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"Je n'ai jamais plaidé que pour moi" signe l'avocat montpelliérain Gérard Christol

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Par , France Bleu Hérault

Pendant les fêtes, les invités de France Bleu Hérault dévoilent un peu de leur intimité. Ce matin, rencontre avec Gérard Christol, avocat et ténor du barreau de Montpellier depuis plus d'un demi siècle, et auteur en 2020 de "Je n'ai jamais plaidé que pour moi" aux éditions Domens.

Maître Gérard Christol
Maître Gérard Christol © Maxppp - Guillaume Bonnefont

Maître Gérard Christol

Gérard Christol, vous êtes inscrit au barreau de Montpellier depuis 1965. Charles de Gaulle était encore président de la République. Est ce que vous plaidez toujours aujourd'hui comme vous plaidez à la fin des années 60 ?

Oui, avec le même plaisir. À ceci près qu'il faut être plus court parce que les temps sont tels que on ne peut plus vous écouter pendant des heures. Que ce soit devant la cour d'assises ou au tribunal. On vit l'époque de la rapidité. Il faut s'organiser pour faire passer le message. En un temps beaucoup plus court qu'il y a 55 ans. 

Vous en souffrez ? 

Non. Je pense avoir une certaine capacité d'adaptation à certaines circonstances. Mais aujourd'hui l'attention des jurés n'est plus la même. 

Vous avez écrit et publié cette année un livre intitulé "Je n'ai jamais plaidé que pour moi" aux éditions Domens. Ça veut dire quoi je n'ai jamais plaidé que pour moi ?

Ça veut dire que j'ai toujours considéré que dans l'être humain, il y a le meilleur et le pire, et que je suis un être humain. L'être humain en tant que tel n'a jamais changé depuis la nuit des temps. Son  environnement oui, mais lui, non. Et le monstrueux peut sortir dans certaines circonstances, ou pas. Et quand l'occasion de le voir sortir se présente, il peut le maîtriser, ou pas. Donc, quand j'assiste quelqu'un qui est derrière moi en cour d'assises, quelque part, je suis là pour moi, c'est à dire que je ne suis pas différent. Certes, je n'ai pas eu la même éducation. Nous n'avons pas été élevés de la même façon, d'accord, mais en tant que noyau dur d'humanité, c'est la même chose. 

Cela veut dire que vous essayez de vous convaincre vous même avant les jurés ?

Non, non. C'est plus simple que ça. Quand quelqu'un plaide coupable, vous essayez tout simplement d'expliquer, de comprendre comment quelqu'un avec qui vous avez bu un coup la veille, il va égorger sa femme ou des amis le lendemain. C'est curieux. Donc il faut essayer de comprendre et vous allez chercher cette compréhension au fond de vous même. Parce que qu'on le veuille ou pas, les incivilités existent dans chacun d'entre nous. Même si ce que je dis peut heurter, c'est comme ça que j'essaye d'expliquer le passage à l'acte.

Justement, de quel côté penche plutôt votre cœur ? Du côté d'un Eric Dupond-Moretti qui considère qu'il doit toujours faire le maximum pour réduire autant que possible la peine encourue par son client, quelle que soit la faute qu'il a commis ? Ou plutôt du côté d'un Henri Garaud qui a souvent été plutôt du côté des victimes, des parties civiles, qu'il considérait comme plus importantes ?

Je suis beaucoup plus nuancé que ça. Quand j'assiste quelques qui est susceptible d'être condamné à perpétuité, je fais en sorte que son acte soit compris, même s'il est épouvantable et que la peine qui tombe est légitime. Mais j'essaie de faire en sorte qu'elle soit la plus équilibrée possible par rapport à la personnalité de celui qui est là. Quand on plaide pour une victime, bien sûr, on n'est pas le ministère public. Ce n'est pas vous qui va demander la peine de mort. On est là pour faire passer l'émotion d'une famille entière qui a perdu un enfant, un mari, une femme.  Donc il faut faire aussi passer cette émotion. 

55 ans de barreau, cela fait plusieurs milliers de plaidoiries. Est ce qu'il y a un jour, parce que vous défendiez quelqu'un qui avait commis un crime atroce et que vous vous sentiez que les choses étaient très mal engagées devant la cour d'assises, ou vous vous êtes dit juste avant de plaider, je ne veux pas y aller, ça va être un massacre ?

