Faits divers – Justice

Jugés à Dijon, les chasseurs de trésor utilisaient illégalement des détecteurs de métaux

Par Jacky Page, France Bleu Bourgogne lundi 12 septembre 2016 à 20:11

Chasse au trésor. Photo d'illustration
Chasse au trésor. Photo d'illustration © Maxppp - Patrick Gherdoussi

Les détecteurs de métaux ne sont pas les bienvenus sur les sites archéologiques. Quatre hommes comparaissaient ce lundi 12 septembre 2016 devant le tribunal correctionnel de Dijon pour avoir utilisé sans autorisation des détecteurs pour mener des fouilles archéologiques illégales.

Les faits s’étaient produits entre le 9 mars 2014 et le 9 mars 2015 dans plusieurs départements, et notamment en Côte-d'Or. Un archéologue spécialisé dans les fouilles préventives s’était immiscé dans un groupe de discussion privé sur Facebook. Un groupe où des détectoristes, c’est ainsi qu’on les appelle, racontaient leurs exploits.

L’archéologue infiltré dans le groupe avait lancé l’alerte, fort de quelque 150 saisies d’écran. Face à la présidente du tribunal, Hélène Cellier, les quatre prévenus se présentent comme des chasseurs de trésor passionnés, font passer au second plan l’éventuel intérêt mercantile de leurs activités. Tous affirment avoir demandé l’autorisation aux agriculteurs propriétaires des terrains prospectés. Mais un accord verbal dont il ne reste aucune trace. Et bien sûr, aucun n’était mandaté par les services archéologiques officiels.

Des sites fouillés et perdus pour les vrais archéologues

Il leur était reproché aussi pour certains d'avoir vendu ou acheté des objets déterrés en toute illégalité, pièces de monnaie ou fibules en bronze par exemple. Pas de chance pour l’un d’entre eux, qui ne peut justifier la provenance des pièces anciennes trouvées chez lui lors des perquisitions. « J’ai perdu la facture », affirme-t-il en demandant que les objets lui soient restitués. Un autre au contraire ne veut pas récupérer ses trésors, et ne veut plus entendre parler de détecteurs. Pour Maître Jean-Philippe Morel, avocat de l'association Halte au Pillage du Patrimoine Archéologique et Historique, même si les objets sont retrouvés, l'action des détectoristes fait perdre beaucoup à la science, car on ne sait plus à quel endroit précis ils ont été découverts, et les sites sont pillés sans ménagement, au risque de briser des pièces fragiles.

Des détectoristes volontiers mythomanes sur les réseaux sociaux, selon leurs avocats

Maître Pierre Bolze, qui défend l'un des prévenus, et réclame sa relaxe faute d'éléments à charge, les protagonistes de ce groupe de discussion sur Facebook étaient plus mythomanes que pilleurs à grande échelle. « Dans ce milieu, c’est la surenchère. C’est à celui qui affirmera avoir fait la plus belle découverte ». L’un racontait avoir fait des fouilles sous-marines alors qu’en réalité il sait à peine nager. Un autre affirmait photos à l’appui, avoir loué un avion pour faire des repérages de sites à fouiller. Les documents mis en ligne sur la page Facebook provenaient en fait d’un magazine archéologique. Quant aux objets mis en vente, beaucoup selon lui sont en fait des copies

Ces arguments vont-ils convaincre le tribunal dijonnais ? Le ministère public a requis une peine de deux mois de prison avec sursis et 3500 euros d'amende pour chacun des prévenus, avec confiscation des détecteurs et des objets saisis. Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 27 septembre.