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Faits divers – Justice DOSSIER : Procès Jacques Rançon

Jacques Rançon retrouve la mémoire et raconte le meurtre de Moktaria

mardi 13 mars 2018 à 13:13 Par François David, France Bleu Roussillon et France Bleu

Au sixième jour de son procès devant la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales, le « tueur de la gare » a raconté en détail le jour où il est « devenu un assassin » en tuant et découpant Moktaria Chaïb, une jeune étudiante de 19 ans.

Moktaria Chaïb, victime de Jacques Rançon en 1997
Moktaria Chaïb, victime de Jacques Rançon en 1997 -

Perpignan, France

Il est 9 heures, ce mardi. L'audience reprend dans la Cour d'assises des Pyrénées-Orientales, devant une salle archi-comble. Ce matin, Jacques Rançon a décidé de parler. Et de raconter son premier meurtre en 1997, celui de Moktaria Chaïb, une jeune étudiante de 19 ans retrouvée atrocement mutilée sur un terrain vague. 

C'est là que je suis devenu un assassin".

D'une voix blanche, l'accusé démarre son récit. « J'ai croisé Moktaria un soir dans la rue. Je l'ai trouvée jolie. J'ai sorti mon couteau et je l'ai agressée. ». C'était dans la nuit du 20 au 21 décembre, un soir « de pleine lune » se souvient Jacques Rançon. La jeune étudiante marchait vers son domicile, rue Nungesser-et-Coli.

« Je l'ai forcée à monter le talus vers un terrain vague, puis à se déshabiller » poursuit Jacques Rançon. « Je me suis mis sur elle. Mais je n'y suis pas arrivé. Elle m'a repoussé, elle se défendait, se débattait. Elle m'a dit qu'elle allait appeler la police. J'ai pris mon couteau. C'est là que je suis devenu un assassin ». La jeune femme meurt sur le coup. Les médecins légistes dénombreront 12 plaies à l'abdomen. 

Voilà la bêtise que j'ai commise..."

« Ensuite, j'ai mis cinq minutes à réaliser. J'étais en panique. J'ai décidé de la découper. » Avec son Laguiole, Jacques Rançon tranche les seins et les parties génitales, qu'il place dans un sac plastique trouvé à proximité. « Je me suis sauvé avec les sacs, le pantalon plein de sang. J'ai couru, couru. J'ai jeté le sac dans une bouche d'égout ».

Arrivé dans sa chambre, à l'hôtel du Berry, près de la gare de Perpignan, Jacques Rançon dit s'être lavé et couché. Avant de conclure devant une salle médusée : « Voilà la bêtise que j'ai commise ».

Je ne pensais à rien, j'agissais"

Dans sa fuite, Jacques Rançon a aussi emporté les vêtements de sa victime. Il affirme ne plus se souvenir de ce qu'il en a fait. Sauf les deux élégantes chaussures à talons qu'il a jetées dans un jardin. C'est sur l'une d'entre elle que son ADN sera identifié en 2014.

Le président : « Qu'avez-vous fait les jours suivants ? ». Jacques Rançon : « Le lendemain [un dimanche], je n'ai pas quitté ma chambre. Je suis seulement sorti pour acheter à manger. Le lundi, je crois que je suis retourné au travail, à Saint-Charles ».

Le président : « Pourquoi 12 coups de couteau ? » Jacques Rançon : « C'était la panique. Mon sang n'a fait qu'un tour ».  Les découpes ? « C'était pour ne pas laisser de traces de moi. ». « Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là ? » demande le président. « J'ai coupé sans réfléchir. Je ne pensais à rien, j'agissais ».

Le président : « Quand vous apprenez qu'un autre suspect, un innocent, a été arrêté et placé en détention, cela ne vous gêne pas ? » Jacques Rançon : « Je l'ai vu dans les journaux, mais je n'y ai pas prêté attention. Cela ne m'a pas gêné ».

Insoutenable audience

L'audience se poursuit avec la lecture des rapports médico-légaux. Puis le président demande à ce que soit diffusées sur un écran les images de la scène du crime et de la découverte du corps. 

Devant ces photographies qualifiées « d'insoutenables » par l'avocat des parties civiles, les jurés font preuve de courage et de sang-froid. L'un se tord les mains, un autre devient blême, mais personne ne détourne le regard. Sauf Jacques Rançon, qui baisse ostensiblement la tête. Le président intervient : « Vous pouvez regarder, Monsieur Rançon, c'est votre œuvre ! »

« Pourquoi refusez-vous de voir ces images ? » questionne le président, quelques minutes plus tard. « Parce que cela fait trop mal », répond Jacques Rançon. L'avocat général explose : « Arrêtez de mentir ! Tout le monde a pu voir à quel point vous preniez du plaisir lors de la reconstitution judiciaire ». 

« Vous avez forcement ressenti du plaisir à faire cela », ajoute Maître Etienne Nicolau, l'avocat des parties civiles. « Sinon, vous n'auriez pas recommencé sur une autre victime quelques mois plus tard. Comme l'a dit la psychologue la semaine dernière devant la Cour, on ne refait que ce qui fait plaisir ».