Non, non, non, ça ne m'a jamais effleuré pour la raison que je viens d'indiquer d'ailleurs. Parce que, tout simplement, le monstre, l'acte monstrueux existe. Mais le monstre en tant que tel, sauf si on considère que son discernement est aboli, qu'il est fou, irresponsable, le monstre pur n'existe pas, même si c'est un mot qu'on entend. Même le pervers ou autre, il faut aller chercher au fin fond de lui même, ce qui l'a motivé. Encore une fois, ça ne justifie pas une explication. Ce n'est pas du tout une justification de l'acte et la personne est condamnée, ce qui est normal. 

Est ce que la justice des hommes vous a parfois réservé de belles surprises à laquelle vous ne vous attendiez pas en tant qu'avocat ?

Oui, oui. Quelquefois, on peut avoir le sentiment que le jury adhère à ce que vous avez pu faire passer, soit en tant que victime ou avocat du coupable, celui qui plaide coupable. Oui, c'est quand on a le sentiment qu'on a trouvé un point d'équilibre. Voilà, ça, pour moi, c'est assez remarquable. Quand les jurés descendent de la cour d'assises avec une certaine sérénité, c'est qu'on a trouvé le point d'équilibre entre la douleur des uns et la douleur des autres. 

Eric Dupond-Moretti écrit dans son autobiographie qu'il évite de regarder le regard des jurés quand ils sortent de la délibération. Car en fonction de la position de leurs yeux, il sait si c'est bon ou c'est pas bon pour son client...

C'est tout à fait exact. Quand j'ai le sentiment que ce sera très mauvais, je ne regarde même pas. Je sais parfaitement où nous allons.

Pardon pour la formule, mais les chats ne font pas des chiens comme on dit. Votre fille, Iris porte la robe d'avocat elle aussi. Quelle a été votre première réaction quand elle vous a dit "Papa, je veux être avocate" ?

Ca m'a fait très plaisir. Mais comme on l'avait fait mon père, il n'y a pas eu du tout de pression de ma part. J'ai été élevé très simplement, et très modestement à Lunel. Mon père travaillait beaucoup. J'ai été élevé dans la rue, ce qui, pour moi d'ailleurs, est quelque chose d'extraordinaire parce que je pense avoir une certaine connaissance des jeunes et en particulier de celles et ceux qui nous gouvernent. Donc mon père n'a pas pesé du tout. Et donc moi non plus.

A travers différentes affaires, différents dossiers que vous partagez avec votre fille, cela vous arrive de vous disputer, de ne pas avoir la même vision ?

Oui, ça peut arriver. C'est relativement rare parce qu'elle a pris pas mal de moi. Elle est plus technique. Je suis d'avantage dans le lyrisme. Mais nous nous donnons réciproquement des conseils.

Quel regard vous portez sur le monde d'aujourd'hui, à la fois sur sa violence, ses excès, ses thèses complotistes, les gens qui ne s'écoutent plus, qui ne se respectent plus... Est ce que vous faites partie des gens qui disent "c'était mieux avant" ou vous relativisez parce chaque époque à ses turbulences et que cela va finir par s'arranger, se calmer ?

Sur ce sujet je considère, et Paul Valéry l'avait dit, que nous sommes à la fin de la civilisation. Nous sommes au début et à la fin d'une civilisation. Une autre viendra... Laquelle ? Je ne sais pas encore. Dans la philosophie italienne on considère que dans la fin d'une civilisation, il y a un espace pour les monstres. Et je pense qu'on en est là. Et je ne parle pas uniquement des êtres humains, mais des violences et des haines recuites. Des déchirements planétaires. Alors oui, la Covid n'a rien arrangé. La Covid n'est qu'un accélérateur de décomposition largement entamée depuis trente ans. C'est un accélérateur qui nous oblige au contraire à nous penser autrement. Pour les cinquante ans qui viennent. 

Le monde de demain, je ne le vois pas. Mais ce que je vois aujourd'hui, c'est une déshumanisation de notre environnement technologique. Y compris à la cour d'assises, ou il y a maintenant des visio-conférences. Pour moi, c'est terrifiant. Moi, si je ne vois pas un être humain de chair et de sang devant moi, qui pue la peur, la haine ou au contraire la joie d'être là, ça ne me va pas du tout. 

Qu'est ce que maître Gérard Christol, ténor du barreau, aimerait qu'on dise de lui quand il aura franchi une autre frontière, celle de la mort ?

Un jour, un premier président de la cour d'appel m'a dit la chose suivante: "Monsieur, vous êtes un honnête homme, au sens presque du 18ème siècle. Voilà, ça me suffit. C'est déjà pas mal. 

"Je n'ai jamais plaidé que pour moi" de Gérard Christol, est publié en 2020 , aux éditions Domens.

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