Faits divers – Justice

"Je suis passé à 20 m de lui sans le voir" : le récit du papa de Jean-Philippe, retrouvé après trois nuits dans le froid

Par Elisabeth Badinier, France Bleu Gard Lozère, France Bleu Hérault et France Bleu mardi 24 janvier 2017 à 10:53

Henry Domiinque Lacas, le papa de Jean-Philippe
Henry Domiinque Lacas, le papa de Jean-Philippe © Radio France - Garnier

Jean-Philippe Lacas, un trisomique de 30 ans, a passé quatre jours et trois nuits dans le froid avant d'être retrouvé samedi matin. Ce mardi matin son papa revient sur ce miracle. Le jeune homme est hospitalisé à Genève, il a les pieds gelés, mais son père croit encore à un deuxième miracle.

Mercredi dernier, Jean-Philippe Lacas, trisomique, disparaissait lors d'une randonnée dans le Gard. Ce pensionnaire d'un centre spécialisé de Lunel a été retrouvé samedi au fond d'un ravin.

Dans un premier temps, les médecins ont pensé qu'ils pouvaient le soigner à Bagnols-sur-Cèze, avant de constater qu'il avait les pieds gelés, il a fallu l'envoyer en urgence à Genève.

Son père, Henry-Dominique Lacas était l'invité de France Bleu Hérault ce mardi matin.

"Il y a toujours un risque d'amputation, mais on espère un deuxième miracle."

"Les nouvelles sont rassurantes, il est entre de bonnes mains, il ne peut pas être dans meilleures mains. Hier il a eu la première séance en caisson hyperbare. Ça s'est bien passé mais il faut attendre sept jours, il aura sept séances de 150 minutes dans ce caisson. Il y a toujours un risque d'amputation des pieds qui ont gélé mais on ne veut pas y penser, il faut rester positif, il y a déjà eu un miracle, on l'a retrouvé, on espère qu'il y en aura un deuxième."

"Il a été très compliqué de le transporter jusqu'en Suisse."

"Avant d'être hospitalisé à Genève, il était hospitalisé à Bagnols sur Cèze dans le Gard et il n'y avait personne pour le transporter de Bagnols à Genève. Les médecins ont tout fait pour décrocher un rendez vous à Genève et Chamonix pour qu'il y soit reçu mais après on nous a dit, le transport est à votre charge, vous vous débrouiller. Mais impossible de trouver un transport sanitaire. On a fini par prendre un taxi classique, il est parti dans un véhicule non médicalisé, il fallait qu'il arrive à minuit au plus tard, il est arrivé dans les temps."

"Je suis passé à 20 mètres de lui, je ne l'ai pas entendu."

"Mon fils a été retrouvé dans un ravin dans des circonstances incroyables. Jamais on ne serait allé le chercher là. La veille, je suis passé à 20 mètres de lui et je ne l'ai pas entendu. Ça c'est terrible ! Il m'a dit "je t'ai entendu mais je ne pouvais plus répondre". Mais une voyante m'avait dit qu'il se trouvait près d'un point d'eau, et y avait ce fameux point d'eau, alors j'ai demandé à ce qu'on revienne dans ce secteur le lendemain. Et c'est là qu'un chasseur a trouvé son bonnet puis un autre a trouvé son sac à dos. J'ai honte de le dire, mais j'avais perdu espoir de le retrouver vivant. Et là on l'a retrouvé au fond de ce fossé et la première chose qu'il m'a dit "je t'aime papa". Il venait de passer quatre jours et trois nuits par moins 5 degrés. Il était tellement caché dans son fourré que les pompiers ont mis deux heures pour le sortir de là."

"La colère n'est pas un argument."

"On ne sait pas encore ce qui s'est passé, on procède par étape. Là on a retrouvé notre enfant, il faut qu'il se rétablisse. Il y a maintenant une enquête de gendarmerie, je veux connaître les circonstances. Je sais que Jean-Philippe est dans une excellente structure à Lunel, il y ait depuis plus de 10 ans, si le centre n'était pas compétent, on ne l'aurait pas laissé là. Jusqu'à ce jour nous n'avons eu aucun problème avec ce centre. La colère n'est pas un argument."

"Mon fils a été vice-champion de France de judo, c'est peut-être ce qui l'a sauvé. Le commandant de gendarmerie me donnait espoir en me disant que le corps humain avait des forces qu'on ne soupçonnait pas. Il avait raison, je ne pensais pas qu'on le retrouverait vivant. Mon fils a eu peur de mourir, mais je ne lui ai pas posé de questions car je veux qu'il récupère."

"Avoir un enfant trisomique n'est pas un malheur."

"Je veux remercier tous les bénévoles qui se sont mobilisés et France Bleu et tous les médias qui ont relayé notre message. Je voudrai aussi dire qu'avoir un enfant trisomique n'est pas un malheur, perdre un enfant c'est un malheur. Et comme dirait la sœur de Jean-Philippe, les trisomiques sont des enfants comme les autres, à part que eux, ils sont gentils."

Henry-Dominique Lacas