Faits divers – Justice

DOSSIER | Rentrée des étudiants : attention au bizutage

Par Julie Szmul, France Bleu Nord et France Bleu lundi 14 septembre 2015 à 7:00

Les 1ères années de l'école de kinésithérapie de Lille, en pleine "intégration"
Les 1ères années de l'école de kinésithérapie de Lille, en pleine "intégration" © Radio France

Le bizutage est interdit en France depuis 1998. Malgré cela, deux affaires ont secoué Lille ces dernières années, avec notamment la condamnation en 2014 de quatre étudiants ayant blessé une élève lors de leur soirée d'intégration. Avec la rentrée, le risque de bizutage plane dans certaines soirées.

La rentrée étudiante rime souvent avec "journée d'intégration". Les BDE, les bureaux des étudiants de certaines grandes écoles sont adeptes de cette tradition : faire passer aux nouveaux étudiants un "rite de passage", sous la forme de jeux et de défis, souvent alcoolisés, et qui parfois peuvent déraper en bizutage.

Depuis 1998, il est pourtant interdit par la loi. Dans les textes, il est définit comme "le fait d'amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaires et socio-éducatif". Le bizutage est un délit, puni de 6 mois de prison et de 7.500 € d'amende. Les peines peuvent atteindre le double (1 an de prison et 15.000 €) si la victime est mineure ou vulnérable.

Marie-France Henry, présidente du Comité national contre le bizutage

Deux affaires lilloises en 2013

Malgré cela, le bizutage existe encore en France. A Lille, le mot résonne tout particulièrement : en octobre 2013, un jeune homme de 20 ans est tombé par la fenêtre lors de la soirée d'intégration des étudiants de 1ère année de l'EDHEC, l'école de commerce basée à Roubaix. Une chute de cinq mètres qui lui a brisé plusieurs vertèbres. 

Suite à cet accident, quatre étudiants ont été mis en examen pour bizutage. Plus récemment, en novembre 2014, ce sont sept jeunes qui avaient maltraité une élève de 18 ans lors d'une soirée d'intégration à Lille (à la rentrée 2013), qui ont été condamnés à des peines de travaux d’intérêt général. Une première dans le Nord-Pas-de-Calais.

Reportage lors de la journée d'intégration des étudiants en kiné de Lille

Moins de condamnations : moins de bizutage ?

Les condamnations pour bizutage sont en baisse. Au nombre de seize en 2010, elles n'étaient plus que quatre en 2013. Malheureusement, cela ne signifie pas que les faits de bizutage, eux, ont baissé : très peu de victimes osent porter plainte. D'après les statistiques du ministère de la Justice, près d'un étudiant sur 4 en bac+2 a déjà subi un bizutage

Le comité national contre le bizutage (le CNCB) recense chaque année des témoignages, qui n'aboutissent pas tous sur des poursuites judiciaires. Depuis septembre 2014, le CNCB a reçu 23 témoignages de victimes directes, mais aussi de familles, de proches, voire même de passants ayant assisté à des humiliations en pleine rue. Les faits dénoncés concernent surtout des grandes écoles : plus d'une personne bizutée sur trois est en classe préparatoire. Les autres sont principalement des élèves d'écoles de commerce et d'ingénieurs.

Contacts utiles si vous êtes victime, ou si vous voulez signaler un bizutage : CNCB (Comité national contre le bizutage) : contrelebizutage@free.fr (06.07.45.26.11 ou 06.82.81.40.70 ou 06.07.76.93.20). Adresse : 08-110, avenue Ledru-Rollin, 75544 Paris cedex 11. SOS bizutage : contact@sos-bizutage.com (06.60.29.43.76). Numéro vert rectorat de Lille : 0800 591 111