Retour
Provence-Alpes-Côte d'Azur Corse Auvergne-Rhône-Alpes Grand Est Bourgogne-Franche-Comté Occitanie Nouvelle-Aquitaine Centre-Val de Loire Île-de-France Hauts-de-France Normandie Pays de la Loire Bretagne
  • Toute la France
  • Auvergne-Rhône-Alpes
  • Bourgogne Franche-Comté
  • Bretagne
  • Centre-Val de Loire
  • Corse
  • Grand Est
  • Hauts-de-France
  • Île-de-France
  • Normandie
  • Nouvelle-Aquitaine
  • Occitanie
  • Pays de la Loire
  • Provence-Alpes-Côte d'Azur
Changer de région
Centre-Val de Loire
Changer de région
Corse
Changer de région
Hauts-de-France
Changer de région
Normandie
Retour
Faits divers – Justice

"La revanche de la guillotine" : comment Jérôme Carrein a été le dernier condamné exécuté dans le Nord-Pas-de-Calais

lundi 5 mars 2018 à 17:39 Par Claire Mesureur, France Bleu Nord

Dans la nuit du 22 au 23 juin 1977, la guillotine est installée dans la cour de la prison de Douai. A l'aube du 23, Jérôme Carrein est exécuté. Ce sera le dernier condamné exécuté dans le Nord-Pas-de-Calais. Dans "La revanche de la guillotine" Luc Briand raconte comment on a pu en arriver là.

1er février 1977, Jérôme Carrein attend le verdict de son procès, il sera exécuté le 23 juin de la même année
1er février 1977, Jérôme Carrein attend le verdict de son procès, il sera exécuté le 23 juin de la même année © AFP -

Nord-Pas-de-Calais, France

C'est un petit livre de 176 pages qui se lit comme un roman. "La revanche de la guillotine, l'affaire Carrein" a été publié en janvier 2018 aux éditions Plein Jour. Luc Briand est magistrat auprès de la cour d'appel d'Aix-en-Provence mais il est né à une centaine de kilomètres seulement de Douai, quelques jours avant l'exécution de Jérôme Carrein. Il a voulu revenir sur les lieux du crime pour tenter de comprendre comment ce vagabond d'une trentaine d'années a pu commettre l'irréparable ce jour d'octobre 1975 et surtout pourquoi, à deux reprises, des jurés l'ont condamné à mort.

Noyé dans l'alcool, Jérôme Carrein n'avait plus ni travail, ni domicile, ni famille. Seulement sa mère qui vivait dans le Pas-de-Calais mais avec son deuxième mari qui avait chassé du domicile familial cet enfant né d'un premier lit. Le vagabond est bien connu dans le village d'Arleux où il n'a jamais causé aucun problème. Mais il boit décidément trop, du matin au soir, et perd souvent tous ses repères.

Ce matin-là, j'ai été pris d'une pulsion sexuelle...

Et ce 27 octobre 1975 quand il se réveille dans les vapeurs d'alcool d'une sieste qui n'a pas été réparatrice, il repense à la petite Cathy, 8 ans, la fille de Fernande qui tient le café où il a déjeuné (et bu...) le jour même. Il attend la fillette à sa sortie de l'école et sous prétexte d'aller chercher des appâts pour la pêche il l'emmène dans les marais de Paluel, à quelques kilomètres de là. Il tente de violer l'enfant, n'y parvient pas et panique en comprenant qu'elle va le dénoncer à ses parents. Il noie Cathy en lui maintenant la tête dans la vase.

Condamné à mort en moins d'une heure

Jérôme Carrein n'a pris aucune précaution quand il est parti avec l'enfant à travers le village. Tout le monde l'a vu et il retourne même boire un coup chez la mère de la petite Cathy après avoir tué l'enfant. Alors aussitôt interpellé après la découverte du corps de la fillette, il passe des aveux complets et explique même au juge qu'il a été pris d'une "pulsion sexuelle".

L'instruction est rondement menée : quelques mois seulement après, la cour d'assises se réunit à St Omer puisque le meurtre a été commis dans le Pas-de-Calais. A cette époque les procès ne s'éternisent pas, une seule journée d'audience, moins d'une heure de délibéré et un verdict qui tombe en cette fin de journée du 12 juillet 1976 : Jérôme Carrein est condamné à la peine capitale. 

Une seule journée d'audience, moins d'une heure de délibéré et une première condamnation à mort - Aucun(e)
Une seule journée d'audience, moins d'une heure de délibéré et une première condamnation à mort

A cette époque-là, on ne peut pas non plus faire appel d'un arrêt de cour d'Assises. Ce droit, qui est accessible aux voleurs de poules qui écopent de quelques mois de prison seulement, est tout simplement refusé aux condamnés qui jouent leur vie (il faudra attendre juin 2000 pour que la loi change !). Alors l'avocat de Jérôme Carrein, Me Pierre Lefranc introduit un pourvoi en cassation et obtient un deuxième procès. Il se tiendra le 1er février 1977 devant la cour d'assises du Nord à Douai.

Luc Briand, l'auteur de "La revanche de la guillotine", est magstrat auprès de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. - Aucun(e)
Luc Briand, l'auteur de "La revanche de la guillotine", est magstrat auprès de la cour d'appel d'Aix-en-Provence. - Philippe Matsas

La revanche de la guillotine

Douai n'est qu'à quelques kilomètres d'Arleux où vivait Cathy avec sa famille. Toute la population est encore sous le choc, moins de deux ans après le drame. Alors on réclame vengeance... Pour Cathy, mais pas seulement !

Quelques jours auparavant, la France a vécu ce qui pourrait s'apparenter à un séisme judiciaire. Patrick Henry qui a enlevé le petit Philippe Bertrand, alors âgé de 7 ans, avant de l'assassiner puis de demander une rançon à ses parents, a échappé à la peine de mort ! C'est Robert Badinter, farouche opposant à la peine capitale, qui vient de sauver sa tête. Patrick Henry est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.

La peine de mort est abolie de fait...

C'est ce que dira l'avocat après le verdict rendu à Troyes. Mais une partie de l'opinion française et certains magistrats ne l'entendent pas de cette oreille : la justice reste souveraine et elle est rendue au nom du peuple. C'est en substance le message que l'avocat général veut faire passer dans son réquisitoire à Douai. Il requiert et obtient la peine de mort pour Jérôme Carrein. Face à une opinion publique déchaînée, le président de la République, Valéry Giscard-d'Estaing, lui refuse la grâce présidentielle. 

Le vagabond inculte et alcoolisé a changé quand on le conduit à la guillotine en ce matin du 23 juin 1977. Il est devenu abstinent, il a appris à lire et à écrire en prison et les gardiens n'ont qu'à se louer de sa conduite. 

Jérôme Carrein sera le dernier condamné à être exécuté dans le Nord-Pas-de-Calais. Quelques mois plus tard Hamida Djandoubi, 27 ans, est exécuté à son tour avant l'abolition de la peine capitale le 18 septembre 1981. Robert Badinter est alors le Garde des Sceaux.

Pourquoi Jérôme Carrein a été victime de éla revanche de la guillotine"

"La revanche de la guillotine" aux éditions Point du Jour. - Aucun(e)
"La revanche de la guillotine" aux éditions Point du Jour.