Faits divers – Justice

Justice : des caméras dans les toilettes des femmes

Par Didier Charpin, France Bleu Normandie (Calvados - Orne) et France Bleu mardi 17 janvier 2017 à 18:56

La caméra derrière la porte
La caméra derrière la porte © Maxppp - Jean-François Frey

Une sombre affaire de voyeurisme examinée ce mardi à Caen. Un prévenu de 54 ans était poursuivi pour avoir installé des caméras dans les toilettes pour femme des chambres départementales et régionales de l’Agriculture. Il a dû s'expliquer devant une trentaine de ses anciennes collègues de travail.

Un malaise évident ce mardi dans la salle d’audience du tribunal correctionnel de Caen. Le prévenu, tête basse, est accusé d’avoir installé sur son lieu de travail des caméras dans des toilettes pour femmes. Un procès suivi, avec une émotion évidente, par une trentaine de femmes potentiellement filmées à leur insu.

Filmées pendant deux ans

La première caméra a été installée en juin 2010. Un appareil miniature avec une autonomie d’une heure d’enregistrement que le prévenu venait récupérer chaque soir. Le manège s’est poursuivi pendant deux ans, jusqu'au 31 juillet 2012, lorsqu'une femme de ménage a découvert cette caméra subtilement posée dans un angle derrière une balayette. Une plainte a été déposée le jour même et le propriétaire rapidement identifié. Ce qui a créé une certaine stupeur : c'était un haut cadre de la Chambre d’Agriculture (n°3 dans la hiérarchie). Un homme jugé tout à fait cordial par ses collègues. « On s’attendait à un déséquilibré venu de l’extérieur », indique l’une des 31 femmes parties civiles.

Une rupture mal vécue

L’homme est passé aux aveux, invoquant une rupture douloureuse après une brève liaison avec une employée exerçant dans les deux chambres d'Agriculture. «J'avais besoin de la voir », a-t-il répété devant le Tribunal. Ils avaient gardé une relation manifestement ambiguë. Il lui offrait des cadeaux, des vêtements ou maillots de bain, qu’elle allait essayer dans les toilettes, sans savoir qu’elle était filmée. «J’étais obligée sinon il se refermait totalement », dit-elle, rappelant que le prévenu était aussi son supérieur hiérarchique. L’avocate de cette femme estime que dans cette affaire, la justice aurait pu être saisie pour harcèlement moral ou sexuel.

Un traumatisme toujours présent

Le prévenu précise qu'il connaissait les habitudes de cette femme qui avait mis un terme à leur liaison. Quand elle n’allait pas dans la « cabine d’essayage » (selon sa propre formule), il s’efforçait donc de lancer l’enregistrement dans les temps de pause de sa « cible », lorsqu’elle était susceptible d’aller aux toilettes. Et le quinquagénaire affirme qu’il effaçait, sans même les regarder, les enregistrements des autres femmes. 31 ont portés plaintes, et beaucoup étaient présentes au tribunal. Manifestement toujours très mal à l'aise près de 5 ans après les faits, certaines évoquent un traumatisme impossible à oublier. Elles se disent « toujours stupéfaites, en colère et dans l’attente d’une juste condamnation ». Les cadres des Chambres d’Agricultures évoquent eux le malaise psychologique qu’il a fallu gérer en interne. Et l’image dévastatrice pour l’institution «Quand on allait en réunion à Paris on s’entendait dire ‘Dis-donc vous vous amusez bien à Caen !’ », explique l’un des responsables. Le Président régional se souvient de son été 2012 où il a passé son temps à s’expliquer dans les médias. Les Chambres d’Agriculture se sont donc portées parties civiles.

Le Procureur a requis un an de prison, dont 6 mois ferme. Le jugement sera rendu le 28 février.