Faits divers – Justice

L'échec d'une cellule de déradicalisation vu de l'intérieur

Par Rémi Brancato, France Bleu Paris Région et France Bleu lundi 26 septembre 2016 à 10:46

Julien Revial, auteur de "Cellule de déradicalisation, chronique d'une désillusion" (Editions Michalon, 253p, 18€)
Julien Revial, auteur de "Cellule de déradicalisation, chronique d'une désillusion" (Editions Michalon, 253p, 18€) © Radio France - Rémi Brancato

Julien Revial, étudiant de 24 ans, a travaillé pendant une année dans une association visant à empêcher la radicalisation de jeunes, en Seine-Saint-Denis. Dans son livre il dénonce "des fautes" et un soutien de l'Etat malgré ces dysfonctionnements.

Julien Revial est un modeste étudiant quand il rencontre Sonia Imloul, qui va devenir directrice de la "Maison de la prévention et de la famille". "J'ai rencontré la dirigeante via une annonce étudiante, elle cherchait quelqu'un pour rédiger un certain nombre de choses" raconte l'étudiant. Nous sommes en avril 2014 et le gouvernement vient de mettre en place le numéro vert anti-djihad, destiné aux proches de personnes radicalisées ou en voie de radicalisation.

Julien Revial participe à la création de la structure, qui obtient 35000 euros de subvention de l'Etat et vers qui sont orientées des familles via ce numéro vert. Mais très vite, des doutes apparaissent, qu'il raconte aujourd'hui dans un livre (voir ci-dessous). "En visiteurs uniques, il y a plus de journalistes que de familles qui sont venus à la structure" raconte aujourd'hui Julien Revial, qui a compté 5 familles accueillies pour un travail de prévention, pour tenter d'empêcher par exemple un départ vers le djihad.

Un "laboratoire médiatique"

Mais la directrice de la structure amplifie les statistiques. Devant les journalistes qui défilent, elle évoque plutôt 30 familles : "on parlait d'une équipe de 10 - 15 personnes alors que nous étions 5 à tout casser, dénonce Julien Revial. On parlait de criminologues, de victimologues alors que ce n'était pas du tout le cas : les psychologues étaient stagiaires pour la plupart et le problème c'est que tous les représentants des institutions sont passées par la structure, le ministre de l'Intérieur, le préfet de police, et ils voyaient que ces données étaient surévaluées mais cela permettait de faire la promotion de l'action de l'Etat, de montrer que le gouvernement prenait à bras le corps le sujet".

"On a servi de laboratoire médiatique" conclue-t-il, estimant avoir "pointé un certain nombre de dispositions qu'il faudrait prendre pour les familles pour protéger des enfants en bas âge et [que] toutes ces dispositions n'ont pas été prises".

Julien Revial dénonce les dysfonctionnements de l'association de lutte contre la radicalisation. Rémi Brancato

Pour fonctionner, et grâce à sa subvention, l'association loue un vaste appartement à Aulnay-sous-Bois, pour 22 000 euros annuels. "Mais l'appartement était quasiment vide et personne n'a été payé" raconte Julien Revial. N'ayant jamais été payé, il décide en 2015 de dénoncer, avec ses collègues, les dysfonctionnements de la structure aux autorités. Une nouvelle subvention, promise, est alors stoppée et l'association met la clef sous la porte à l'automne. Contactée, Sonia Imloul n'a pas répondu à nos sollicitations.

EN SAVOIR PLUS | "Cellule de déradicalisation, chronique d'une désillusion", Julien Revial, Editions Michalon, 253 pages, 18euros.