Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour

"Il y aura un avant et un après" : un photographe de l'Union témoigne après l'agression de son collègue

Quelques jours après l'agression du photo-journaliste Christian Lantenois dans le quartier Croix-Rouge à Reims, la rédaction du journal reste abasourdie devant la violence des faits. L'un de ses collègues, qui travaille avec lui depuis 35 ans nous livre son témoignage ce mardi.

La une du journal l'Union le 1er mars 2021
La une du journal l'Union le 1er mars 2021 © Radio France - William Gay Costa

Depuis l'agression de Christian Lantenois, Hervé Oudin n'arrive toujours pas à comprendre comment une telle violence a pu se déchaîner contre son collègue de l'Union depuis 35 ans. Samedi 27 février, alors qu'il allait couvrir une rixe dans le quartier sensible Croix-Rouge à Reims, le photo-journaliste Christian Lantenois a été violemment agressé : transporté dans un état grave au CHU de Reims, il reste entre la vie et la mort. Un suspect a été interpellé ce lundi soir, a annoncé le procureur de la République de Reims.

"Il avait pris vraiment toutes les précautions"

"Au départ j'ai eu une mauvaise réaction...", confie Hervé Oudin, photojournaliste à l'Union depuis 1985, après un bref silence. "J'ai pensé que mon collègue n’avait pas été suffisamment prudent mais je me suis totalement gouré", explique-t-il les yeux rougis, la voix serrée. "Il y avait eu des échauffourées entre bandes à Croix-Rouge. Mes collègues avaient été sur place et ça avait déjà été très chaud. Ils étaient donc prévenus que c'était vraiment pas le moment de faire n'importe quoi, de se montrer...". 

Hervé Oudin affirme que Christian Lantenois a été très prudent lorsqu'il est parti en reportage samedi après un signalement de tirs. "Il s'est mis bien à l'écart dans un parking à l'abri, au pied de la médiathèque Croix-Rouge. Il avait pris vraiment toutes les précautions. Il n’a pas eu le temps de faire deux ou trois mètres depuis sa voiture qu’il s'est fait tomber dessus par plusieurs jeunes semble-t-il. Il a pas eu le temps de seulement commencer à faire le début de son métier, le début de son reportage. Il s'est fait agresser tout de suite", raconte le photo-journaliste. 

Une violence croissante sur les photographes

La violence contre les photo-journalistes, Hervé Oudin l'a déjà vue et vécue : "notamment au moment des gilets jaunes, on s'est tous fait conspuer, insulter sur les ronds-points etc. mais ça n'est pas allé au-delà. (…)". "On a intégré dans notre métier qu'aujourd'hui, il y avait toujours des gens un peu énervés voire très énervés qui avaient envie d'en découdre", déplore-t-il avant de poursuivre "là, ce n'est pas une agression, c'est un massacre qui a été réalisé".

"On a vu que sur les manifestations des gilets jaunes, il y a eu aussi des agressions de la part des forces de l'ordre sur les photo-journalistes, sur les cameramans... Donc on se pose évidemment des questions évidentes : qu'est-ce qui produit ça ? Pourquoi d'un seul coup, on est pris pour des voyeurs ? Pourquoi on est pris pour des collabos ?", s'interroge-t-il.

"On n'a pas à ramper, on n'a pas à détaler comme des lapins !"

Désormais, après plus de trois décennies passées à arpenter la Champagne, Hervé Oudin doute. "Je fais ce métier depuis 35 ans passés parce que c'est un métier altruiste, pour rencontrer les gens. Pour découvrir au travers de ces gens des belles histoires ou des moins belles histoires. Mais ce n’est pas pour me faire agresser. Aujourd'hui, je n'ai pas envie d'aller sur des reportages la boule au ventre"

Il craint d'avoir toujours en tête la violence qui a frappé son collègue. "Aujourd'hui, nous, on va toujours avoir une réticence et se dire : “Bon, là, je sors mon appareil ou pas ? Je fais juste une photo avec mon iPhone qui est dans la poche ?”.  Et ça c'est une question que je ne pensais pas devoir me poser un jour dans le cadre de mon métier", se désole Hervé Oudin. "Ce n'est pas notre métier de faire des photos de touristes avec un iPhone. (...) Notre métier, c'est de librement exprimer que l’on est journaliste, que l’on est là pour rendre compte d'une actualité et qu'on n'a pas à se cacher... on n'a pas à ramper, on n'a pas à détaler comme des lapins !". 

"C'est évident qu’il y aura un avant et un après ce qui s’est passé avec Christian...", explique Hervé Oudin. Selon lui, cette agression a été le révélateur d'un risque qu'il n'imaginait pas. "ll y a des quartiers chauds à Reims comme dans toutes les villes mais on est pas à Corbeil-Essonnes. Jamais on aurait pensé qu’un collègue journaliste puisse se faire massacrer dans une ville comme la nôtre", conclut-il. 

Interview de Hervé Oudin à réécouter.

Choix de la station

À venir dansDanssecondess