Faits divers – Justice

L'affaire du moteur dans le vélo : "Il est important que les langues se délient"

Par Yves Maugue, France Bleu Gironde et France Bleu mardi 3 octobre 2017 à 9:15

Christophe Bassons (à gauche) en compagnie du procureur de Périgueux.
Christophe Bassons (à gauche) en compagnie du procureur de Périgueux. © AFP - Mehdi Fedouach

Christophe Bassons, ancien coureur professionnel bordelais, est le correspondant de l'Agence de Lutte Anti-dopage en Nouvelle-Aquitaine. Il est à l'origine de l'arrestation du coureur de Dordogne qui utilisait un moteur dans son vélo. Il était ce mardi l'invité de France Bleu Gironde.

France Bleu Gironde : Quelle était la motivation de ce coureur amateur ?

Christophe Bassons : Ce coureur a acheté ce moteur au mois de mai, l'a monté sur son vélo et il a commencé à l'utiliser en août. Il a donc gagné 500 euros en un mois grâce à cela. Si on ne le stoppait pas, le moteur était vite amorti. Pour l'avoir entendu, son intention n'était pas forcément de gagner de l'argent. Mais la principale des motivations, c'est qu'il en avait ras-le-bol des sportifs autour de lui qui se regroupaient pour gagner des courses, des primes ou encore pour se doper.

Il aurait triché pour battre les tricheurs ?

C'est un peu ça. Il y a aussi un aspect médical car il souffrait d'un problème de sciatique et de hernie discale. Ce sont les deux raisons qu'il avançait.

Le dopage est-il généralisé dans le cyclisme amateur ?

Généralisé non, mais il est présent. Ce n'est pas pour rien que je reçois régulièrement des appels de jeunes cyclistes qui veulent arrêter le vélo parce qu'ils sont écoeurés par toutes les magouilles qu'il y a dans le milieu. Pas seulement le dopage mais aussi ces sportifs qui se regroupent pour gagner un maximum de primes, ce que l'on appelle des "mafia" dans le jargon cycliste.

Comment avez-vous fait pour cueillir ce coureur ?

J'ai eu une information directement du milieu sportif. C'est à relever car c'est important que les langues se délient. J'ai moi-même tellement souffert de cette omerta (Christophe Bassons avait été mis à l'index du peloton professionnel notamment par Lance Armstrong pour avoir dénoncé des faits de dopage, NDLR). Il faut que l'information nous parvienne. J'ai eu l'information six jours avant la course et, toute la semaine, j'ai fait mon enquête en travaillant sur des photos. J'ai vu que sur le vélo, il y avait quatre points me confirmant que le coureur utilisait un vélo avec assistance électrique.

Il doit servir d'exemple ce coureur ?

Il sert d'exemple sur le fait qu'on a une information et, six jours après, on est capable d'aller sur une manifestation en rassemblant plusieurs services de police judiciaire coordonnés par le procureur. On est capable de réagir. Ensuite, les coureurs découvrent aujourd'hui qu'ils peuvent être inquiétés sur le plan pénal parce qu'ils ont une assistance électrique et ça aussi, c'est important.