'explique pas, n'excuse pas, mais c'est un élément à prendre en compte. Je vous demande donc de la clémence à son égard." La prévenue s'occupe aussi de sa maman très âgée.

"Vous dites aider une des victimes à gérer ses comptes, mais avec son argent, vous vous payez une séance chez le coiffeur, quand cette personne est à l'hôpital" - La procureure  

Pour Me Alexandre Trime, un avocat de parties civiles, dans ce dossier, il y a bien "une méthode". Il évoque notamment les virements que la prévenue fait entre des comptes de personnes qui ne se connaissaient pas. Pour lui, dans cette histoire, on n'est pas dans l'humain : "pour elle, ces personnes ne sont que des poches dans lesquelles elle se sert". 

La procureure, elle, met en avant le détournement de courrier : la prévenue ayant fait transférer le courrier de ses victimes chez elle pour que les proches ne découvrent pas les lettres des banques et des organismes de crédit.  "Vous dites aider une des victimes à gérer ses comptes, mais avec son argent, vous vous payez une séance chez le coiffeur, quand cette personne est à l'hôpital", fait-elle remarquer.

"Avec le salaire de votre époux, vous aviez 4.200 euros de revenus. L'une de vos victimes avait 800 euros de retraite et tenait son budget. Après votre passage, cette personne était ratissée financièrement" s'emporte la présidente. Voulant pointer à ses yeux une absence de bonne foi de la prévenue, elle souligne que si celle-ci, après la vente de sa maison, a rendu l'argent qu'elle devait à sa sœur et son beau-frère, elle n'a quasiment pas remboursé ses victimes.

"Comment peut-on faire cette profession-là et spolier les gens ?" - Un fils et frère de victimes

Jean-Claude Quennevat est le fils d'une victime et le frère d'une autre. Son frère étant l'une des principales personnes lésées avec un préjudice d'environ 70.000 euros et à son décès une situation de surendettement. "Elle est vraiment forte car moi de mon côté quand j'ai tout découvert j'ai eu du mal à arrêter la machine, à faire bloquer les comptes. Ma mère a dû rembourser pour elle, je l'ai vue dépérir. J'ai vu la déchéance de mon frère, je l'ai vu mourir", confie-t-il. Et d'ajouter : "comment peut-on faire cette profession-là et spolier les gens ?"

Un point sur lequel insiste aussi le parquet : "son rôle était d'aider, de maintenir à domicile. Elle a profité de leur vulnérabilité", pour Marie Brunet, la procureure. Jean-Claude Quennevat s'étonne pour sa part que l'association qui employait cette dame a continué à lui donner du travail malgré sa plainte de 2015. La prévenue a pris sa retraite en 2019.

La prévenue a notamment été condamnée à verser près de 4000 euros au titre du préjudice matériel pour une victime et pour quatre un total de 7.000 euros au titre du préjudice moral. Pour la victime décédée, en situation d'endettement après cette affaire, la succession n'est pas close. Pour l'autre victime principale, une procédure est en cours au civil.

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