Faits divers – Justice

Vol de billets à la Banque de France : deux ans ferme requis contre deux anciens salariés

Par Emmanuel Moreau, France Bleu Pays d'Auvergne vendredi 16 décembre 2016 à 0:01

La Banque de France à Vic le Comte
La Banque de France à Vic le Comte © Radio France - Emmanuel Moreau

Le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand a étudié pendant plus de sept heures l'affaire du vol des billets à la Banque de France de Vic le Comte ce jeudi après-midi. Cinq prévenus comparaissaient dont les deux anciens salariés, auteurs présumés des vols.

Ils sont restés debout devant la barre pendant deux heures, le temps d'être interrogés sur cette affaire. Ils se sont ensuite assis, toujours côte à côte, pour entendre les plaidoiries. Ils encourent tous les cinq une peine de 10 ans de prison mais ce sont bien sur les deux anciens salariés de la Banque de France qui risquent le plus gros. Le procureur de la République a demandé une peine de quatre ans de prison dont deux ans avec sursis mise à l'épreuve (ils ont déjà passé quatre mois en détention provisoire) ainsi que le remboursement du préjudice financier.

Ils ont tous les deux reconnu avoir volé des liasses de billets destinés à la destruction. Le premier, quinquagénaire à la carrure imposante et aux lunettes posées sur le front, avoue avoir ressenti une adrénaline énorme au moment des vols. Le second, plus vieux d'un an, confesse "un sentiment de honte d'avoir fait ça. Mais surtout ce qui me ronge, c'est le sentiment d'avoir entraîné ma famille là dedans".

Car sa femme et son fils comparaissent avec lui pour recel. Le couple a survécu à la tempête et la femme avoue avec émotion sa flamme à la barre: " Il voulait me traiter comme une reine. J'ai voulu refuser des choses pour ne pas l'entraîner mais j'ai cédé. C'est l'homme de ma vie, c'est un homme que j'estime, c'est un très bon père. On a eu des coups durs mais jamais je ne l'aurai dénoncé". Elle ne voulait pas en savoir plus sur ce qu'il faisait mais l'a aidé à se débarrasser des billets lorsque l'affaire a été dévoilée, elle s'est d'ailleurs brûlée en détruisant des billets. Avec eux leur fils, un jeune homme de 25 ans plutôt discret et assez peu impliqué. Il a profité d'environ 15.000 €uros donnés par ses parents et a reconnu qu'il savait d'où venait l'argent.

Des vols qui n'étaient pas prémédités selon les prévenus

L'autre couple lui est l'opposé. Ils ont divorcé en début d'année et évitent de se retrouver côte à côte. La femme, une quadragénaire assez frêle, parle peu. Elle a toujours affirmé ne pas savoir d'où venait l'argent en espèce que lui confiait son mari, qui lui avait parlé d'un héritage. Le procureur de la République a requis des peines de 2 ans de prison dont 18 mois avec sursis mis à l'épreuve pour les deux femmes et 6 mois avec sursis mise à l'épreuve pour le fils, ainsi que l'obligation pour eux aussi de rembourser solidairement le préjudice financier. Il a également requis la confiscation des biens des prévenus.

Les deux hommes ont expliqué comment ils volaient l'argent dans la serre, le surnom de la pièce sécurisée où les billets étaient détruits. La première fois serait due au hasard lorsqu'un paquet est tombé. L'un des deux prévenus l'a ramassé et caché dans la benne à déchets, le second l'a vu. Les deux hommes se sont entendus pour partager l'argent dans les vestiaires. Ils ont ensuite recommencé plusieurs fois l'opération, avec tout de même l'obligation de se débarrasser de nombreux billets (environ 40%) en trop mauvais état pour pouvoir être remis en circulation.

Au total, ils auraient volé entre 3,4 et 7,4 millions d'€uros selon la Banque de France qui ne peut pas estimer plus précisément le préjudice. Les enregistrements vidéos visionnés ne permettent pas forcément de savoir combien de paquets de billets ont été volés ni quel était la valeur de ces paquets. L'avocat de la Banque de France a finalement fait une moyenne, donc 5,4 millions d'€uros, auquel il a soustrait la somme récupérée lors de l'enquête pour finalement arriver à un préjudice estimé à 3 millions.

La Banque de France mise en cause

Un montant contesté par les avocats de la défense, en raison justement du doute sur le nombre et la valeur des paquets volés. Des avocats qui ont aussi mis en cause les contrôles de la Banque de France. Le représentant de l'institution était d'ailleurs très mal à l'aise sous le feu des questions. Il a dû reconnaître que la benne des déchets (notamment les films plastiques dans lesquels les liasses étaient empaquetées) sortait de la serre sans contrôle, que des billets s'envolaient régulièrement sur le tapis roulant où ils étaient transportés vers le broyeur et que des salariés devaient aller les ramasser, des salariés qui n'étaient pas fouillés à la sortie. Et selon la défense, la jurisprudence (affaire Kerviel notamment) peut amener à refuser le droit à dédommagement à un établissement bancaire qui n'aurait pas pris toutes les mesures de sécurité nécessaires.

Les avocats ont également plaidé l'irrecevabilité de la constitution de partie civile de la Banque de France. Selon leur argumentation, le propriétaire des billets n'est pas la Banque de France mais l'Etat, c'est donc lui le seul autorisé à poursuivre les prévenus dans cette affaire. Enfin, ils ont dénoncé une enquête verrouillée par la Banque de France.

Mais le procureur de la République a aussi rappelé que l'affaire était simple, que les prévenus ont reconnu avoir volé des billets et que la vraie difficulté c'est l'enjeu pécuniaire, la somme qu'ils devront finalement rembourser à la Banque de France s'ils sont condamnés. Pendant ce temps, des retraités de la Banque de France venus assister au procès, confirmaient dans les couloirs du palais de justice que les failles de sécurité étaient bien réelles.

L'affaire a été mise en délibéré au 2 février prochain.