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"Je n'ai rien vu, pour moi il était normal cet enfant" : le médecin de l'affaire Gabin devant le Tribunal

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Par , France Bleu Creuse

Le médecin de la famille de Gabin, l'enfant de 22 mois mort de faim et de soif en 2013 à Aubusson, comparaissait au Tribunal de Guéret ce jeudi pour non-assistance à personne en danger. Les parents de Gabin ont été condamnés à 17 ans de réclusion criminelle en novembre dernier.

Le tribunal de Guéret
Le tribunal de Guéret © Radio France - france bleu creuse

Le rapport des médecins qui ont examiné le corps de Gabin, cet enfant de 22 mois qui est mort de faim et de soif à Aubusson en 2013, est effrayant. Le corps, "frappé d'une maigreur extrême", pesait 5.8 kilos. Il était d'une "saleté extrême" et était "frappé d'une déshydratation extrême". Gabin n'avait pas mangé ni bu depuis 3 jours. Pour avoir privé leur fils de soins, les deux parents ont été condamnés à 17 ans de réclusion criminelle en novembre 2019. 

Ce jeudi, c'était au tour du médecin de famille de comparaître dans le cadre de cette affaire, devant le Tribunal correctionnel de Guéret. Il est accusé de non-assistance à personne en danger. Jean-Louis Vaurs, un généraliste d'Aubusson, a reçu 7 fois l'enfant en consultation et n'a ni dirigé la famille vers une équipe pédiatrique, ni signalé son état aux services sociaux. 

Un enfant maigre, voir rachitique

Pourtant, Gabin était maigre, voir rachitique. Selon les experts qui ont examiné le dossier médical, la perte de poids entre le 6ème et le 10ème mois, "aurait du, sans réserve, donner lieu à une consultation [...] en cas de carences, un signalement social est justifié". Toujours selon ces experts, le docteur Vaurs aurait du réagir dès le mois de juin 2012, à la date de la 2ème consultation

Pour sa défense, le généraliste explique qu'il n'avait pas conscience d'être le médecin traitant de Gabin. Il pensait qu'il était également suivi par la Protection maternelle et infantile, un médecin de cet organisme ayant suivi l'enfant jusqu'à ses 6 mois. La maigreur de l'enfant ne l'a pas alerté pour plusieurs raisons : il était maigre de naissance, son frère l'était également et la maladie de crohn dont est atteinte la mère de Gabin aurait pu expliquer ce poids léger.

Une mère qui semblait s'occuper correctement de son enfant

Le comportement de la famille ne l'a pas non plus inquiété : "je ne l'ai jamais vu sale", "je n'ai jamais perçu de péril", "les parents étaient attentifs", "il était toujours dans les bras de sa mère". Le médecin reconnait néanmoins son erreur de diagnostic et explique l'altération de son discernement par le fait que la mère de Gabin n'avait jamais posé de problèmes. Il l'a suivait médicalement depuis son adolescence. 

Le docteur Jean-Louis Vraus s'est montré plutôt combatif à la barre, il défend sa carrière médicale en racontant qu'il a "consacré toute sa vie à porter assistance" et qu'il continue d'exercer. Il admet n'avoir, avant cette "lamentable affaire", "jamais imaginé faire une erreur de diagnostique", mais qu'il l'envisage désormais dans l'exercice de sa profession. 

Comment manquer l'immanquable ? 

Aux questions du Président du tribunal sur son rythme de travail, le généraliste parle de 80 heures par semaine "à l'époque". Il a diminué désormais, "pour le bien de ses patients". Il reconnait que les experts ont raison et qu'il aurait du noter la perte de poids de Gabin. Il assure par contre que les parents n'ont jamais évoqué le poids de l'enfant pendant les consultations comme un problème sinon "bien sûr j'aurai réagi"

Les parties civiles (représentant : l'association L'Enfant bleu, les deux parents de Gabin et le frère de Gabin) se sont ensuite relayés pour tenter d'éclaircir la grande question de ce procès : pourquoi a-t-il manqué ce qui parait - à posteriori - comme immanquable, le signal inquiétant que représentait la courbe de poids de l'enfant ? 

"Gabin n'a pris que 100 grammes en 7 mois, il n'y avait pas lieu de s'inquiéter ?" demande un avocat. "Il n'était pas si loin que ça de la courbe de l'OMS. L'état visuel était satisfaisant" répond le praticien. 

"A nous trois, on a emmené un enfant à la mort" 

L'avocate du père de Gabin assure que celui-ci ne comprends pas pourquoi les parents devraient être les seuls à endosser la responsabilité de cette affaire absolument dramatique, "la connaissance de l'état grave de l'enfant, le docteur l'avait en temps voulu. Il a vu Gabin 7 fois. Dès le début il aurait du intervenir". La mère, elle, estime, à travers la voix de son conseil : "à nous trois, on a emmené un enfant à la mort". "Le docteur a méprisé ces gens-là" enchaîne l'avocate, "parce que ce n'étaient pas les plus malins du quartier. Il a manqué à son devoir d'humanité. Avant d'abandonner les soins pour Gabin, elle-même a été abandonné par le médecin". 

L'avocat du frère de Gabin enfonce le clou en accusant le généraliste : "vous avez fait comme Ponce Pilate, vous vous en êtes lavé les mains"

Le Procureur dans ses réquisitions notera que l'affaire n'est pas aussi claire juridiquement que ne le présentent les parties civiles. La non-assistance à personne en danger n'est pas clairement constituée, la jurisprudence exigeant de manière continue que la victime soit en danger imminent pour que l'infraction soient constituée. La dernière consultation de Gabin a eu lieu 6 semaines avant son décès. Le Procureur ne demande ni condamnation ni la relaxe. 

"Rien ne pouvait alerter le médecin"

La défense, elle, insiste sur le fait que "rien ne pouvait alerter" Jean-Louis Vaurs. "L'appétit et le poids de Gabin n'étaient pas une préoccupation des parents [...]. Au cours de ses 38 ans de pratique, le Docteur Vaurs a toujours donné les soins nécessaires. L'erreur d'appréciation n'est pas une infraction pénale"

Le dernier mot viendra du médecin, qui a toujours gardé la maîtrise de sa voix et de ses émotions au cours de ce procès, mais qui semble ébranlé au moment de conclure : "dire que je me suis lavé les mains du sort d'un enfant... Non." 

La décision du Tribunal est mise en délibéré au 2 juillet. 

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